L’histoire commence avec une bande de gens pleins d’assurance, prêts à faire étalage de leur talent en pleine mer.
Elle se termine avec Xiao He, seul sur le bateau, qui contemple la mer et les seaux vides, le visage empreint d’une rare solitude.
Malgré le vacarme du vent marin, le rythme des vagues et le paysage grandiose qui s’étendait devant lui, il ne ressentait qu’une vague tristesse.
Xiao He posa sa canne et s’éloigna lentement, en silence, jusqu’à atteindre le coin le plus éloigné, sans pouvoir aller plus loin. Alors seulement, à contrecœur, il reprit sa canne et se remit à pêcher.
Ironie du sort, au montage de l’émission, l’équipe de post-production mit délibérément en évidence sa petite manœuvre.
Au début, tous les quatre étaient assis côte à côte, à une distance raisonnable les uns des autres, et pêchaient sans se déranger.
Mais peu à peu, Xiao He s’éloigna, jusqu’à se retrouver à l’opposé des trois autres, si bien qu’il disparut de leurs images.
Au montage, l’équipe de post-production dénicha des autocollants d’effets spéciaux et s’en servit pour souligner la trajectoire de Xiao He, au premier comme à l’arrière-plan. Sans la moindre gêne, elle révélait ainsi qu’il ne voulait pas que les autres découvrent la vérité sanglante : il n’avait pas attrapé un seul poisson.
En voyant ça, Xiao He, qui engloutissait des nouilles instantanées, les trouva soudain bien moins bonnes.
« Non, mais sérieusement, vous l’avez trouvée où, cette équipe de post-production ? Et pourquoi ajouter un autocollant ? Ils ont tellement de séquences qu’ils ne savent plus quoi en faire ? Pourquoi il faut absolument le souligner ? »
À l’idée que l’équipe de production avait analysé et disséqué toutes ses petites pensées, Xiao He eut envie de foncer sur place et d’aller rosser cette équipe de montage « tirée au sort ».
Ah, et tant qu’à faire, il pourrait aussi pirater l’ordinateur et le compte des responsables pour effacer toutes les images qu’ils avaient rassemblées !
Et toi, Hu Pei, avec tes gros sourcils et tes yeux innocents ! Tu avais déjà prévu, sur le bateau, de faire de lui le clou de cet épisode bonus ?
Pour éviter que l’équipe de production ne le fasse mourir de rage, Xiao He ne put que passer ses nerfs sur Weifeng, qui avait déjà fini ses croquettes — autrement dit, qui avait assisté à des démonstrations publiques d’affection.
Weifeng était assis à côté de lui et regardait l’émission avec lui.
Face au ressentiment de Xiao He, il se contenta de remuer la queue et d’esquisser un sourire.
Xiao He soupçonna sérieusement que même les chiens se moquaient de lui !
Ça suffit, j’ai dit que ça suffisait !
C’est vraiment pas si grave !
Il est juste bredouille, est-ce qu’il faut vraiment continuer à se moquer de lui comme ça ?
Et puis, il avait fini par attraper quelques poissons !
Pourquoi personne ne croyait qu’il les avait pêchés lui-même ?
Xiao He en était très mécontent.
-
Revenons au jour du tournage de l’émission.
Quand Xiao He se rendit compte que sa chance était vraiment mauvaise, il comprit que, s’il ne faisait rien, il allait se couvrir de ridicule dans l’émission.
Surtout que la caméra à côté de lui filmait à présent avec enthousiasme son seau vide en gros plan.
Ce n’était qu’un seau ordinaire, mais l’équipe en tirait des images spectaculaires.
Xiao He n’eut pas besoin de se retourner pour savoir que l’équipe de production réfléchissait déjà à la façon de le propulser en tête des sujets tendance après la diffusion.
Il n’associait pas vraiment la pêche à la métaphysique, mais il en allait de sa fierté masculine. En désespoir de cause, Xiao He n’eut donc d’autre choix que de tenter le tout pour le tout et, d’un ton particulièrement arrogant, demanda à son assistant de lui tenir un parasol.
Oui, c’est ça.
Xiao He décida d’utiliser une compétence de triche : invoquer le porte-bonheur Xiao Chen !
Et alors si j’ai la poisse ?
Lui, il a une chance insolente !
Et alors si ce n’est pas ma chance ?
Après tout, Xiao Chen est des nôtres !
Sans la moindre hésitation, Xiao He ignora les regards perplexes de tout le monde et alla jusqu’à demander à son assistant de lui tenir un parasol.
Hu Pei jeta un coup d’œil au soleil couchant, qui disparaissait déjà peu à peu, et jugea qu’il ne faisait pas du tout si beau. Il trouva étrange que Xiao He se comporte différemment de d’habitude, mais n’osa rien dire. Il fit signe au caméraman de trouver un bon angle et de ne pas cadrer l’assistant, pour éviter toute polémique par la suite.
Pourtant, la suite fut vraiment inattendue…
Xiao Chen observait les autres pêcher depuis un moment et mourait lui-même d’envie d’essayer, curieux de voir ce que ça donnerait. Alors, quand Xiao He l’appela, il ne se sentit pas du tout mis à l’épreuve. Il saisit joyeusement son parasol et rejoignit Xiao He.
Et là, un miracle se produisit.
Dès que Xiao Chen s’approcha de Xiao He, la canne, qui n’avait pas bougé depuis une heure ou deux, se mit soudain à vibrer.
Xiao He jubila !
Surtout quand il sentit la traction incroyablement forte à l’autre bout : il comprit aussitôt qu’il avait ferré un gros poisson. Il se leva donc sans attendre, rembobina sans relâche et engagea un bras de fer avec sa prise.
Grâce à la chance de Xiao Chen et à sa propre force, Xiao He finit par sortir son premier poisson de l’eau.
Un mérou sauvage de quatre kilos !
Ce poisson était moche, avec ses yeux globuleux et sa bouche démesurée ; il n’était pas du tout au goût de Xiao He. Mais à cet instant, son énorme gabarit comptait tant pour lui — il mettait fin à cette interminable sortie de pêche infructueuse — qu’il lui parut magnifique.
Et voilà comment il devint le plus beau gars du bateau.
« Quoi ? Quoi ? Ouah, il est énorme ! »
Les autres avaient entendu l’agitation et s’étaient précipités pour voir. Du Yuebin ne put s’empêcher de lever le pouce. « Ouah, pas mal, jeune homme ! Attraper un si gros poisson quand on débute, il faut avoir du talent ! »
Ce poisson mesurait environ soixante centimètres, et une personne robuste pouvait le tenir d’une seule main. Comparé aux mérous de un à un kilo et demi qu’on trouvait couramment près des côtes, c’était une prise de belle taille. Et comme c’était la première fois qu’un novice en attrapait un, on pouvait dire que c’était un excellent départ, si l’on faisait abstraction de la longue attente.
Même des pêcheurs chevronnés comme eux ne purent s’empêcher de le féliciter.
Tenant son poisson, Xiao He éclata de rire et répondit avec modestie : « C’est la chance, c’est tout ! »
Shu Han regarda le poisson que tenait Xiao He, puis son seau vide, et ne put s’empêcher de le taquiner : « On dirait que ton petit assistant a de la chance ! Pas étonnant que tu aies attrapé un poisson dès qu’il s’est installé à côté de toi ! »
Ce n’était qu’une plaisanterie en passant, mais Shu Han ignorait que ses paroles faillirent coûter son assistant à Xiao He.
Car la chance de Xiao He tourna bel et bien du tout au tout, et il attrapa plusieurs gros poissons d’affilée.
Après avoir observé la scène un moment, Du Yuebin finit par céder à la tentation et appela sans vergogne Xiao Chen à ses côtés.
Et Du Yuebin se mit lui aussi à faire des prises.
Zhang Zhelin, qui était d’abord resté sceptique, s’exclama : « Hein ? C’est pas vrai ? Vous êtes sérieux ? »
Shu Han, qui n’avait lancé ça qu’en plaisantant, se dit : « Oh non… Est-ce que j’ai révélé une vérité sans le vouloir ? »
Xiao He, qui venait justement de réussir à pêcher, s’écria : « ?? C’est comme ça que vous vous y prenez pour maltraiter les jeunes, vous les anciens ? Mon petit a été bredouille si longtemps, et vous voulez encore lui prendre ça ? »
Xiao Chen, lui : ?
À la fin du tournage, Du Yuebin contempla son assistant Xiao Chen avec affection et lui parla avec une douceur sans précédent : « Oh, mon petit assistant, quelles conditions tu as dans ta boîte ? Tu as déjà pensé à venir travailler à Hong Kong ? Tu pourrais être mon assistant. Je n’ai pas grand-chose à faire, et je n’ai pas eu beaucoup de travail ces dernières années. Tu n’aurais pas besoin de courir partout. Quand tu serais libre, tu pourrais venir pêcher avec moi. »
Xiao He : ?
Tu peux plaisanter, mais qui t’a autorisé à débaucher mon assistant porte-bonheur ?