Chapitre 1
Les humains ont une courte espĂ©rance de vie. Certains auront beau vivre cent ou neuf cents ans, comparĂ© Ă des ĂȘtres supĂ©rieurs Ă eux, leur temps de vie sur terre Ă©quivaut Ă deux pourcents de leurs existences.
Pour les mortels, le temps est prĂ©cieux, il est hors de leur contrĂŽle et imprĂ©visible mais pour les immortels le temps nâest quâune fatalitĂ©, un dĂ©tail inutile, enfin, jâimagine ?
Je ne suis pas la mieux placĂ©e pour vous parler de cela, moi qui nâĂ©chappe pas aux filets du temps, moi qui subis ce chĂątiment et qui en ai peur, mon temps est comptĂ©.
Bien que jâen ai peur, je ne peux Ă©chapper Ă mon destin, bien que cruel et injuste, le temps file comme le vent et nous emporte comme des vulgaires grains de sable.
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CâĂ©tait une journĂ©e comme les autres, monotone, similaire mĂȘme, ces termes dĂ©finissaient bien ce jour. Rien de nouveau sous le grand ciel bleu, la circulation Ă SĂ©oul Ă©taient toujours pareils, les gens aussi affichaient toujours les mĂȘmes mentalitĂ©s et moi non plus je nâĂ©chappais pas Ă cette rĂšgle.
Je nâavais rien de singulier, comme la norme corĂ©enne le voulait jâĂ©tais jolie mais sans plus, je me fondais parfaitement dans la masse avec mes cheveux bruns foncĂ©s et mes yeux noisettes.
Une salariĂ©e qui avait Ă peine vingt-huit ans, simplement vĂȘtue dâune jupe droite noire et dâune veste noire sur un chemisier blanc. Une tenue qui se fondait parfaitement dans la masse dans cette locomotive oĂč de nombreuses personnes Ă©taient habillĂ©es de la mĂȘme maniĂšre.
JâĂ©tais littĂ©ralement invisible dans cette foule.
Jusquâau moment oĂč le son de la notification de mon portable a retenti, me faisant lĂ©gĂšrement sursauter, en allumant lâĂ©cran de mon appareil la premiĂšre notification affichĂ©e Ă©tait celle que jâattendais :
ă Toutes nos fĂ©licitations vous venez de terminer votre fabuleuse aventure magique, jeune prĂȘtresse. Votre tĂ©mĂ©ritĂ© et votre gentillesse nous ont beaucoup Ă©mu ! Et vous avez su surmonter chaque obstacle avec panache. ă
Jâavais enfin pu finir mon jeu prĂ©fĂ©rĂ© : [ Requiem of the moon ]
Un Otome game oĂč lâon incarne jeune prĂȘtresse qui doit conquĂ©rir les cĆurs des male leads au fil de ses pĂ©ripĂ©ties et en choisir un pour avoir une Happy end, mais si la prĂȘtresse nâarrive pas Ă conquĂ©rir un male lead, la pĂ©nalitĂ© est la mort.
Game over.
Et câest justement ce qui rend ce jeu intĂ©ressant ! La possibilitĂ© dâĂȘtre tuĂ© et perdre, lâadrĂ©naline provoquĂ©e par les scĂšnes cinĂ©matiques hyperrĂ©alistes, lâexcitation de faire les bons choix ! Ce jeu ne mĂ©rite pas dâĂȘtre gratuit, « Bien sĂ»r, je fais partie de ces gens qui prĂ©fĂšrent profiter gratuitement de quelque chose plutĂŽt que de payer pour ça. » Mais lorsquâune Ćuvre est vraiment trop peak, tu regrettes presque de ne pas avoir payĂ© pour un tel chef-dâĆuvre !
« Excusez-moi mademoiselle ? »
Suivant la provenance de la voix, jâavais levĂ© la tĂȘte pour croiser les yeux Ă©bĂšne dâun vieil homme, le dos voĂ»tĂ© et un visage marquĂ© par des rides laissĂ©s par le temps. Il Ă©tait vĂȘtu dâun long manteau cuivrĂ© noir et un chapeau mou Ă©tait rabattu sur les yeux.
« Oui ? Je peux vous aider ? »
Le train Ă©tait bondĂ©, peut-ĂȘtre voulait-il me voir lui cĂ©der ma place ? Je mâĂ©tais toujours assise prĂšs de la fenĂȘtre pour observer le paysage de cette magnifique ville dĂ©filer. CâĂ©tait lâun de mes moments prĂ©fĂ©rĂ©s, car je pouvais laisser mon esprit divaguer bien loin des tumultes du boulot. Mais si il dĂ©sirait vraiment ma place, je serais dans lâobligation de la lui cĂ©der.
« Pourriez-vous mâaider sâil vous plaĂźt. Jâai malencontreusement laissĂ© tomber ma montre Ă gousset sur le sol, et jâai quelques problĂšmes de dos, pourriez-vous la rĂ©cupĂ©rer pour moi ? » mâavait-il demandĂ©.
Ce nâĂ©tait que ça ? Ouf jâai cru quâil voulait mon siĂšge !
« Oui biensûr ! De quel cÎté est-elle tombée ? »
« Juste là . »
Il mâindiqua lâendroit oĂč Ă©tait tombĂ© sa montre et effectivement elle y Ă©tait, une jolie montre Ă gousset suspendue au bout dâune longue chaĂźne dâargent vieilli, cette montre Ă gousset semblait avoir Ă©tĂ© fabriquĂ©e Ă une Ă©poque oĂč lâhorlogerie Ă©tait Ă son apogĂ©e. Son boĂźtier rond, dâun mĂ©tal argentĂ© aux reflets dorĂ©s, Ă©tait ornĂ© de motifs dĂ©licats Ă©voquant le ciel nocturne. Le couvercle Ă©tait ajourĂ© de fines arabesques, laissant entrevoir le cadran en dessous. Autour de celui-ci Ă©taient gravĂ©es de nombreuses inscriptions argentĂ©es, disposĂ©es en cercle. Au centre reposait une abeille sculptĂ©e en relief, ses ailes dĂ©ployĂ©es sur le cadran.
La chaĂźne qui la retenait Ă©tait ornĂ©e de petits anneaux finement travaillĂ©s. Ă son extrĂ©mitĂ© pendait une clĂ© en forme de croissant de lune. Sa tige portait de minuscules gravures semblables Ă des Ă©toiles, et son mĂ©tal Ă©tait dâun argent plus clair que celui de la montre.
Je mâĂ©tais penchĂ©e vers la montre pour la rĂ©cupĂ©rer, tandis que le vieillard me remplaçait sur mon siĂšge, sĂ»rement pour Ă©viter que quelquâun ne la prenne.
Alors quâil ne restait que quelques mĂštres qui sĂ©paraient ma main de la montre, elle fut projetĂ©e dâun coup de pied un peu plus loin.
« HĂ© ?! Quâest-ce qui vous prend ? » me plaignais-je en levant la tĂȘte vers le coupable.
« Faites gaffe m'dame ! » grogna un jeune homme, il avait beau grogner il nâavait Ă aucun moment dĂ©tachĂ© ses yeux de son smartphone, prĂ©fĂ©rant pianoter dessus.
Pardon ? Madame ?
« Hey ! Pourquoi madame ?! Jâai lâair vieille pour toi ?! Je nâai mĂȘme pas encore la trentaine je te signale ! » protestais-je de vive voix.
Avais-je lâair vieille ? JâĂ©tais encore jeune !
« Tous les vieux nâassument jamais leur vrai Ăąge dâtoute façon ! » rĂ©torqua-t-il sans quitter des yeux son Ă©cran.
« Pardon !? Tu te rends compte que tu viens de balancer une montre et tu ne tâes mĂȘme pas excusĂ© ? »
Je ne cessais de fusiller du regard ce jeune homme, il Ă©tait habillĂ© comme ces jeunes adultes Ă la recherche dâidentitĂ©, il est habillĂ© dâun gros pantalon ample et dâun sweat trop grand pour lui.
Il croyait aller oĂč, habillĂ© ainsi ? Dans un tournoi de rap ?
« RĂ©cupĂšre lâobjet que tu as percutĂ©. » Exigeai-je
Ses yeux marrons se détachÚrent de son appareil pour finalement croiser mon regard.
« Une montre ? » répéta-t-il
Il papillona trois fois des yeux avant de les Ă©carquiller comme si il sâĂ©tait souvenu de lâerreur qui avait commise plutĂŽt.
« CâĂ©tait ça enfaĂźte ? Haha » sâexprima t-il en riant de gĂȘne.
Il passa nerveusement sa main dans ses cheveux dâun noir Ă©bĂšne hĂ©rissĂ©s.
« Ouais je mâen rappelle. » avoua-t-il
Il se pencha Ă son tour et tĂąta le sol Ă la recherche de lâobjet dĂ©sirĂ©, avant de finalement se redresser.
Se prenant au passage quelques rĂąles dâautres passagers quâil avait heurtĂ© en cherchant la montre Ă gousset.
« Elle Ă©tait juste en dessous du siĂšge. » mâinforma-t-il en tenant la montre Ă gousset dont la chaine pendait dans sa main.
« Merci. »
« Mais de rien madame ! »
Il me rendit la montre, un peu embarrassé.
Huh ?
Hein ?
Madame ?
« Sale petit avorton ! Je tâai dĂ©jĂ dit que jâĂ©tais pas vieille » mâexclamais-je
Il mit ses écouteurs et se remit à pianoter sur son portable.
Les jeunes de nos jours nâĂ©taient plus aussi concentrĂ©s quâavant.
« Monsieur ! Jâai retrouvĂ© votre montre ! » mâexclamais-je en me tournant vers mon siĂšge oĂč Ă©tait supposĂ© ĂȘtre le vieil homme, mais mon siĂšge Ă©tait vide, lâhomme nây Ă©tait plus.
Jâavais beau regarder dans tous les sens, je nâavais trouvĂ© aucune trace de lâhomme ĂągĂ©, jâavais mĂȘme demandĂ© aux passagers autour de moi mais personne ne lâavait vu ou aperçu.
Jâabandonnai finalement, prĂ©fĂšrant me rasseoir sur mon siĂšge et espĂ©rer que lâhomme viendrait rĂ©clamer son bien, mais il nâĂ©tait jamais revenu.
Je mâĂ©tais assise prĂšs de la fenĂȘtre comme Ă mon habitude. Jâobservais les immeubles dĂ©filer lorsque mon tĂ©lĂ©phone vibra.
En lâouvrant, une nouvelle notification du jeu sâĂ©tait affichĂ©e :
Ă lâextĂ©rieur le train se rapprochait du tunnel Ă une vitesse fulgurante.
ă Veuillez patienter et cliquez sur ce lien pour recevoir une rĂ©compense ă
Une rĂ©compense ? Ătait-ce parce que jâavais fini le jeu ? Est-ce que les joueurs en avaient parlĂ© ?
Je cliquai sur le lien et un compte à rebours débuta, affichant :
ă 00 : 40 ă
Ă mesure que le compte Ă rebours se rapprochait de zĂ©ro, le train avançait vers le tunnel quâil traversait quotidiennement.
Mon ventre se tordait Ă mesure que le compte Ă rebour dĂ©filait, jâĂ©tais impatiente de recevoir ma rĂ©compense, mais je ne pouvais pas crier de joie dans le train sous peine de recevoir des regards hargneux.
Jâattendais, les yeux fermĂ©s, jâattendais que le compte Ă rebours soit achevĂ©, jâavais tellement hĂąte de recevoir ma rĂ©compense.
SKRIIIIIIIIIIIIII !
« KYAAAA ! » Cria une femme
AlarmĂ©e par le cri, mes yeux sâouvrirent pour apercevoir la femme qui avait criĂ© auparavant camouflant un autre cri avec sa main et regardait la fenĂȘtre avec des yeux Ă©carquillĂ©s et un visage blĂȘme.
« Quây-a-t-il ? » demanda lâhomme debout prĂšs dâelle, mais la femme Ă©tait soudainement devenue silencieuse.
« Quâest-ce qui se passe ? » interrogea un autre passager
« Quâa-t-elle ? »
Certains commençaient dĂ©jĂ Ă sâinquiĂ©ter tandis que dâautres ne semblaient pas se soucier dâelle, prĂ©fĂ©rant sĂ»rement croire quâelle essayait dâattirer lâattention. Le mĂ©tro sâengouffra dans le tunnel souterrain de la ligne. Les lampes du tunnel dĂ©filaient au rythme du train, projetant des Ă©clats de lumiĂšre sur les vitres.
En regardant mon portable, je constatai que le compte Ă rebours nâĂ©tait plus quâĂ dix petites secondes.
9
GRAAAAAAANGâ!!!
Le wagon quitta brutalement les rails.
8
« KYAAA ! QUE SE PASSE T-IL ?!? »
« AAHHH ! Il vient dâoĂč ce bruit ? »
« AAHHHHHH ! »
7
Tous furent secouĂ©s par le dĂ©rapage du train, moi y compris, jâavais mĂȘme serrĂ© mon sac contre ma poitrine, priant intĂ©rieurement pour que ça ne soit rien de bien grave. Mais mes priĂšres ne semblaient pas avoir Ă©tĂ© pris en compte.
6
CRASH !â
5
Le mĂ©tro dĂ©via soudainement et percuta la paroi du tunnel dans un vacarme assourdissant. Les lumiĂšres du plafond vacillĂšrent avant de sâĂ©teindre par intermittence.
4
Les passagers furent projetés contre leurs siÚges et les parois, tandis que des objets tombaient dans les allées.
3
Une odeur de poussiĂšre et de mĂ©tal envahit les wagons. Ă travers les vitres, on ne distinguait plus que les lampes du tunnel, qui sâallumaient et sâĂ©teignaient faiblement dans lâobscuritĂ©.
2
Seul le crĂ©pitement des lumiĂšres de secours, le souffle irrĂ©gulier de la ventilation et les gĂ©missements paniquĂ©s des passagers rĂ©sonnaient dans le mĂ©tro. Lâodeur de mĂ©tal chaud envahissait progressivement le wagon.
1
Parmi les décombres, les plaintes étouffées et les silhouettes immobiles, un son familier retentit soudain.
Ting !
Le son dâune notification de smartphone rĂ©sonna dans les dĂ©combres du wagon, anormalement clair au milieu de ce chaos.
ă Toutes nos fĂ©licitations, Le cadeau a bien Ă©tĂ© envoyĂ© et reçu ! Vous venez officiellement dâintĂ©grer le cercle des Ă©lues. Nous sommes heureux de vous recevoir parmi nous_ â â â ă