Chapitre 131
Je suis si près de l'arrière de la foule que je pourrais tendre une antenne et toucher quelqu'un. S'il vous plaît, faites qu'ils ne m'entendent pas !
La petite ouvrière se débat toujours dans mes mandibules, essayant de se libérer pour aller enquêter sur le feu. Mais qu'est-ce qui t'intéresse tant là-dedans ?! Est-ce la Biomasse ? Es-tu juste contrariée qu'ils brûlent les cadavres de monstres au lieu de manger cette délicieuse, cette merveilleuse Biomasse ?
Je ne pense pas qu'ils puissent manger ça, gamine ! Chaque peuple a ses coutumes, tu comprends ?
« Arrête de gigoter ! Je te nourrirai quand nous serons rentrés à la colonie, d'accord ? »
En entendant que je suis prêt à la nourrir, l'ouvrière cesse ses tentatives d'évasion, ce qui calme un peu ma panique. Puis, elle fait joyeusement claquer ses mandibules, produisant un *clac* sonore qui fait monter mon angoisse en flèche !
Au début, aucune réaction, mais un homme d'âge mûr au milieu de la foule se retourne lentement, les sourcils froncés. Son visage devient livide lorsqu'il se retrouve face à une fourmi géante, allongée sur le ventre, tenant une autre fourmi plus petite dans ses mandibules à quelques mètres de son dos.
Euh… Salut !
J'essaie de lui faire signe avec une antenne, mais il sursaute, la bouche ouverte, en proie à une panique silencieuse. Il tend des mains tremblantes pour tirer sur les vêtements des gens autour de lui. Ils se retournent, d'abord irrités, mais lorsqu'ils voient son expression et qu'il pointe un doigt tremblant vers moi, ils se tournent et contemplent mon postérieur glorieux alors que j'ai déjà commencé à détaler !
Il est temps de mettre les voiles !
Nom d'un chien, Gandalf ! Ces gens sont un peu trop accros à la chasse aux monstres !
Alors que je sprinte à travers les champs avec une horde d'humains hurlants à mes trousses, la petite ouvrière fait joyeusement claquer ses mandibules, profitant pleinement du trajet. Je suis sans voix face à son manque total de conscience ; à ton avis, c'est la faute de qui, cette situation !?
Éclairée par les torches enflammées, la foule ressemble à une horde en colère invoquée des profondeurs de l'enfer ! Leurs yeux furieux sont désormais dénués de toute peur alors qu'ils se précipitent dans mon sillage.
Bordeeeeel !
Je n'ai pas particulièrement envie de me frayer un chemin à travers tout un village, mais je ne veux pas non plus les mener jusqu'à la colonie. Réfléchis, Anthony !
Je vais peut-être devoir leur donner un avant-goût de mes prouesses magiques !
Travaillant rapidement, j'essaie de façonner une Lance gravitationnelle tout en courant. Distrait, je perds naturellement un peu de vitesse en trébuchant ici et là, et la foule commence à me rattraper. C'est pas grave, ne rate pas la construction !
Mes entraînements m'ont aidé à me familiariser avec la forme du sort, comme une mélodie que j'ai répétée maintes fois. J'ai encore besoin de beaucoup de pratique avant de pouvoir « jouer » ça avec une aisance totale, mais je m'en sors bien mieux que la première fois !
Après seulement dix secondes de travail mental frénétique, j'ai préparé le sort et je commence à y déverser l'énergie gravitationnelle pour le charger. Dans ma précipitation, je ne contrôle pas correctement le flux d'énergie et j'en injecte beaucoup trop, surchargeant le sort !
Gah ! Je n'ai pas le temps d'en refaire un, tire-le, c'est tout !
En tournant la tête, je choisis ma cible : le premier homme qui m'avait remarqué. Il n'est plus terrifié, mais hurle comme un maniaque en menant la charge, une hache de bûcheron à la main.
Désolé mon pote, c'est toi qui as tiré la courte paille aujourd'hui !
D'une pensée concentrée, je lance ma Lance gravitationnelle. La construction complexe d'un violet sombre fend l'air comme une flèche, perçant l'homme en plein torse !
Des cris et des hurlements éclatent dans la foule alors que la cible tombe à genoux, un air incrédule sur le visage, ses mains s'élevant pour tenter de saisir la lance éthérée qui émerge de sa poitrine. Puis, ils hurlent à nouveau, leur élan totalement brisé, alors que les anneaux de lumière s'étendent en un éclair, englobant une grande partie de la foule !
Puis, la force de traction de la gravité entre en jeu !
Au début, ils ne semblent pas remarquer, mais la force grandit à chaque instant jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus y résister ! Ils essaient d'abord de se retenir, ancrant leurs pieds et penchant le corps comme s'ils luttaient contre une forte brise, mais l'attraction puissante est irrésistible et, finalement, ils « tombent » tous vers l'homme hébété dont la poitrine arbore toujours fièrement la lance.
Même moi, je suis un peu stupéfait par la puissance de cette lance et j'arrête brièvement de courir pour admirer le spectacle d'une cinquantaine de personnes écrasées les unes contre les autres comme des sardines. Je ne vois même plus le gars que j'ai visé, il est enterré sous les corps de ses concitoyens.
Ce n'est pas quelque chose qu'on voit tous les jours.
Mouahahaha !
À plus, les nuls !
D'un signe désinvolte de mes antennes, je tourne les talons pour filer dans l'obscurité !
Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé dans ce village, mais au moins, ils prennent la sécurité de leur communauté au sérieux. Je reste un peu inquiet : malgré leur détermination, il finira par sortir de ce trou quelque chose de trop coriace pour eux, et les gens là-bas finiront en nourriture.
Je vais peut-être devoir accélérer certains de mes plans.
En retournant vers les arbres, nous rejoignons Tiny et j'ordonne à la petite ouvrière de remonter sur ma tête avant que nous ne regagnions le nid dans l'obscurité. J'ai remarqué que dans la forêt, les monstres que nous rencontrons montent un peu en niveau pendant la nuit. Je ne l'avais pas réalisé au début, car ils restent pathétiquement faibles. Quoi qu'il en soit, nous rentrons à la maison sans encombre.
Une fois arrivés à la ferme, après nous être assurés d'avoir bien mangé, en laissant un tas de monstres handicapés pour la colonie et en extrayant un autre noyau frais, je retourne dans ma chambre et je déterre ma collection. La petite semble avoir eu assez d'excitation pour le moment et décide de faire une sieste pour digérer son repas.
Une fois ma sélection de trésors rassemblée, je prends tous les noyaux qui ne sont absolument pas modifiés et je mets le noyau de Gelée-mâchoire de côté. Je dois passer en revue tous ces noyaux et les altérer autant que possible dans mon ultime effort pour faire monter le niveau d'Ingénierie de Noyau.
Convoquant toute mon intelligence, je me concentre sur le premier noyau et entame le processus ardu d'ajustement des énergies qu'il contient.
Après plusieurs heures de travail éreintant, c'est terminé. J'ai réussi à prendre cinq noyaux et à y apporter tous les changements possibles, gagnant ainsi deux niveaux supplémentaires en ingénierie de noyau.
Argh ! J'ai la tête qui explose ! L'ingénierie de noyau est incroyablement éprouvante pour l'esprit, c'est comme pousser un rocher en haut d'une colline en utilisant seulement ses pensées.
Je prends dix minutes pour me rafraîchir, puis je me prépare à affronter le noyau de Gelée-mâchoire. J'avais été très impressionné par ce monstre lors de notre combat ; la terreur qu'il avait réussi à susciter, même chez d'autres monstres, était quelque chose que je n'avais jamais vu auparavant. Sans compter que je soupçonne cette créature de n'avoir évolué qu'une seule fois, ce qui signifie qu'elle n'a pas perdu beaucoup de potentiel de croissance.
Oui, j'ai l'intention de faire de la Gelée-mâchoire mon deuxième familier !