Chapitre 106
Je cours le long de la piste des ouvrières, claquant des mandibules et mordant tout ce qui entrave leur chemin vers le tunnel d'évacuation. Mon objectif principal n'est pas de tuer ces monstres, mais d'essayer de mettre chaque ouvrière en sécurité.
« Dans le tunnel ! Dans le tunnel ! » je hurle constamment à mes sœurs tout en me jetant sur les griffes et les bras qui les menacent, alors que les monstres tapis dans les murs se libèrent.
Quel est l'état de la chambre de la couvée dans tout ce chaos ? Avons-nous réussi à toutes les sortir ?
L'inquiétude me transperce la poitrine à l'idée des larves sans défense qui n'ont peut-être pas été déplacées à temps.
Je dois y aller et essayer de les sauver !
[Tiny, protège le tunnel !]
Je ne peux même pas être sûr que le singe m'ait entendu et compris dans tout ce vacarme, mais je ne reste pas pour vérifier. Alors que je retourne vers la chambre, je commence à canaliser ma magie gravitationnelle dans mes mandibules. Quand je vois des fourmis prises au piège ou bloquées sur leur chemin vers le tunnel, je les attrape immédiatement avec mon énergie gravitationnelle, les propulsant vers moi et vers la sécurité !
Je reçois quelques regards très surpris de la part de certaines fourmis après qu'elles ont volé sans ménagement dans les airs vers moi. Je ne sais pas si c'est grâce à la distance plus courte ou à un meilleur contrôle de ma part, mais les fourmis parviennent à atterrir sur leurs pattes, les larves qu'elles transportent saines et sauves.
Ouf !
Ces monstres semblent tout droit sortis d'un cauchemar !
Je ne me laisserai pas détourner de mon objectif !
Quand je ne vois plus aucune fourmi sortir de la chambre de la couvée, je fonce le long du mur et je m'engouffre à l'intérieur, me faufilant entre les créatures, frappant avec mes mandibules dès que je suis menacé.
Aussi étranges soient-ils, ils n'aiment toujours pas quand je leur arrache un membre !
En faisant irruption dans la chambre de la couvée, mon cœur tombe dans mon thorax. Il reste encore des dizaines de larves ici, de minuscules petites bestioles totalement sans défense face à la horde cauchemardesque qui a surgi des murs mêmes de leur sanctuaire.
Je peux déjà voir plusieurs jeunes qui ont été détruits par le conflit.
….. Bon sang.
Nous n'avons pas été assez rapides.
Ce n'étaient peut-être que de petites larves, mais c'étaient des membres de ma famille !
Elles sont devenues les premiers membres de notre colonie à être sacrifiés à la Vague.
Je suis instantanément rempli de regrets. Si j'avais mieux surveillé le temps, si j'avais été un peu plus rapide, si j'avais été un peu plus fort. J'aurais pu les sauver.
Attends. Une larve au milieu de la pièce se tortille frénétiquement vers moi alors que des bêtes vicieuses se battent tout autour d'elle. Juste avant qu'elle ne soit écrasée sous le pied d'un combattant ignorant, je reviens à mes sens et active mes mandibules !
YOINK !
La minuscule larve vole dans les airs, propulsée hors de la chambre de la couvée, et s'écrase directement sur mon visage !
Je n'avais pas vraiment le choix ! Si j'avais essayé de l'attraper avec mes mandibules, je l'aurais probablement blessée, elles sont si petites et spongieuses !
Utiliser mon visage pour absorber l'impact n'était peut-être pas la solution la plus sophistiquée, mais cela semble avoir fait l'affaire !
La larve chanceuse se tortille de joie pour son émancipation. Cette larve semble inhabituellement active et consciente pour une créature presque dépourvue de sens.
Tu vas bien, petite ?
Je n'ai pas pu sauver les autres, mais je sauverai absolument celle-ci !
Sans plus aucune ouvrière dans la chambre et, espérons-le, aucune autre qui reviendrait, je tourne le dos et je pars, incapable de faire quoi que ce soit pour ceux qui restent en vie à l'intérieur.
Allez Anthony, emmène cette petite au tunnel d'évacuation. Sauve cette larve.
Ensuite, tu pourras déchaîner ta rage !
Mes yeux sont presque aveuglés par mon chagrin et ma culpabilité. Je suis déterminé à mener celle-ci en sécurité, cependant, alors je baisse la tête et je fonce. Les monstres grincent et me griffent, un membre semblable à une faux s'étire depuis les ténèbres pour racler mon flanc, faisant jaillir des étincelles alors qu'il entaille ma carapace de diamant.
Je ne réagis pas, je ne peux pas réagir. Je ne risquerai rien tant que je n'aurai pas sauvé ce membre sans défense de ma famille.
Devant moi, un monstre horrible se dresse, tordu et brisé comme un spectre de la mort lui-même. Je peux sentir le picotement douloureux de l'énergie de mort m'envahir à mesure qu'il se rapproche.
Non !
La perte de PV est peut-être quelque chose que je peux gérer, mais ce sera suffisant pour tuer cette larve en quelques secondes. Bon sang !
[Tiny ! Tue !] je rugis dans mon esprit !
De l'autre côté de la chambre de la Reine, j'entends un cri assourdissant alors que Tiny libère son attaque vocale mentale, faisant frémir de douleur tous les monstres de la pièce tandis que le son disperse leur conscience.
Sans oreilles, la larve est protégée de l'attaque, mais la puissance des ondes sonores vibrant à travers son corps charnu menace de secouer la pauvre chose jusqu'à la mettre en pièces !
La bête cauchemardesque devant moi recule, désorientée par l'explosion, et avant même que je puisse réagir, un éclair aveuglant jaillit dans ma vision périphérique.
En tournant la tête, je peux voir Tiny, canalisant toujours l'électricité à travers tout son corps, se dresser au-dessus des monstres autour de lui comme un dieu en colère, le courant dans sa main brillant de plus en plus fort.
Avec une colère qui déforme ses traits de chauve-souris, il projette sa main vers l'endroit où je me tiens.
Je n'ai aucune idée de ce qu'il fait au début, mais un instant après qu'il a tendu la main, un arc électrique terrifiant jaillit, réduisant le monstre devant moi en lambeaux !
Bien joué, Tiny !
En avant !
Les pattes grattant le sol aussi vite qu'elles le peuvent, je trébuche et je me précipite, sacrifiant mon équilibre pour arracher chaque once de vitesse possible. Allez-allez-allez Anthony !
Plonge !
Alors que j'approche de l'entrée du tunnel d'évacuation, je peux voir que les ouvrières ont déjà formé une ligne de défense, utilisant leur nombre pour essayer de repérer leurs attaquants.
Repérant une brèche dans la ligne, je me propulse en avant à travers les airs, sautant vers la ligne d'arrivée !
Une douleur soudaine et aiguë explose dans mon abdomen et en regardant vers le bas, je peux voir une bête hideuse, dotée d'énormes pointes au bout de ses membres, sortant de la terre sous moi. Un bras a été tendu, la pointe transperçant directement mon abdomen et ressortant par mon dos !
Putain, ça fait mal !
Mes PV ont chuté !
Sauve la petite d'abord, je suis si près !
Alors que je m'écrase douloureusement au sol, la terrible pointe me transperçant toujours par en dessous, je commence à me traîner vers la chambre d'évacuation, la petite larve toujours délicatement agrippée dans mes mandibules.
Derrière moi, j'entends le bruit de la terre qui s'éparpille et le clic des nouveaux membres alors que la bête émerge de la terre.
J'y suis presque, Gandalf ! Encore quelques mètres.
Cette blessure est atroce !
Centimètre par centimètre, je me déplace vers le tunnel, mon sang tachant la terre de la chambre de la Reine derrière moi.
Finalement, une autre ouvrière remarque mon approche et se précipite, comblant l'écart entre nous en une seconde.
Tendrement, l'ouvrière prend la larve de mes mandibules et se retourne, s'engouffrant profondément dans le tunnel. La dernière chose que je vois, c'est la petite larve inerte dans les mandibules de l'ouvrière, bougeant à peine.
J'espère que tu t'en sortiras, petite.
Quant à la chose derrière moi….
Tu n'aurais jamais dû me poignarder dans le quartier des affaires !
Goûte à ma justice !