Chapitre 1340
Chapitre 1340
Écoutez, pour être honnête, ce n'est pas si facile de « diriger » quand on vole via un puits de gravité. Manipuler ce truc demande énormément d'énergie et de concentration ; je fais essentiellement une sorte de chute contrôlée. C'est difficile.
Dans ma tête, j'imagine faire un superbe piqué et esquiver avec agilité l'immense chose, mi-nuage, mi-griffe, qui fonce sur moi, mais en pratique, ça ne se passe pas vraiment comme ça.
Au lieu de ça, je m'écrase directement dedans.
Les griffes commencent à se refermer autour de moi, mais je ne l'entends pas de cette oreille. Avec un puissant CHOMP, je mords profondément, en espérant que le dragon ne m'en voudra pas trop de lui grignoter les doigts. Il s'avère que je n'avais pas à m'inquiéter, car mes mandibules traversent le vide : ce qui semblait solide redevient un nuage cotonneux à l'instant même où je le touche.
Je passe au travers et je chute vers le puits de gravité, descendant sur la ville comme une météorite. Je vais faire un tel trou dans ce toit doré étincelant, ils n'ont aucune idée de ce qui leur arrive. Je suis blanc de rage, au point que j'ai l'impression que ma carapace est en feu.
Mon esprit est tellement occupé par ce que je vais faire une fois à l'intérieur de la cathédrale que je ne réalise pas immédiatement que la situation avec le dragon n'est pas si simple à résoudre. Le nuage qui plane autour de la ville tourbillonne et danse tandis que l'énorme monstre se forme et se reforme sans cesse. Aussi vite que je me déplace, le dragon est plus rapide, bien plus rapide, et il ne me faut pas longtemps pour être totalement encerclé par le nuage.
Espérant pouvoir persuader cette créature de me laisser tranquille, je décide de diffuser un message. Avec un peu de chance, mon charme légendaire d'Anthony me permettra de le convaincre ?
[Un membre de ma famille a été capturé et emmené dans la cité dorée ! Je vais juste là-bas pour la sauver !]
Il n'y a pas de réponse immédiate, alors je me concentre sur ma « chute » aussi vite que possible vers ma cible.
Oh mince ! Alors il sait que je ne mens pas et que je n'essaie pas d'attaquer la ville ? Je ressens une bouffée d'optimisme. Peut-être que je n'aurai pas à combattre cette chose après tout ?
[Hé, c'est cool alors, non ? Tu peux juste me laisser descendre la chercher, et ensuite je m'en vais. Ça ne prendra pas plus d'une minute. Peut-être deux. Trois. Disons cinq pour être sûr. Et je ne vous embêterai plus… toi et tes nuages. Ok ?]
Des anneaux de nuages se tordent autour de moi, des éclairs d'écailles et de griffes apparaissant et disparaissant aussi vite que je les vois.
[IL N'EN SERA PAS AINSI, PETIT. MON MAÎTRE M'ORDONNE DE T'ARRÊTER, ET JE DOIS DONC LE FAIRE.]
Attends. Des ordres ?
[Tu es un familier ?!], m'exclamé-je, incrédule.
Le dragon ne répond pas, peut-être pas très ravi d'être décrit comme un familier — ce qui est normal, vu qu'il est de rang huit, voire neuf. Je peux sentir l'incroyable puissance qui irradie du monstre, donc je sais avec certitude qu'il est au moins plus évolué que moi.
Cela ne signifie pas que je vais perdre, mais cela signifie que je ne peux pas gagner rapidement. Dans ce cas précis, gagner rapidement est la seule chose qui compte. Au moins, je sais qu'il n'y a aucune chance que je puisse raisonner la bête. Si c'est un familier, alors il ne peut pas refuser un ordre direct, quoi qu'il arrive. Même si le dragon et moi finissions par devenir les meilleurs amis du monde, à boire le thé et à jouer… à n'importe quels jeux auxquels les amis jouent, je ne sais pas, ça n'aura aucune importance. Si le Maître dit de m'arrêter, alors il m'arrêtera.
Ou du moins, il essaiera.
Les nuages autour de moi se déplacent et se reforment. Soudain, il y a des griffes tout autour de moi, qui se referment rapidement. Comment diable fait-il ça ? C'est tellement dingue ! Comment est-ce équitable si son corps peut être là par moments et pas le reste du temps ? Où diable va-t-il ?!
VOID CHOMP !
Je ne plaisante pas. Je déchaîne ma morsure la plus puissante, activant la Compétence sans toutefois l'amplifier avec l'Autel. Je suis peut-être au maximum de ma Volonté en ce moment, mais il n'y en a pas beaucoup qui circule avec seulement dix mille fourmis à portée. Je ne peux pas me permettre de gaspiller cette précieuse énergie.
Les mandibules noires d'énergie pure se forment puis se referment avec un hurlement féroce, le vide attirant les griffes formées de nuages vers l'intérieur avant de les trancher toutes.
Et, bien sûr, elles se dissolvent dans le néant, pour qu'un nouveau jeu se forme une seconde plus tard.
VOID CHOMP !
Si je dois mordre jusqu'au sol, alors je le ferai ! Je ne m'arrêterai pas !
Je ne vois pas la queue arriver. Bien sûr que non. Comment diable suis-je censé voir quoi que ce soit avec tout ce maudit nuage qui me gêne ?!
CRAC !
Ça ne donne certainement pas l'impression d'avoir été frappé au visage par un gentil nuage cotonneux, ça donne l'impression d'avoir été percuté par un mur de briques ! La force de l'impact résonne dans ma carapace et m'envoie valser en arrière, mais je maintiens ma prise sur le puits tout du long. Une fois mon élan dissipé, il n'y a qu'une seule façon pour moi de tomber, et croyez-le ou non, ce n'est pas tout droit.
C'est vers cette maudite cathédrale.
[NE SOIS PAS TÊTU. CELA NE MÈNERA QU'À TA MORT.]
[Écoute, je n'essaie pas de t'embêter, toi ou ton Maître d'ailleurs, mais un membre de ma famille est là-bas, alors j'y vais. Si tu veux m'arrêter, il va falloir faire bien plus que me donner quelques claques.]
Ça sonne bien dans ma tête, le dragon semble être du genre raisonnable, il comprendra d'où je viens, mais une fois les mots prononcés, je réalise que la créature à qui je parle n'a pas vraiment le choix.
[SI C'EST CE QU'IL FAUT, ALORS C'EST CE QUE JE FERAI.]
Bravo, Anthony. Vraiment bravo.