Chapitre 368
Jusqu’à présent, j’étais fermement convaincu d’être le styliste le plus hardcore de Spark.
Fort de sept années de « stan par procuration » et de big data, je m’enorgueillissais d’avoir fait tout mon possible pour mettre Spark en valeur de la manière la plus spectaculaire qui soit.
Mais aujourd’hui, j’ai dû revoir mon arrogance.
« Hyung, on fait quoi ? Je crois que Cheonghyeon s’est un peu trop éloigné du concept "mignon" aujourd’hui. »
Je l’ai réalisé en regardant Lee Cheonghyeon ajuster ses cheveux gominés devant le miroir. J’étais comme une grenouille au fond d’un puits, et ce que ce type avait montré jusqu’ici n’était qu’une ébauche, une pierre brute.
La tenue bleu marine, dont le tissu scintillait à chaque reflet de lumière, allait incroyablement bien à Lee Cheonghyeon et ses cheveux noirs. Sans parler des broderies dorées tape-à-l’œil qui recouvraient sa veste.
Le maquillage chargé, typique des acteurs de comédie musicale, faisait ressortir les traits de Lee Cheonghyeon encore davantage. Comment, bon sang, du fard à paupières bleu pouvait-il rendre aussi bien sur un être humain… ?
« C’est mauvais ? Tu ne me fais pas tes compliments inconditionnels habituels. »
« Il n’existe aucun mot sur Terre assez audacieux pour décrire ta beauté. »
« Ok, tu marques des points pour ton sens de la répartie. »
Répartie ou pas, je ne savais honnêtement pas quoi dire. Face à une telle beauté, les humains sont totalement démunis. Tout ce que j’ai pu faire, c’est lui tendre un appareil photo Polaroid et mon téléphone pour ses selfies.
À côté du jeune poète Lee Cheonghyeon, l’horloger Kang Kiyeon se faisait ajuster sa tenue par le styliste. Un monocle avec une chaîne de lunettes antique donnait à Kang Kiyeon, dont le visage était déjà anguleux, une allure de perfectionniste névrosé.
La chemise, les vêtements de travail et les bottes, remplis de détails pour éviter de paraître trop simples, créaient une atmosphère digne d’une illustration dans un vieux journal. Si on lui mettait une casquette de gavroche assortie et qu’on le plaçait sous un réverbère, Kang Kiyeon capterait toute la nostalgie du coin. Pas le genre de nostalgie qu’un Coréen moyen ressentirait, mais quand même.
Jeong Seongbin, qui devait jouer l’écrivain rédigeant un roman à la plume, portait un manteau brun-rouge apaisant. J’avais peur que la chemise ivoire et ses froufrous ne l’étouffent, mais c’était une inquiétude inutile. Une fois le manteau et les chaussures de ville enfilés, il ressemblait à une figure littéraire européenne à l’aube du XXe siècle.
Pour info, Lee Cheonghyeon avait insisté sur le fait que si on allait aussi loin, autant y aller à fond, et il m’avait mis sous le nez une photo d’un haut-de-forme…
« C’est un chapeau de magicien ? »
…Ce simple commentaire de Choi Jeho a tout fait capoter. Si quelqu’un avec zéro sens de la mode pensait ça, il y avait de fortes chances que le public pense la même chose, alors Lee Cheonghyeon n’a pas discuté et a immédiatement supprimé l’image.
Park Joowoo est devenu un peintre immergé dans la nature. Son tablier en jean taché de peinture était renforcé par des sangles en faux cuir et des poches. Le porter par-dessus une chemise blanche ample donnait à sa carrure une largeur surprenante. Notre chinchilla de dortoir avait l’air capable de soulever 400 kilos au total.
Et Choi Jeho, qui s’aspergeait d’une tonne de laque tout en tenant une feuille de plastique pour protéger son maquillage……
« Ton concept, c’est… un noble suspectement compétent dont personne ne connaît le métier. »
« Quoi ? »
…Il avait été casté comme un mystérieux aristocrate montant. Je lui avais filé des documents de référence pour l’aider à comprendre, mais je ne savais honnêtement pas s’il en avait lu un seul.
Néanmoins, en tant que Center depuis mille ans, Choi Jeho a brillamment porté une tenue qui aurait facilement pu paraître « too much ». Teindre ses cheveux en un gris cendré doux avec une pointe de violet était un choix que je n’ai pas regretté une seconde.
Le visuel de Spark, comme s’ils sortaient tout droit d’une affiche promotionnelle de comédie musicale, attirait l’attention même pendant l’attente. Tout le monde se concentrait sur Spark, surtout sur le maquillage.
« M. Cheonghyeon est vraiment… incroyable. »
« On dirait quelqu’un d’un autre monde. »
Même avec tout le bruit autour de nous, ces commentaires arrivaient jusqu’à mes oreilles. Il faudra que je transmette ça à l’équipe de stylisme.
Bien que la direction artistique fût différente, les tenues des autres participants étaient aussi éblouissantes. Si UA avait encore eu des problèmes de budget cette fois-ci, on aurait été dans de beaux draps.
Les idoles, toutes plus splendides les unes que les autres, se sont rassemblées pour déterminer l’ordre de passage selon les instructions sur le panneau électronique — il n’y avait pas de MC pour ce tour de sélection. Ils ne pouvaient pas se permettre de faire attendre le public jusqu’à la compétition réelle, alors ils ont convoqué les participants à l’avance pour filmer les séquences.
Grâce à Park Joowoo qui a exercé son pouvoir divin pour tirer le bâtonnet marqué en premier, Spark a pu choisir l’ordre souhaité. On avait beaucoup d’accessoires de scène à installer, donc si possible, on voulait un créneau tôt avec une fenêtre de préparation plus longue. La chance était de notre côté.
« Joowoo hyung, comment tu savais que c’était le bon bâtonnet ? »
« Il y avait une marque de ruban adhésif sur le bâtonnet… »
« …… ? »
Ce n’était pas de la chance, c’était de l’observation minutieuse. Quand Lee Cheonghyeon a appris toute l’histoire, il a applaudi d’admiration.
Spark a choisi en toute confiance de passer en premier. On n’avait pas le choix, il fallait libérer la peau des gars du fond de teint le plus vite possible. On monterait sur scène, on finirait notre performance rapidement, puis on reviendrait avec un maquillage plus léger pour profiter du reste du spectacle avec une peau qui peut enfin respirer.
« Coupez ! Nous procéderons à l’entrée du public dans 30 minutes. Participants, veuillez vous préparer dans la loge ! »
30 minutes avant l’entrée du public. 1 heure pour l’entrée, l’annonce de l’étiquette de tournage, l’organisation de la salle et les instructions sur l’utilisation des appareils de vote. En ajoutant 30 minutes pour le tournage des commentaires d’ouverture. Il restait un total de 2 heures d’attente.
Attendez, la peau soyeuse de Spark. M. Kim Iwol va vous sauver bientôt……
* * *
La comédie musicale 『Night』 racontait la vie d’un certain romancier du XXe siècle. Avec pour cœur de l’histoire la quête de liberté à travers diverses professions et mondes artistiques, ce n’était pas une œuvre au développement dramatique explosif, mais un chef-d’œuvre qui a fait consensus et s’est fait un nom jusqu’à l’époque moderne.
Parmi les nombreux morceaux, Spark a décidé de chanter 『Loneliness』. La pièce et la chanson ont toutes deux été choisies par Lee Cheonghyeon. C’était un bon choix, il y avait un bel équilibre entre les parties en solo et les sections de groupe.
« Ces paroles sont composées en combinant de la prose et de la poésie que l’auteur a publiées de son vivant…… »
Avant de mémoriser les paroles, nous avons aussi suivi une conférence spéciale. Grâce à ça, tout le monde a vite assimilé le morceau, même si ce n’était pas notre œuvre à l’origine.
Le protagoniste avait vécu intensément, mais il n’avait pas pu échapper aux vagues de difficultés. Se sentant isolé du monde et émotionnellement épuisé, il a commencé à rêver de son passé.
Dans le rêve, des versions de ses anciens moi se rassemblaient et regardaient droit devant, vers l’endroit où il se tenait.
La lumière jaillissait d’un côté de la scène.
『Proche, et
Dans un lieu lointain
Mon frère』
Sous une lumière blanche, Jeong Seongbin était assis devant une table en acajou et chantait tout en écrivant une lettre. Le public a frémi à la voix de celui qui possédait la technique vocale la plus parfaite parmi nous. J’ai essayé de ne pas y prêter attention, mais une partie de moi ressentait de la fierté.
『Gens pitoyables
Vous souvenez-vous du jour passé, de la nuit passée』
Jeong Seongbin a posé sa plume et a plié le papier proprement. La lettre dans l’enveloppe a lentement glissé à ses côtés et a été remise dans ma main alors que je passais devant lui.
J’ai marché jusqu’au devant de l’étagère, mon espace, j’ai appuyé mon épaule contre le meuble et j’ai dénoué la ficelle de l’enveloppe.
『Cette longue douleur disparaît
Ce repos arrive
J’ai rêvé en regardant les étoiles』
Comme si je lisais la lettre. En me rappelant le point clé de mon rôle, j’ai effleuré chaque note comme du texte.
En terminant sur la dernière syllabe, l’éclairage s’est déplacé de moi vers Kang Kiyeon.
Assis seul sur une petite chaise, le gars au visage détaché jouait avec sa chaîne de lunettes.
『Ai-je souhaité du réconfort
Ce désespoir
Qu’a-t-il atteint』
Lee Cheonghyeon a couvert d’une main la lumière qui se déversait sur les yeux de Kang Kiyeon, qui chantait en regardant le ciel.
Lee Cheonghyeon a regardé Kang Kiyeon et a esquissé un sourire solitaire.
『La nuit étoilée est si pâle
Parce que le cœur
Est vide
Les jours joyeux
Semblent avoir disparu』
Dans la partie suivante, Choi Jeho, debout à l’opposé de la scène, a tendu le bras vers Park Joowoo.
『Deux mains levées
Pour quoi prient-elles
Le salut d’un doux moment ?
Ou l’espoir sans espoir auquel on aspire ?』
La question lancée par Choi Jeho a été reçue par Park Joowoo.
『D’un sommeil douloureux
Je veux me réveiller
Laissez-moi respirer』
Son ton, perçant parfaitement la note, ressortait encore plus sur l’accompagnement doux, semblable à un monologue.
La musique s’est intensifiée. Les instruments orchestraux se sont précipités tous en même temps. Tout le monde a avancé, s’est regardé et a synchronisé son souffle.
『Sans fin
Longue nuit
Sombre et triste
Nuit profonde』
Choi Jeho a pris la tessiture la plus basse, Park Joowoo les notes hautes, et les membres ont chanté les parties intermédiaires. Un éclairage bleu brillait au-dessus de la tête de Lee Cheonghyeon, la main sur le cœur, et de Kang Kiyeon, les yeux fermés.
『Ciel sans éclat
Demain sans attente
Même ainsi
Le matin s’illumine』
Atteignant le point culminant, Park Joowoo et Jeong Seongbin se sont fait face et ont rempli le plafond de leur voix de poitrine. Les quatre autres ont comblé les notes graves sans aucun vide. En retirant mon écouteur gauche pour m’accorder à l’harmonie, je pouvais entendre le volume des membres exploser de manière vivante.
Une épaisse fumée s’étendait à nos pieds. Même avec seulement six lumières bleues sur la scène sombre, ça ne semblait pas vide.
『Toi, mon ami
Le ciel bleu, le temps avec moi
T’en souviens-tu encore
Ami』
Le dernier vers, chanté longuement en relâchant le souffle, s’est terminé sans fausse note. Toutes les lumières se sont éteintes, et seul Choi Jeho brillait, recevant une petite lumière à lui tout seul.
『Laissant un dernier adieu
Quand tu ouvres les yeux
Agite la main
Accueillant le soleil levant』
La voix murmurée de Choi Jeho s’est dispersée, mêlée au son du violoncelle. Le soulagement d’avoir réussi nous a envahis.