Chapitre 1350
Chapitre 1350
Quitter le navire pour poser le pied sur la terre ferme est un tel soulagement que je peine à trouver les mots. La Volonté de la Colonie vibre à nouveau en moi, et je dois dire que ça fait du bien. La famille bourdonne d'une énergie industrieuse. Des milliers d'individus sont habités par le désir de travailler et d'améliorer les perspectives de la prochaine génération.
C'est incroyablement motivant de recevoir ce genre d'attitude volontaire injectée directement dans son esprit. Toute ma négativité et mes doutes s'envolent en un instant. La Colonie ne connaît pas le doute ! La Colonie ne se complaît pas dans l'apitoiement ! Nous sommes un collectif, nous avançons ensemble !
Un pied avant en avant ! Puis l'autre pied avant. On enchaîne avec l'une des pattes du milieu, puis l'autre. Généralement, mais pas nécessairement, la patte arrière suit. Peu importe, une fois qu'on a pris le coup de main.
Une fois que toutes les fourmis et leurs outils ont débarqué, nous faisons nos adieux à la flotte et regardons les brathians submerger leurs navires sous les vagues une fois de plus. Je suis sûr que nous les recroiserons à un moment donné, mais pour l'instant, ils sont partis compter leurs pièces et faire… des trucs aquatiques, j'imagine. Je ne sais pas ce qu'ils font là-dessous. Quand ils ne nagent pas.
Ah, être à nouveau parmi les fourmis. Ce n'est pas naturel d'être dans une ville qui n'est pas conçue pour des gens capables de marcher sur les murs. Peu importe à quel point leur argent brille. Une fois que je franchis les portes, en ignorant ostensiblement l'effigie sculptée à mon image qui orne la surface, je suis immédiatement accueilli par la foule. Des milliers de fourmis s'activent dans tous les sens, s'occupant des millions de tâches qui assurent la prospérité de la forteresse et de la famille dans son ensemble.
Et comme elles sont heureuses de me voir ! Écoutez leurs cris de bienvenue !
« Fini le repos, Aîné ! Tu as glandé pendant des semaines ! »
« Pousse-toi, Aîné ! Tu prends la moitié du chemin ! »
« De retour depuis quelques minutes et tu n'as toujours pas trouvé de travail ? Quelle paresse ! »
« Tu travailles en ce moment ? »
« Eh bien, non, mais je viens juste de rentrer ! »
« Fainéant ! »
Pfiou ! Certaines choses ne changent jamais. Je dois dire qu'il y a eu de vrais changements ici. Ce qui n'était qu'une grande forteresse en construction avant mon départ a vu ses angles arrondis. C'est devenu franchement confortable. Je crois même qu'ils ont installé une forme de chauffage dans les sols. Mes griffes sont agréablement au chaud ! Ou alors, les fonderies sont un niveau plus bas. Quoi qu'il en soit, c'est très impressionnant !
Malgré les réprimandes de mes frères et sœurs, il y a quelques choses que je dois faire avant de me lancer dans ma prochaine tâche, à savoir retrouver les chers amis que j'ai laissés derrière moi.
Mes trois familiers ont vécu et combattu sous la forteresse principale, aidant les fourmis à conquérir les tunnels en contrebas. Si tout s'est bien passé, les passages menant au cinquième niveau devraient être sécurisés maintenant. Les préparatifs pour la grande invasion peuvent entrer dans leur phase finale !
Après avoir fait mes adieux aux artisans qui ont partagé le voyage avec moi, je prends congé et commence à descendre à travers la forteresse. Dans la grande salle depuis laquelle nous avions planifié et coordonné notre défense contre la Vague, je suis enfin réuni avec mes chers amis.
[Maître !] s'écrie Crinis.
[Hé, Crinis !] dis-je. [Où est-ce que tu te caches ?!]
Je peux l'entendre, je peux la sentir, mais je ne peux absolument pas la voir.
[Regarde en bas !]
C'est un peu délicat pour moi de regarder en bas, mais j'y parviens avec une petite torsion. Au moment où mes yeux se posent sur ma propre ombre, une forêt de tentacules émerge, s'enroulant autour de moi jusqu'à ce que je sois ficelé plus serré qu'une momie.
Je veux dire… je ne peux littéralement plus bouger.
[Hé, Crinis… J'aimerais pouvoir marcher….]
[J'étais tellement inquiète pour toi, Maître ! Est-ce que tu vas bien ?]
Je veux dire, tu es en train de recouvrir toute ma carapace en ce moment. Tu devrais sûrement voir que je vais bien.
[Je suis en pleine forme, comme un violon qui fait du yoga. Sérieusement ! Calme-toi une seconde.]
[Tu es sûr que tu ne veux pas visiter mon repaire secret ?]
[Je suis très sûr. Maintenant, lâche-moi pour que je puisse dire bonjour aux autres. Allez.]
Il faut un peu plus de persuasion, mais elle finit par me lâcher. Enfin, assez pour que je puisse tituber jusqu'à l'endroit où Tiny et Invidia se prélassent.
[Oh là là, Tiny. Tu es massif !]
C'est vrai qu'il est devenu énorme. Ravi de ma réaction, le grand singe contracte ses muscles et prend la pose, s'assurant que j'aie une vue imprenable sur ses bras et ses épaules impressionnants. Ce singe a fait de sacrés progrès au cours de cette évolution. Avec ses os et ses muscles reforgés, ce gars va frapper comme une bombe atomique ! J'ai hâte de le voir en action !
[Bienvenuuuue à la maison,] ronronne Invidia, l'œil brillant intensément.
Brillant, mais pas en vert.
[Tu as changé d'œil, Invidia ! Plus de vert ? Tu n'es donc plus un démon de l'envie ?]
[Pas tout à fait.]
Waouh. De sacrés changements ici ! Visuellement, la différence n'est pas aussi frappante qu'avec Tiny, mais il est évident que le petit gars a aussi subi des modifications significatives.
Ah, ça fait du bien d'être à nouveau avec la bande !
[Vous m'avez tous manqué,] leur dis-je, sentant la joie monter en moi. [Dites-moi ce que vous avez fait et comment vos évolutions se sont passées ! Je suis tout ouïe !]
Façon de parler. Les fourmis n'ont pas d'oreilles.
[Oh, et je dois aussi voir Sarah ! Est-ce qu'elle est toujours dans la forteresse ?]
Tiny hoche la tête par l'affirmative, pointant du pouce vers l'un des tunnels latéraux. Je tourne mon attention dans cette direction juste à temps pour voir l'ombre d'un petit démon assassin glisser par là. Comment diable est-il aussi rapide ? En fait, qui l'a laissé sortir du placard où je l'avais enfermé ?!