Chapitre 994
En quittant la résidence du Chef Noir, je me mis aussitôt en route.
J’étais venu le voir pour deux raisons : lui mettre la pression et vérifier si l’Énergie démoniaque avait bien pris racine dans son corps.
À en juger par ce que j’avais observé, les résultats n’étaient pas mauvais.
« La progression est lente, mais elle est bien là. »
La corruption était réelle. L’Énergie démoniaque avait pris possession de lui.
« Au début, j’ai cru qu’elle ne s’installait pas correctement. »
Mais ce n’était pas le cas. C’était simplement lent.
« Elle le gagne peu à peu. »
C’était seulement beaucoup plus lent que chez les humains.
Le vrai problème, c’était de comprendre pourquoi l’Énergie démoniaque se comportait différemment.
« Est-ce parce qu’il fait partie de la tribu de la Nuit au clair de lune, et non des humains ? »
Je ne l’avais jamais utilisée sur autre chose que des humains ; je n’avais donc aucune donnée préalable.
Peut-être que l’Énergie démoniaque était tout simplement moins efficace sur la tribu de la Nuit au clair de lune.
Ce n’était pas une question d’écart de puissance ou de niveau de cultivation.
Ça, j’en étais certain.
« Le Chef Noir compte parmi les plus puissants des Dix Grands Maîtres. »
Les autres chefs étaient pareils. À en juger par leur force en plein jour, ils se situaient précisément à ce niveau.
La différence de puissance n’y était donc pour rien.
« Même des guerriers de ce niveau pouvaient être changés en démons. »
Ceux qui égalaient les Dix Grands Maîtres ou s’en approchaient pouvaient être corrompus sans difficulté.
Et ils avaient même pu se soumettre à moi.
« Est-ce simplement une exception ? »
Le Chef Noir était différent.
Bien qu’il soit devenu un démon, l’Énergie démoniaque ne l’avait pas soumis à moi.
Était-il le seul dans ce cas ? Ou les autres étaient-ils pareils ?
Je l’ignorais.
« Si je ne sais pas, je n’ai qu’à le découvrir. »
Si les informations me manquaient, je devais les recueillir.
C’était mon objectif pour cette nuit. Alors, je traversai l’obscurité en direction d’une autre cible.
Tap.
La pointe de mes pieds toucha un sol ferme. Cette fois, ce n’était pas un toit, mais le plancher d’un bâtiment.
À peine avais-je atterri que je sentis le poids d’innombrables regards se poser sur moi.
« Qui va là ?! »
« Un intrus… ! »
« Quoi ? Un intru—argh ! »
Les soldats postés à proximité sursautèrent en me reconnaissant.
« Cheonma… ! »
« Prévenez le commandant, tout de suite ! »
« Cheonma est ici ! »
« … Quel vacarme. »
Kuuuuuuuuu—!!
Je libérai mon énergie, la laissant fendre l’air. La pression se déploya et vida les visages des soldats de leurs couleurs.
Je n’avais pas eu recours à mon autorité.
Je m’étais contenté de laisser rayonner ma présence.
« Je n’aime pas les bavardages inutiles. Taisez-vous. Laissez la nuit rester telle qu’elle est. »
Crac. Craquement—!!
« Argh… Guhhh… ! »
« Hurg… ! »
Plus mon aura se renforçait, plus leurs réactions s’accentuaient. Ceux qui tenaient à peine debout commencèrent à s’effondrer les uns après les autres.
Certains perdirent connaissance sur-le-champ, incapables de supporter la pression.
Même ceux qui parvenaient à rester debout se souillèrent ou vomirent.
« Ha. »
Un sourire narquois se dessina derrière mon masque.
« Pas mal. »
Je n’avais même pas mêlé d’intention meurtrière à mon aura : c’était de la pure maîtrise de l’énergie.
Et pourtant, la différence était flagrante.
Que se passerait-il si j’y ajoutais de l’intention meurtrière ?
J’étais curieux, mais je ne pris pas la peine d’essayer.
Était-ce parce que je voulais éviter un bain de sang inutile ?
Non.
Ces imbéciles ne représentaient rien pour moi. Qu’ils vivent ou qu’ils meurent m’était égal.
« C’est juste que je dois économiser mes forces. »
Je n’avais aucune envie de gaspiller mon énergie quand ce n’était pas nécessaire.
Il y avait quelque chose que je voulais mettre à l’épreuve, et je devais être parfaitement prêt.
Sans prêter attention aux corps qui s’écroulaient autour de moi, je levai les yeux.
Une immense porte se dressait au loin.
Et au-delà, à la mesure de sa taille, s’étendait une demeure encore plus vaste.
Comme les résidences des chefs Noir et Bleu, celle-ci arborait une couleur bien particulière : des bâtiments blancs bordaient le domaine.
Je les examinai lentement.
« Hmm. »
Était-il à l’intérieur ?
Devais-je aller directement le trouver ? Ou le forcer à venir à moi ?
Je pesai le pour et le contre.
Crac ! Grondement—!!
À mesure que mon énergie se renforçait, le sol se fissurait et les piliers tremblaient.
« Quelle puissance destructrice. » C’était complètement différent de mon intrusion dans la résidence du Chef Noir.
À l’époque, j’avais avancé avec une extrême prudence.
J’avais parfaitement conscience du danger.
J’avais progressé avec précaution, veillant à ce que ni Yusa ni le maître, qui se trouvaient à Yahwol, ne réagissent à ma présence.
C’était aussi pour cela que j’avais pris mes précautions avec le Chef Bleu.
C’était aussi pour cela que j’avais agi prudemment avec le Chef Noir.
Mais—
Crac.
Je fis un pas en avant, et le sol se brisa sous mes pieds.
Peu m’importait qui me voyait.
Ou quelles seraient les conséquences de ce grabuge.
Ça n’avait aucune importance.
En fait, je voulais qu’ils me voient.
Je voulais qu’ils regardent.
J’avais volontairement caché ma présence jusque-là, pour agir maintenant avec une telle imprudence.
Parce que—
« C’est étrange. »
Ce n’était qu’une confirmation de plus.
Pas seulement au sujet de l’Énergie démoniaque que j’avais utilisée sur le Chef Noir.
Mais aussi de ce malaise qui entourait le maître.
« Pourquoi le maître m’a-t-il transmis un message comme s’il était destiné au Chef Noir ? »
« À la prochaine pleine lune, viens au sommet de la colline. »
Je me rappelai ces mots en levant les yeux vers le ciel.
Des aurores striaient les cieux, au-dessus desquels flottaient deux lunes.
L’une était déjà presque en croissant.
L’autre approchait de la pleine lune.
« Puisqu’elle a dit “la prochaine”, elle devait parler de la prochaine pleine lune, pas de celle-ci. »
La prochaine pleine lune.
Et la colline.
Je ne comprenais toujours pas ce que signifiait le message du maître.
« Pourquoi ? »
Si elle avait compris que j’étais une anomalie, elle n’avait eu aucune raison de me transmettre un tel message.
« Était-ce parce qu’elle n’était pas sous sa véritable forme ? »
Ce n’était pas une raison valable non plus.
Dans ce cas, elle ne m’aurait pas laissé de message.
« Elle aurait plutôt agi contre moi. »
Si elle avait vraiment voulu m’arrêter, elle aurait dû le faire.
Mais elle ne l’avait pas fait.
« Cela signifie qu’elle ne compte pas s’en prendre à moi. Elle attend quelque chose de moi. »
Mais quoi ?
« N’était-elle pas censée avoir perdu tous ses souvenirs ? »
La mère que j’avais connue avait disparu.
Seule la personnalité du maître était censée subsister.
Mais si ce n’était pas vrai ?
Et s’il lui restait un fragment de mémoire ?
Si elle avait même laissé des dispositions avec Shin Noya, alors—
Peut-être qu’il restait encore un espoir, même infime.
C’était pour cette raison que j’avais choisi cette voie.
« Si je provoque assez de chaos… »
Le maître apparaîtrait-elle ?
Si c’était le cas et qu’elle s’en prenait à moi, ce serait un problème.
Mais—
« Si elle ne le fait pas. »
Si, malgré tout ce vacarme, elle ne se montrait pas…
« Alors peut-être… que je peux encore espérer. »
Espérer.
Un tout petit peu.
Espérer pouvoir encore garder ma mère auprès de moi.
Ce sentiment me traversa.
Crac.
Je fis un nouveau pas.
Je ne déchaînai pas toute ma puissance.
Je me contentai d’avancer, en veillant à ce que ma présence s’étende jusqu’à la grande demeure qui s’élevait devant moi.
« Hmm. »
Je haussai légèrement mon énergie et inclinai la tête.
Je ne m’étais pas poussé à bout, mais quelque chose, dans cette approche, me semblait insuffisant.
Y avait-il autre chose que je pouvais faire ?
J’y réfléchis tout en marchant.
Puis une idée me vint soudain à l’esprit.
« Il y avait justement quelque chose que je voulais essayer. »
Je ne m’y étais pas encore risqué, car je ne la maîtrisais pas.
Mais dans ces circonstances, le moment semblait idéal.
Ma décision prise, je rassemblai mes forces et me concentrai.
Vrrrr—!!!
J’activai la technique de la Roue de feu des neuf flammes et lançai simultanément Tua Pacheonmu.
Aussitôt, pression et friction s’entrechoquèrent.
La force brute engendrée par cette friction intense était écrasante.
Mes muscles se tendirent.
Les veines saillirent tandis que mon corps se contractait.
C’était le prix à payer pour utiliser l’Art divin de Cheonma.
« Oh… »
Je sentis la tension peser sur mon corps et m’en émerveillai.
« Pas mal. »
C’était bien mieux qu’avant.
Était-ce parce que j’étais devenu membre de la tribu de la Nuit au clair de lune ?
Mon corps était devenu beaucoup plus souple et mes muscles s’étaient renforcés. Même soumis à une tension extrême, je ressentais beaucoup moins la contrainte.
Grincement—!!!
Une sensation, comme si tout mon corps se déchirait, me submergea.
Une force destructrice qui menaçait de faire exploser mon corps au moindre relâchement de ma maîtrise.
Mais je la réprimai.
Voilà ce qu’était l’Art divin de Cheonma : manier cette force et la soumettre ★ 𝐍𝐨𝐯𝐞𝐥𝐢𝐠𝐡𝐭 ★ par la contrainte.
« À ce niveau… »
Je pouvais peut-être tenter ce que j’avais en tête.
D’ordinaire, j’utilisais l’Art divin de Cheonma pour concentrer sa force dans un seul coup de poing.
Ce n’était même pas une technique ni un mouvement martial codifié.
Je me contentais de maîtriser la force et de la libérer d’un coup dans mon poing.
Prétendre que c’était une technique aurait été exagéré.
J’avais voulu intégrer cette puissance à un véritable mouvement, mais—
« Si j’essayais de créer une vraie technique avec… »
La puissance était trop grande.
Je ne la maîtrisais pas encore assez bien pour l’intégrer à des mouvements complexes.
« C’est pour ça que je me contente de donner des coups de poing. »
Un simple coup de poing : voilà ce dont j’étais capable.
Mais cela signifiait aussi que—
« Je peux l’intégrer à des mouvements simples. »
Alors.
« Et si j’insufflais cette puissance dans mes pas ? »
Marcher, tout simplement.
Un geste ordinaire, tout simple, pour avancer.
Et si j’y insufflais l’Art divin de Cheonma et Tua Pacheonmu ?
Cette idée m’avait toujours intrigué.
Avant, je n’aurais même pas pu essayer.
Mais maintenant ?
Je le pouvais.
Grondement—!!!
Je déversai cette force accumulée dans mes pas.
Boum—!!!
« Aaaaaaah !!! »
Des cris éclatèrent tout autour de moi.
Mon allure ralentit.
« … C’est ma limite, pour l’instant. »
Si j’essayais d’aller plus vite, je ne pourrais plus la maîtriser.
Même à cette allure, tout était déjà précaire.
Je n’y parvenais que parce que mon physique de la tribu de la Nuit au clair de lune me le permettait.
Contrairement au fait de tout libérer d’un coup, maintenir la puissance et la relâcher peu à peu était bien plus difficile.
Mais.
« J’ai réussi. »
Ça fonctionnait exactement comme je l’avais imaginé.
Aaaaaaaah—!!!!
La pression qui émanait de moi n’avait plus rien à voir avec celle d’avant.
Chacun de mes pas écrasait l’air alentour.
« Guh… Ugh… »
Même ceux qui avaient réussi à tenir bon s’effondrèrent.
L’effet s’étendait très loin : au loin, les soldats qui se précipitaient vers moi s’écroulaient avant même de m’atteindre.
Personne ne pouvait s’approcher de moi.
C’était la domination.
Les pas de celui qui se tenait au-dessus de tous.
Si je devais lui donner un nom…
« Pas de domination. »
Et puisque cette technique venait de l’Art divin de Cheonma…
Pas de domination de Cheonma.
Oui. Ce nom sonnait bien.
« Hmm. »
Satisfait, je hochai la tête pour moi-même.
Je devais l’admettre : c’était un nom bien trouvé.
Flatté, je continuai d’avancer.
KRAAAAAAH—!!!
Soudain, un rugissement assourdissant déchira l’air.
« Espèce de salaud ! »
BOOOOM—!!!
Une présence immense fondit du ciel et s’écrasa devant moi.
Une puissante onde de choc se déploya.
Des débris volèrent dans toutes les directions et un nuage de poussière s’éleva, me bouchant la vue.
Grondement—
Un grondement sourd résonna dans l’air tandis que la poussière retombait.
Et là, dans l’espace dégagé, se tenait celui que j’attendais.
Le responsable de cet endroit.
Quelqu’un que j’avais déjà rencontré par le passé.
Le Chef blanc.
« … Hein ? »
Je penchai la tête, déconcerté, en le regardant.
« Quoi… ? »
J’essayai de croiser son regard, mais mes yeux ne cessaient de monter.
Encore.
Et encore.
Ce n’est qu’après avoir levé les yeux un bon moment que je finis par apercevoir son visage.
Il—
« Tu oses… Tu sais seulement où tu te trouves ?! »
—me dominait de toute sa hauteur, démesurément grand.