Chapitre 138
Dans l'ensemble, nous avons réussi à récolter six noyaux dans la large section du tunnel, dont deux qui avaient l'air délicieux provenant des Lézards d'Os. Tout compte fait, ce fut une expédition extrêmement rentable ! Ça fait du bien de gagner à nouveau des niveaux et de la Biomasse aussi facilement ! Maintenant que je n'ai plus trop à m'inquiéter de la survie de la colonie face à la terreur de la Vague, je pourrai revenir ici avec Tiny de temps en temps pour m'assurer que ma force personnelle ne prend pas trop de retard !
Je peux déjà sentir davantage de signatures thermiques émanant des murs, qui s'intensifient à chaque seconde. Une nouvelle vague de monstres est sur le point d'apparaître et je préférerais éviter de m'en mêler. Je récupère mes passagers et dis à Tiny qu'il est temps d'y aller.
Le grand singe est presque entièrement guéri après avoir consommé toute cette Biomasse, mais son poing a toujours l'air en piteux état. Rien de très surprenant vu ce qu'il a frappé ! Plus important encore, il a l'air détendu et heureux, ce que je n'avais pas vu depuis plus d'une semaine.
En restant un peu prudents, nous entamons une fois de plus le long chemin vers la surface, éliminant les monstres qui étaient apparus derrière nous pendant notre descente. Les deux petites sont probablement celles qui ont le plus profité de ce voyage. Je ne suis pas sûr que manger de la Biomasse plus avancée accélère la croissance des jeunes monstres, mais c'est probablement le cas ; je serai curieux de voir à quel point Crinis a grandi demain. Comme Vibrant est un monstre adulte, bien qu'encore petite, elle aura gagné une tonne de Biomasse en consommant une créature deux niveaux d'évolution au-dessus d'elle, peut-être jusqu'à quinze points !
Vu la capacité limitée de son estomac, obtenir autant de points en un seul repas est une sacrée aubaine !
Finalement, nous regagnons la surface. Je sors le premier afin de détecter s'il y a des humains ou d'autres créatures autour de l'ouverture du tunnel. Nous devons être assez prudents en entrant et en sortant d'ici, car nous ne sommes pas très loin de la colonie humaine. Un peu de prudence permet d'éviter bien des complications inutiles !
Comme nous avons nettoyé les tunnels inférieurs deux fois, il ne devrait pas y avoir grand-chose pour les humains de l'église, juste les monstres les plus faibles apparus au-dessus de l'endroit où mon nouveau tunnel rejoint l'ancien. Non seulement j'ai protégé leurs vies, mais je les ai aussi privés d'expérience. Donner d'une main et reprendre de l'autre, vraiment. Gweheheh.
Pour être honnête, je ne leur ai fait aucun mal, et prendre de petites mesures comme celle-ci pour protéger ma colonie, ma famille, est sûrement permis, non ? Gandalf ?
Eh. Ma conscience est tranquille.
Ah, je vous jure !
Bon, tant pis. Elles ont eu une grosse journée, je suppose. Plus vite elles digéreront cette Biomasse et grandiront, plus vite elles seront descendues de mon dos pour travailler dur pour la colonie. Attendez un peu, petites profiteuses…
Il faut quelques heures pour revenir à la fourmilière et tout est parfaitement paisible durant le voyage.
Cependant, alors que nous sommes presque arrivés, de faibles bruits de combat attirent mon attention.
Mon cœur se serre dans ma poitrine quand je reconnais le son des voix humaines qui crient et le fracas de l'acier. Des gens se battent près de la colonie !
Je me mets immédiatement à sprinter à toute vitesse, sans me soucier du fait que mes mouvements brusques ont réveillé mes deux passagères. Tiny semble détecter ma panique grandissante et se précipite derrière moi, aussi vite que ses longs bras lui permettent d'agripper le sol.
À chaque pas, mon cœur bat la chamade et un cri monte dans ma tête. Pas ma famille ! Pas ma famille ! Pas ma famille ! PAS ENCORE !
Les bruits écœurants des armes qui broient la chair des monstres suffisent à me faire monter les larmes aux yeux. Enfin, si j'avais des canaux lacrymaux. Laissez juste ma colonie tranquille !
En quelques instants qui m'ont semblé durer des heures, nous faisons irruption sur les lieux. La fourmilière s'élève comme une petite montagne sur ma droite, dominant le centre de la clairière ; les ouvrières sortent en masse du sommet, les mandibules claquant de rage, les antennes frémissant avec colère, sentant sans aucun doute les phéromones d'appel aux armes qui ont convoqué la main-d'œuvre au combat !
Sur ma gauche se trouvent dix humains, chacun équipé d'armes et d'armures étincelantes, finement ornées d'insignes et de filigranes en relief. Deux mages se tiennent à l'arrière, des bâtons ouvragés à la main et des robes flottantes sur les épaules. Ce sont parmi les humains les mieux équipés que j'aie jamais vus.
Et ils sont en train de massacrer les fourmis.
Les ouvrières se ruent en avant sans réfléchir, désespérées de défendre leur foyer, mais elles ne peuvent pas s'approcher assez près. Les magiciens ont conjuré une sorte de bouclier qui repousse les ouvrières, permettant aux guerriers de frapper librement et de libérer leurs compétences à l'épée, envoyant des vagues de lumière tranchante à travers les fourmis. L'acide projeté d'en haut est également bloqué par des moyens magiques, se dispersant sans danger et coulant le long de la barrière invisible.
Au centre de ma vision se trouve le spectacle le plus horrifiant de tous. La Reine est sortie ! Son corps immense tremble de rage alors qu'elle tente de soigner ses enfants tout en essayant de se frayer un chemin pour déchiqueter ses ennemis.
Ma famille est en train de mourir !
[TINY ! TUE !]
Je suis à peine assez lucide pour hurler ces mots à mon compagnon avant que mon esprit ne devienne totalement rouge. Mes précieux frères et sœurs sont massacrés, déchirés comme du papier, juste sous mes yeux. Je dois les sauver !
D'un seul mouvement, je secoue vigoureusement les deux petites et je me lance en sprintant vers l'ennemi. Ils osent s'attaquer à ma famille ! Je vais les déchiqueter !
Aveuglé par la rage, j'agis sans aucun plan, fonçant droit devant. Plus près, plus près, plus près ! Quand je ne suis plus qu'à quelques mètres, l'un des lanceurs de sorts tourne la tête et, presque avec mépris, donne un coup de poignet dans ma direction.
Je ressens immédiatement un impact sur mon visage, comme si une barrière invisible venait de me percuter pour me repousser.
Pas aujourd'hui, Monsieur Mime !
Je plante mes griffes dans le sol et je mords de toutes mes forces avec mes mandibules, essayant de mettre cette paroi en pièces par la pure force physique. En même temps, le coup reçu à la tête a ramené une partie de mes sens. Charger aveuglément dans une force inconnue n'est peut-être pas la meilleure idée, Anthony, mais si ça sauve les fourmis, ça en vaudra la peine !
Même en luttant contre cette barrière, j'active mon sous-cerveau pour commencer la construction d'une Lance Gravitationnelle ; si un sort peut briser leur formation, c'est bien celui-là. Le mage semble un peu confus au début par ma résistance obstinée à son sort, quelque peu surpris que je n'aie pas été simplement repoussé, voire tué par l'impact de la barrière. Je le fixe alors qu'il m'étudie de plus près, remarquant ma taille imposante et mes parties du corps mutées, puis il ricane et pousse sa main vers l'avant, doublant la pression sur moi en un instant !
Pas assez !
Déterminé, je tiens bon, refusant de bouger. Je n'ai pas de temps à perdre avec cet idiot ! À chaque seconde qui passe, ces épéistes taillent leur chemin à travers les ouvrières comme dans du blé, se rapprochant toujours plus de la Reine !
[Où est-ce que tu te caches, Tiny ?!]
À cet instant, un cri tonitruant déchire les oreilles de tous les présents. L'onde sonore est si intense qu'on dirait que mes tympans ont été frappés directement. Chargeant de toute sa puissance, Tiny fait un bond immense, levant ses deux poings au-dessus de sa tête pour les abattre sur la barrière !
Le mage qui me faisait face pâlit de terreur en voyant ce monstre simiesque massif jaillir des arbres, bondissant vers eux en quelques secondes. Il crie quelque chose dans sa langue et la seconde mage, une femme, se retourne rapidement ; ils lèvent tous deux leurs bâtons d'un seul geste alors que Tiny descend du ciel.
La pression sur moi est instantanément relâchée.
Infecté par ma propre rage désespérée, les yeux de Tiny sont complètement rouges tandis que son corps massif descend, ajoutant tout le poids de sa masse à son coup. Ses poings s'abattent comme des météores, percutant la barrière défensive avec un impact colossal !
BOUM !