Chapitre 1 702
Atticus sentait une force écrasante marteler sa volonté sans relâche.
Son corps avait atteint un tel niveau que les flammes ordinaires ne pouvaient plus l'affecter, et pourtant, chaque parcelle de lui se sentait immergée dans de la lave en fusion. Pourtant, au milieu de cette douleur insupportable, une clarté subsistait.
« Le Révérend m'a avalé. »
Ce n'était pas du feu qui brûlait sa chair, mais une volonté primordiale. Et elle ne s'attaquait pas seulement à son corps. Elle s'était enfoncée profondément dans son esprit, tentant de corrompre sa volonté tout entière.
À cet instant, Atticus sentit une rage incontrôlable l'assaillir, une rage qui s'intensifiait à chaque seconde. Il ne lui fallut pas longtemps pour en identifier la source.
Atticus serra les dents.
« Solvath… »
Elle avait réveillé l'Étoile primordiale. Des flashs de la trahison de Solvath traversèrent l'esprit d'Atticus et, lentement, il sentit le contrôle de lui-même commencer à lui échapper.
« ABANDONNE TON CORPS. ABANDONNE TON CORPS. »
La voix tonitruante menaçait de lui briser le crâne.
« C'est… trop. »
Atticus luttait continuellement contre cette volonté, mais c'était une bataille perdue d'avance. La volonté brute corrodait lentement la sienne, et il ne tarderait pas à se perdre totalement.
« Je… je dois bouger. »
Atticus serra les dents si fort qu'elles faillirent se briser. Il essaya de bouger, mais la volonté primordiale se condensa autour de lui avec encore plus de force, réduisant ses mouvements à un simple rampant. Pourtant, Atticus ne faiblit pas. Même au milieu de l'agonie implacable qui martelait son esprit, il se raccrocha à lui-même.
Alors qu'il resserrait sa prise sur son katana, il sentit soudain une faible chaleur se diffuser depuis la garde. L'instant suivant, sa conscience fut violemment arrachée.
Quand Atticus rouvrit les yeux, il se retrouva dans la forêt de sa Sixième Épreuve. Sauf que cette fois, chaque clone d'Atticus qu'il avait affronté ce jour-là se tenait devant lui, le fixant en silence avec des expressions indifférentes.
Aucun d'eux ne parla. Pourtant, leurs regards semblaient tout dire.
« Ils veulent que je… lâche prise… »
Mais s'il le faisait, survivrait-il ? Atticus avait depuis longtemps perçu la nature de la volonté primordiale. Contrairement aux autres volontés, la volonté primordiale réduisait un individu à sa nature la plus fondamentale. Sa forme de base.
S'y abandonner signifiait cesser de tout retenir. Cesser de penser. Simplement agir. Chaque instinct. Aucun filtre. Juste… agir.
Dans un tel état, resterait-il lui-même ?
Atticus expira lentement, son regard devenant féroce.
« Il n'y a pas le choix. »
Il ferma les yeux, laissant un calme assourdissant s'installer en lui. Puis… il lâcha prise.
La volonté primordiale afflua instantanément en lui, se précipitant vers sa propre volonté. Elle l'engloutit en un instant, poussant de plus en plus profondément jusqu'à ce que… elle heurte un mur inamovible.
Solvath.
Boum !
Une onde froide se répandit brusquement dans l'esprit d'Atticus. C'était… apaisant. Rafraîchissant, comme une pluie tombant sur un brasier déchaîné. Tandis que l'aura pourpre l'inondait, la volonté primordiale écrasante se figea instantanément.
Puis, des profondeurs de la volonté du Révérend, Atticus sentit sa propre volonté s'embraser.
L'instant suivant, elle entra en éruption, engloutissant totalement la volonté primordiale. Des éclairs de lumière jaillirent dans sa conscience alors que les deux volontés commençaient à fusionner. Quelques instants plus tard, elles ne faisaient plus qu'une.
Atticus, qui avait observé la scène en silence, sentit soudain son esprit s'étendre comme jamais auparavant. Il pouvait la sentir. La volonté primordiale qui l'entourait. Celle qui le liait en ce moment même.
Plus encore, toute sa structure se déployait dans son esprit comme une toile ouverte.
Instinctivement, Atticus se concentra. Un tremblement parcourut la volonté primordiale et, l'instant d'après, elle se défit complètement, le libérant de ses entraves.
Atticus plissa les yeux en sentant les changements dans son corps. Au-delà de cela, il avait l'impression que son corps avait été poussé à son paroxysme. Sa vision était devenue cramoisie tandis qu'une rage infinie déferlait dans son esprit. Il ressentait une envie irrésistible de dévorer. De détruire. De massacrer.
Cependant, contrairement à avant, plus rien ne supprimait ces pulsions.
Soudain, Atticus tendit la main vers chaque filament de volonté primordiale qui l'entourait. Ils s'agitèrent violemment en réponse, vibrant avec une intensité terrifiante jusqu'à ce que… ils explosent.
À l'extérieur, un violent pilier de lumière cramoisie jaillit de la gueule du Roi Révérend alors que son estomac commençait à irradier une lueur aveuglante qui s'intensifiait à chaque seconde.
Les yeux des Exécuteurs restants se contractèrent.
Mais avant qu'ils ne puissent réagir, la lumière atteignit son paroxysme avant d'éclater dans une explosion aveuglante qui déchira le Roi Révérend de part en part. Du sang et des restes humains tombèrent sans fin du ciel cramoisi.
« Ne me dis pas… ! »
« Non… non, c'est impossible… »
Les dieux de la Nature et de la Garde de la Volonté fixaient le carnage avec une incrédulité totale. Même les yeux du dieu de l'Esprit s'étaient réduits à des fentes.
Flottant désormais dans le ciel, il n'y avait nul autre qu'Atticus Ravenstein. Seulement… son apparence avait légèrement changé. Une volonté cramoisie profonde flamboyait autour de lui en vagues incessantes, tandis que ses yeux étaient anormalement grands ouverts, comme s'ils avaient été écartés de force.
L'air autour de lui vibrait constamment, et dès que son regard se posa sur eux, une soif de sang écrasante les submergea, différente de tout ce qu'ils avaient jamais connu.
Le Garde de la Volonté eut l'impression d'être piégé dans un cauchemar.
Il… il avait survécu à la corruption de la volonté primordiale… une telle chose semblait totalement ridicule. Pourtant, c'était exactement ce qui s'était produit.
Le Garde de la Volonté fixa Atticus, son choc était palpable.
« Co— »
Squelch !
Le Garde de la Volonté se figea.
Une fois de plus, il n'avait rien senti. Mais il l'avait entendu. Le bruit de la chair que l'on transperce.
Devant lui, Atticus avait disparu.
Ses yeux tremblants s'abaissèrent lentement, pour voir Atticus debout juste devant lui, son poing ayant transpercé son cœur.
« T-tu… qu'est-ce que tu es… ? »
Atticus saisit soudain la tête du Garde de la Volonté de sa main libre avant de tirer violemment vers le haut. La tête s'arracha instantanément, entraînant la colonne vertébrale dans une gerbe de sang doré.
Atticus jeta négligemment les deux morceaux comme des ordures sans valeur.
« Bête ancestrale ! » tonna le dieu de l'Esprit alors que sa forme s'étendait en un poing gigantesque qui s'écrasa vers Atticus.
Au même moment, le dieu de la Nature invoqua son art ultime, et d'innombrables racines jaillirent de toutes les directions vers lui. Pourtant, Atticus ne fit rien.
Les attaques s'écrasèrent sur lui… pour avoir l'impression de s'être heurtées à un mur impénétrable.
Le poing géant se brisa instantanément, se pliant selon des angles grotesques, tandis que les racines se tordaient violemment avant de s'effriter en fragments.
Les yeux des dieux de l'Esprit et de la Nature se contractèrent violemment. Atticus n'avait même pas tenté de se défendre, et pourtant leurs attaques s'étaient effondrées.
Leurs expressions se durcirent alors qu'ils se préparaient à bouger à nouveau, mais Atticus prit enfin la parole.
« Grâce de la Vitesse divine. »
Aucun d'eux ne vit rien.
Un instant, Atticus flottait devant eux.
L'instant suivant, il était déjà apparu derrière eux.
Aucun d'eux n'eut même le temps de comprendre ce qui s'était passé avant que leur monde ne bascule soudainement.