Chapitre 1309
Chapitre 1309
C'est une sensation étrange que de regarder cette terrifiante sphère de ténèbres absolues s'élever dans les airs. Plus que quiconque, j'ai une petite idée de ce qui nous attend, mais même moi, je ne suis pas certain de la manière dont tout cela va se dérouler.
Il ne me reste que quelques secondes avant l'impact inévitable et l'expansion de la bombe gravitationnelle, et me voilà, flottant sur un navire, incapable de m'ancrer à quoi que ce soit. Ah, le recul, mon vieil ami, nous nous retrouvons ici, au bord de l'extinction.
Même ma tentative d'avertir les fourmis à portée est totalement inutile. L'attraction est déjà si forte que mes phéromones sont balayées en même temps que l'air qui m'entoure. Mes esprits sont actuellement épuisés à l'intérieur de ma tête, enfin soulagés de l'incroyable tension que je leur ai imposée, mais je les force à continuer à travailler, tissant un vaste pont mental que je projette sur tous ceux que je peux atteindre.
[C'EST UNE ALERTE IMMÉDIATE DE DANGER DE MORT, ET JE NE PARLE PAS DU ROCHER. Le sort que j'ai lancé là-haut va devenir dingue. Les fourmis, vous savez tous de quoi je parle. Lestez ces navires, ancrez-les au fond du lac si possible. Activez les boucliers à bulles parce que l'eau va monter tout autour de nous. BOUGEZ, BOUGEZ, BOUGEZ !]
Les gens réagissent, criant des questions en retour, essayant de donner un sens à ce que je leur ai dit. Heureusement, d'autres sont plus proactifs et passent déjà à l'action. Je peux sentir le mana s'agiter tout autour de moi alors que les fourmis et les mages brathians commencent frénétiquement à tisser de la magie, essayant de se protéger, eux et la flotte.
Pendant tout ce temps, ce hurlement épouvantable et terrifiant du vent continue de faire vibrer ma carapace et d'envoyer des frissons le long de mes mandibules.
HOOOOOOOOOOOOOOOOOOOWWWWLLLL !!!!!
C'est plus qu'assourdissant, et ce n'est que le début. Pour la première fois, je ressens un frisson de peur authentique me parcourir à l'idée de ce que j'ai créé. Cette bombe gravitationnelle va être la chose la plus grande et la plus dévastatrice que j'aie jamais lancée, et de loin.
Je ne suis pas sûr d'être prêt à en assumer les conséquences. Ou même d'y survivre. Cependant, prêt ou non, elle arrive quoi qu'il arrive.
Une triste réalisation me frappe. La seule chose que je puisse faire pour tenter de conjurer l'attraction monstrueuse qui va s'abattre sur nous, c'est de la contrer par une autre attraction.
Mes cerveaux gémissent de désespoir alors que je les remets au travail, aspirant du mana et le poussant à travers la construction. Si je parviens à créer un Puits qui couvre toute la flotte, cela pourrait suffire à annuler au moins une partie de l'attraction à venir.
Il est possible qu'il existe de meilleures idées, mais je ne suis certainement pas capable d'y penser, alors je vais faire ça. Le seul problème, c'est qu'il est impossible que j'aie un Puits de gravité prêt avant l'impact. Je ne peux tout simplement pas pousser mes cerveaux aussi fort qu'avant, ils fonctionnent à bout de souffle en ce moment.
Alors que la flotte entre en action autour de moi, que les mages essaient de se coordonner, que les soldats tentent d'imposer l'ordre et d'attacher tout ce qu'ils peuvent, j'aperçois la flotte de la Légion au loin.
Sagement, ils prennent de la distance avec cette folie golgari, naviguant aussi vite qu'ils le peuvent pour s'éloigner de la zone de largage. Cela ne suffira pas.
Je retourne la pensée dans mon esprit pendant une seconde avant de claquer mes mandibules d'irritation. Morrelia est là-bas, je ne peux pas les laisser à l'écart. Avec un grand effort, je tisse un pont mental et le projette vers les navires de la Légion, espérant qu'il couvrira la distance et s'accrochera à quelqu'un.
Heureusement, c'est le cas, ne serait-ce que de justesse.
[Attachez-vous pour ne pas être aspirés hors du pont de vos navires ! Mon sort va vous atteindre !]
Ce n'est pas grand-chose comme avertissement, mais c'est tout ce que je peux faire. Je coupe le contact immédiatement, espérant que la personne sur laquelle j'ai réussi à me verrouiller est assez intelligente pour faire passer le mot.
Au-dessus, le bord flou des ténèbres rencontre la pierre qui chute, et je suis assez satisfait de voir que mon tir était précis. La bombe vole directement dans le trou creusé par la précédente, s'enfonçant dans la roche et disparaissant de ma vue.
Plein de crainte, je baisse mon corps vers le pont du navire, mais je n'ai nulle part où aller. Prudemment, je m'accroupis complètement, laissant le bas de ma carapace reposer sur le pont, puis j'étends mes pattes, les poussant à travers les espaces du bastingage sur le bord du navire. Si je commence à décoller du pont, au moins j'aurai quelque chose à quoi me tenir.
Une seconde plus tard, cela arrive.
Mes antennes, sensibles au flux et au reflux de la gravité grâce à une mutation, bourdonnent comme un téléphone en mode vibreur. Elles commencent littéralement à trembler et à s'agiter alors qu'une force gravitationnelle insondable surgit directement au-dessus de ma tête.
Je ne peux pas encore la voir, mais je sais qu'elle est là, à l'intérieur de la pierre, comme un dragon caché, ou un tigre accroupi qui serait aussi un trou noir.
Puis, cela se produit. Le rocher massif, des millions et des millions de tonnes de pierre condensée, qui chutait vers nous avec assez de force pour aplatir une montagne, commence à ralentir.
Le rocher au-dessus gémit assez fort pour envoyer des ondulations à travers l'eau encore écumante autour de nous. Des craquements se font entendre, des détonations sèches au plus profond de la pierre qui résonnent vers l'extérieur sur des dizaines de kilomètres dans toutes les directions.
Pendant un bref instant, je suis plein d'espoir. Peut-être ai-je parfaitement calibré le tout, et la bombe gravitationnelle va consommer le morceau de roche condensée de la taille d'une ville, puis disparaître. Ce serait bien !
Puis je l'entends, un craquement profond et retentissant, si sec et si profond qu'on dirait que le monde s'est brisé en deux.
Le rocher se brise en plein milieu, et je vois de mes propres yeux ce que j'ai créé.
Oh. Mon. Dieu.
Ça va faire mal.