Chapitre 2
Chapitre 2
Elle franchit les portes vitrées du gratte-ciel.
Comme d'habitude, son entrée ne passa pas incognito. Murmures étouffés, têtes qui se tournent... Yu-ri ignora royalement cette agitation. Elle avait du travail, et le temps d'une déesse était précieux.
Elle s'arrêta devant l'ascenseur et appuya sur le bouton.
Gling.
Les portes coulissèrent. À l'intérieur, une poignée d'hommes en costume. Yu-ri s'y glissa d'un pas fluide.
Aussitôt, l'atmosphère dans la cabine devint électrique.
(Ah... Ça recommence.)
Elle le sentait. Ces regards gluants qui pesaient sur elle. À sa droite, un quadragénaire en costume ajusté inspectait chaque centimètre de sa silhouette, descendant le long de ses jambes pour remonter vers sa taille fine. En face, un jeune employé manqua de lâcher sa pochette de documents, la bouche stupidement entrouverte.
Yu-ri passa une main dans ses longs cheveux violets, accentuant le cambré de son dos.
(Sérieusement ? Ils ne peuvent pas être un peu plus subtils ? C'est pathétique... mais bon, je ne peux pas leur en vouloir d'avoir du goût.)
Elle poussa un léger soupir dramatique, faisant boubler une mèche devant ses yeux. Être aussi parfaite au quotidien était un fardeau sous-estimé.
Ding !
Étage 12.
Elle sortit de la cabine en faisant virevolter sa jupe, laissant derrière elle un sillage de parfum fleuri et trois hommes au bord de l'asphyxie.
Dans le couloir, une silhouette familière l'attendait, adossée au mur.
Mi-ho. Son partenaire. Grand, plutôt beau gosse, mais surtout rompu à l'exercice de subir ses caprices.
Sans même ralentir, Yu-ri déshagrippa son sac à main de marque et le lui envoya en plein torse.
PAF !
« Ouf ! » fit Mi-ho en l'attrapant de justesse contre sa poitrine. « Sympa l'accueil. »
Yu-ri s'arrêta à sa hauteur et lui adressa un sourire mesquin, les yeux pétillants de malice.
« Mon café est chaud, j'espère ? »
« Évidemment, Aphrodite », répliqua-t-il avec un roulement d'yeux amusé. « Tout est prêt dans ton temple. »
« Parfait. »
Elle poussa la porte de son bureau avec la grâce d'une reine regagnant son trône. L'espace était vaste, baigné de lumière, offrant une vue imprenable sur les gratte-ciels de Séoul.
Yu-ri attrapa ses lunettes à monture dorée posées sur la table, les glissa sur son nez et s'installa confortablement dans son fauteuil en cuir.
Clic.
La porte s'ouvrira à nouveau. Mi-ho fit entrer la cliente du jour.
Quand le regard de Yu-ri se posa sur elle, son sourire se figea un instant.
(Waouh. D'accord. Là, on franchit un cap.)
Cheveux en pétard façon nid d'oiseau, sweat-shirt XXL informe, teint verdâtre et épaules complètement rentrées... On aurait dit un personnage de jeu vidéo sorti du didacticiel des monstrosités.
La jeune femme s'avança, tremblante, n'osant même pas lever les yeux vers le bureau.
« B-Bonjour... » balbutia-t-elle, la voix nouée par la honte. « Je m'appelle Park Soo-jin... On... On m'a dit que vous étiez la meilleure. S'il vous plaît ! Je suis amoureuse du meilleur ami de mon frère depuis des années... Mais il ne me calcule même pas ! Est-ce que... est-ce que c'est possible de m'aider ? »
Un silence lourd s'installa dans la pièce. N'importe quel entremetteur ordinaire aurait déjà préparé une lettre de refus.
Mais Han Yu-ri remonta ses lunettes d'un coup de doigt théâtral. Un reflet d'acier traversa ses verres. Son sourire hautain et confiant refit surface.
Elle croisa les mains sous son menton et la fixa intensément.
« Vous frappez à la bonne porte, ma chère. Reposez-vous sur moi... je gère. »