Chapitre 95
[…Actuellement, concernant le district Nord, Sword of Light et Luxious, deux guildes majeures classées Or, ont officiellement déclaré une guerre de guilde contre Bull's Wrath. Bien que la raison de cette guerre soudaine soit inconnue, des sources indiquent qu'elle serait liée aux héritiers de leurs guildes respecti...]
-Clic !
Éteignant la télévision, affalé paresseusement sur ma chaise, je jetai un coup d'œil à Smallsnake.
« Smallsnake, comment se porte le marché boursier ? »
Les yeux rivés sur deux grands moniteurs remplis de chiffres, Smallsnake répondit apathiquement :
« ...Exactement comme tu l'avais prédit, l'action de Bull's Wrath a chuté lourdement. »
« Mhhh, très bien. »
M'adossant à ma chaise, je hochai la tête avec nonchalance.
Avant que tout cela n'arrive, j'avais utilisé tout l'argent qu'il me restait pour vendre à découvert les actions de Bull's Wrath.
Sachant que leur cours s'effondrerait une fois que Luxious et Sword of Light leur auraient officiellement déclaré la guerre, j'ai parié sur leur chute.
...et avec ça, j'ai résolu mes problèmes d'argent.
Non seulement j'ai réglé les soucis avec Ryan, mais j'ai aussi résolu la situation financière qui m'agaçait depuis une semaine environ. En un seul mouvement, j'ai réussi à résoudre deux des problèmes qui me tracassaient ces derniers temps.
Comme le dit le dicton : « Faire d'une pierre deux coups ».
Et honnêtement, je ne pourrais pas être plus satisfait du résultat...
...Bien que je doive souligner le fait que ce que j'ai fait est clairement illégal.
Ouais.
Enfin, tant que je ne me fais pas prendre.
On est innocent jusqu'à preuve du contraire. Je m'en tiendrai à cette logique pour le moment.
« ...Maintenant que tu t'es occupé de Luxious, qu'en est-il de Ryan ? »
« Lui ? »
« Ouais. »
Réfléchissant un instant, je plissai les yeux et répondis paresseusement :
« Rien de spécial... on attend juste qu'ils appellent. »
Détournant les yeux des moniteurs, Smallsnake fronça les sourcils en se tournant vers moi :
« ...Attends, tu t'es donné tout ce mal pour débarrasser Ryan de Luxious... et juste après avoir tout résolu, tu deviens soudainement passif ? Quoi ? »
Regardant Smallsnake avec sérieux, je hochai la tête.
« À peu près. »
Je veux dire, ce n'est pas que j'étais passif.
...C'est juste que j'étais très confiant dans ma proposition.
N'importe quelle personne sensée accepterait sans aucun doute les conditions que j'ai proposées... Je veux dire, les termes étaient bien trop avantageux pour être refusés.
Non seulement j'ai inclus une somme d'argent conséquente en guise de salaire pour Ryan, mais j'ai aussi ajouté des avantages tels que des horaires de travail réduits et un logement gratuit. Que demander de plus ?
En fait... en repensant aux conditions que j'ai proposées, mon cœur ne peut s'empêcher de saigner... Pour un gamin de 12 ans, j'y suis vraiment allé fort. Mais je ne regrette rien. Ça valait l'investissement.
Ah, attends, et s'ils pensaient que c'était une arnaque ?
Oh, merde.
Me rappelant que mon groupe de mercenaires n'était classé que [I], sans aucune mission ni accomplissement à son actif, je commençai lentement à froncer les sourcils.
...Ouais, maintenant que j'y réfléchis bien... ils pourraient sans aucun doute supposer qu'il s'agit d'une arnaque.
À cette pensée, mon visage ne put s'empêcher de s'assombrir.
J'ai mal calculé...
« Soupir. »
Observant mon visage qui ne cessait de changer d'expression, Smallsnake ne put s'empêcher de soupirer.
« Je ne vais même pas demander pourquoi tu as cette tête... mon instinct me dit de t'ignorer complètement... »
Marquant une pause et jetant un coup d'œil à sa montre, Smallsnake ajouta :
« ...Bref, tu ne devrais pas rentrer à la maison ? »
« Moi ? Pourquoi ? »
Sorti de mes pensées, je fronçai les sourcils, confus.
Pourquoi devrais-je rentrer maintenant ? Voulait-il que je parte ?
Roulant des yeux et soupirant à nouveau, Smallsnake dit :
« Tu ne dois pas retourner au Lock aujourd'hui ? »
« ***************** »
-Bam !
Lâchant autant d'insultes que je pouvais, je rassemblai rapidement tout ce qui traînait sur mon bureau et pris la fuite.
Le fait qu'aujourd'hui était le jour où je devais retourner au Lock m'était complètement sorti de la tête.
J'ai été négligent...
« C'est vrai... »
M'arrêtant juste devant l'entrée du bâtiment, alors que je piétinais sur place, je rappelai à Smallsnake :
« ...Avant que je parte, assure-toi de contacter Leopold. »
« Comme on a gagné assez d'argent avec cette affaire, l'embaucher ne devrait pas poser de problème... En attendant, comme on est dans la même école, je m'occuperai de recruter Ava, alors concentre-toi juste sur lui. »
Reportant son attention sur les moniteurs, Smallsnake hocha la tête.
« C'est noté. »
« Très bien, je crois que j'en ai assez dit, je dois y aller... contacte-moi si tu as besoin de quoi que ce soit. »
Sans attendre la réponse de Smallsnake, je me précipitai hors du bâtiment.
Ma famille m'attendait probablement déjà à la gare. Je ne pouvais pas me permettre de perdre plus de temps.
...
« Ren, dépêche-toi ou tu vas rater le train ! »
« J'arriiiive ! »
En courant vers le quai, j'entendis les cris de ma mère venant de l'autre côté, près de l'aérotrain que je devais prendre.
« Ouf... ouf... j'ai réussi ! »
Arrivant rapidement devant les portes du train, les mains sur les genoux, je pris une grande inspiration.
S'approchant de moi, Nola dans les bras, ma mère demanda :
« Ren, pourquoi es-tu si en retard ? »
« Ouf... ouf, rien de spécial, j'étais juste occupé avec le travail et tout ça. »
« Le travail ? »
« Ah, eh bien, avec la filiale et tout le reste. »
Je ne mentais pas.
Parce que j'étais tellement occupé à gérer les affaires de mercenaires, j'avais complètement oublié que je retournais au Lock aujourd'hui.
Mes vacances d'un mois étaient enfin terminées... Enfin, appeler ça des vacances serait exagéré, étant donné que j'étais occupé presque tous les jours avec le groupe de mercenaires... Je ne me suis pas reposé une seule fois correctement.
« Bon travail. »
Hochant la tête, mon père sourit avec reconnaissance. Il était heureux que moi, son fils, prenne ses paroles au sérieux.
« Soupir, très bien, mais n'en fais pas trop. »
Comprenant un peu ce qui s'était passé, ma mère soupira, impuissante. Posant Nola et tendant les bras vers moi, elle dit :
« Viens nous faire un câlin. »
« D'accord. »
Souriant, je m'avançai et les pris tous dans mes bras. Cela dura une bonne minute, car ils refusaient de me lâcher.
-Bip ! -Bip ! -Bip !
« Oh, il est temps pour moi d'y aller. »
Entendant les bips du train signalant son départ imminent, je me libérai enfin de leurs étreintes.
En montant dans le train, je regardai ma famille une dernière fois.
Souriant en les voyant me faire signe joyeusement, je sentis mon cœur se réchauffer.
Un mois.
Bien que court, je ne pus m'empêcher de ressentir un lien en les regardant. La plupart des émotions venaient probablement du précédent Ren, mais j'avais le sentiment qu'une partie était aussi la mienne...
En les observant, l'image de ma précédente famille commença à se superposer à la leur.
Un léger sourire apparut sur mes lèvres.
…merci pour tout.
« Au revoir, Gwand Fwère. »
Regardant Nola, qui me faisait signe avec un air triste, je souris. M'accroupissant à sa hauteur, je ne pus m'empêcher de dire :
« Nola, essaie de dire mon nom. Pas grand frère, mais Ren. »
Maintenant que j'allais partir et que je ne la reverrais probablement pas avant un moment, je voulais qu'elle m'appelle par mon nom au moins une fois.
Elle m'appelait toujours « grand frère », mais jamais par mon prénom.
« C'est grand frère Ren, dis-le. »
« Gwand Fwère R-r-mhh. »
Hochant la tête, Nola essaya de le dire, mais à mi-chemin, son visage se crispa car elle n'arrivait pas à prononcer le R.
Voyant ses difficultés, je hochai calmement la tête et répétai lentement mon nom :
« Répète avec moi : R… E… N. »
« B-en ? »
« ... »
Mon sourire se figea instantanément.
Mon corps trembla en même temps que mon sourire. Avec la voix la plus douce que je pus trouver, je dis prudemment :
« N-Nola, c'est Ren avec un R, n'oublie pas le R, d'acc... hein ? »
-Clac
Juste avant que je puisse finir, les portes du train commencèrent à se fermer, me faisant paniquer.
« Non non non, pas question. Bon sang de portes, ne vous fermez pas maintenant ! »
-Bam ! -Bam ! -Bam !
En désespoir de cause, je me mis à frapper contre la porte tout en regardant Nola, qui souriait joyeusement en me faisant signe. À travers l'interstice des portes qui se fermaient, je criai :
« Nola ! C'EST REN AVEC UN R, n'oublie pas le R ! En fait, n'importe quoi d'autre que Ben, ça me va aussi... »
En faisant signe de la main, Nola sourit et dit :
« Au revoir, gwand fwère Ben ! »
-Clac
[Destination - District Central, Lock]
-Bam ! -Bam ! -Bam !
Frappant la porte de toutes mes forces, je hurlais alors que le train prenait lentement de la vitesse.
« Non non non, Nola NON ! NON ! Noooooo !!!!! »
« Hé, tu peux baisser d'un ton ? Tu ne vois pas qu'il y a d'autres personnes ici ? »
Alors que j'étais en plein désespoir, une voix agacée résonna au fond du train.
Se levant, une belle jeune fille aux courts cheveux auburn me fixa avec colère :
« J'essayais de dormir quand tes cris m'ont soudainement... hein ? »
« La ferme, madame, je suis dans une situation de vie ou de mo... hein ? »
Alors que nous étions tous les deux sur le point de nous crier dessus, en nous retournant et en voyant nos visages, nous nous sommes figés.
Après quelques secondes de silence total, je ne pus m'empêcher de briser la glace :
« Ah... mais pourquoi ? »
…Pourquoi, bon sang, Emma se tenait-elle devant moi ?