Chapitre 6
« Clic. »
C’était le bruit du cran de sûreté qu’on désactive.
Le sourire s’évapora. Le visage de la fille se figea. Elle tenait l’arme d’une main, et de l’autre, elle effleura le mécanisme — clic — en enfonçant le bouton sur le dessus.
Logan vit la scène et lâcha aussitôt : « Attends ! C’est moi, Logan ! Powder, c’est moi, Logan des Bas-fonds ! »
« Tu as oublié ? »
« Logan ? Je ne te connais pas. » Powder esquissa soudain un sourire. Ses yeux bleus brillaient d’un éclat troublant tandis qu’elle fixait Logan, ses doigts aux ongles vernis de rose enfonçant le bouton un peu plus fort. « Laisse-moi réfléchir... à quel larbin tu pourrais bien appartenir. Mais ça n’a aucune importance. »
« Attends, regarde, j’ai toujours la montre à gousset que tu m’as donnée. » Logan était abasourdi. Elle n’avait même pas encore été altérée par le Shimmer et elle était déjà aussi instable ? Quel genre de personne normale tire sur un inconnu ?
Il fouilla dans sa veste, sortit la montre, la tendit vers Powder et l’agita deux fois.
La seconde suivante, l’arme disparut de devant ses yeux.
Un bras pâle se tendit et arracha la montre. Logan capta une odeur — pas désagréable, mais pas plaisante non plus.
C’était l’odeur des cheveux de Powder.
Sa petite tête vint se loger contre le torse de Logan, et le parfum de ses cheveux se glissa dans ses narines.
Huile de moteur, mêlée à une légère note citronnée — un mélange peu ragoûtant qui submergea les sens de Logan.
« Je m’en souviens ! » Powder frappa soudain dans ses mains, leva les yeux vers Logan, se haussa sur la pointe des pieds et se pencha vers lui. Son petit nez retroussé frémit tandis qu’elle disait avec une excitation ravie : « Logan... Logan qui s’est battu contre Vi quand on était petits, c’est ça ? Je me souviens que tu étais l’un des gars de Marsen ! »
« Mylo vous détestait, vous autres ! »
Elle devint soudain beaucoup plus bavarde. Elle tourna deux fois autour de Logan, puis le poussa avec enthousiasme en criant : « Entre ! On va discuter ! »
« Mais... c’est chez moi », dit Logan.
« C’est pas grave. On s’en fout », répondit Powder.
Elle poussa Logan à l’intérieur, ferma la porte d’un coup de pied, puis s’avança et s’affala sur le lit de camp de Logan comme si elle était chez elle. Elle claqua des doigts et une petite lampe graffitée sur la table s’alluma.
Elle se recroquevilla, enlaça ses jambes et fixa Logan, le regard vif : « Je ne pensais pas que tu serais encore en vie. »
En regardant Powder — non, en regardant Jinx — Logan se sentit partagé.
Dans ses souvenirs, Logan et Marsen avaient grandi dans les Bas-fonds. Leurs parents avaient participé à ce soulèvement sous la direction de Vander, et ils étaient morts sur ce pont.
Logan et Marsen étaient donc, eux aussi, des « enfants de Vander ». Pas comme Vi et Powder, que Vander gardait chez lui, mais dans les Bas-fonds, ils restaient des gosses ayant grandi sous sa protection.
C’était d’ailleurs la raison principale pour laquelle le Logan original refusait de rejoindre un gang avec Marsen pour nuire aux Bas-fonds. Au fond de lui, il se souvenait toujours de cet homme grand et bienveillant.
Vander était le guide spirituel de Zaun. Et maintenant, Silco avait pris sa place. Dans le cœur du Logan original, c’était une usurpation — tout ce qui appartenait à Vander... avait été volé par Silco.
Et maintenant, en fixant Powder, les sentiments de Logan étaient encore plus confus.
D’un côté, les souvenirs d’enfance le tiraillaient. De l’autre, les images de la Guerre des deux cités le hantaient.
Jinx était un désastre — une figure à la fois pitoyable et détestable.
Mais il devait l’admettre : elle possédait un charme étrange. Beaucoup disaient que Powder était devenue Jinx à cause de l’environnement des bas-fonds.
Pourtant, il n’y avait qu’une seule Jinx à Zaun.
Logan. Marsen. Vi. Ekko. Qui n’avait pas eu la même enfance qu’elle ? Qui pouvait honnêtement prétendre avoir grandi dans un environnement sain ?
Ce qui a transformé Powder en Jinx, ce n’était pas l’environnement.
C’était l’amour.
À Zaun comme à Piltover, beaucoup d’habitants avaient leurs propres griefs contre le monde, leur propre obsession de le changer. Vi, Caitlyn, Vander, Silco, Jayce, Viktor, Heimerdinger, Mel, Sevika — même les barons de la chimie de Zaun... tous, plus ou moins, avaient maudit ce monde et voulu le remodeler.
Mais Jinx ?
Elle, non.
Du début à la fin, elle ne s’est jamais plainte du monde, n’a jamais hurlé contre lui.
Pour Logan, Jinx n’était pas insatisfaite du monde. Quand elle était petite, elle vivait insouciante. Vander et Vi écartaient le danger pour elle — comme des chevaliers protégeant une princesse.
La jeune Powder ne s’est jamais souciée de sa survie. Elle était trop bien protégée par Vander et Vi, au point qu’une enfant élevée dans la misère était restée douce et naïve.
Elle se fichait de ce qui était juste ou non. Elle se fichait de savoir qui souffrait, qui était exploité, qui était opprimé, qui était persécuté, qui mourait dans un coin de ruelle.
Tout ce qu’elle voulait, c’était que les gens autour d’elle ne l’abandonnent jamais. Qu’ils la protègent toute sa vie.
Elle voulait juste sa petite vie tranquille.
Même si cela signifiait blesser tout le monde autour d’elle, elle ne pensait qu’à elle. C’était égoïste. Et aux yeux de Logan, c’était difficile à exprimer.
Parce que c’était le genre de chose qu’on ne peut pas totalement expliquer, ni démêler.
Logan pouvait le comprendre avec un exemple.
Le comportement de Jinx ressemblait à celui de ces enfants qui s’accrochent à leurs parents et refusent de les laisser partir, convaincus qu’ils devraient être à leurs côtés à chaque instant.
Mais les parents doivent toujours s’éloigner, ne serait-ce qu’un peu. Ils ont besoin de travailler. Ils ont des responsabilités — envers leurs amis, leurs proches, et même envers le monde qui les entoure.
Mais un enfant ne peut pas comprendre ça. Dans son égoïsme, il ne fait que reprocher à ses parents de ne pas rester avec lui pour toujours.
Sous cet angle, Logan pouvait comprendre comment Jinx fonctionnait.
C’était une « folle » gâtée, égoïste et bornée.
Et c’était pourquoi Logan n’avait aucune intention de raisonner Jinx. Raisonner une folle obsessionnelle ne servait à rien — tout comme la logique d’un adulte et celle d’un enfant ne se rejoignaient jamais.
« Oui. Je suis toujours en vie. » Les pensées de Logan revinrent au présent. Il regarda Powder et hocha la tête.
« C’est tellement bon de te voir. Alors, où est Marsen ? Et Noka ? Ils sont encore en vie, eux aussi ? » Powder se balançait d’avant en arrière, ses deux longues tresses bleues glissant doucement sur le lit de Logan.
Quand elle était calme — quand elle ne jouait pas les folles — Logan devait admettre qu’elle était incroyablement mignonne.
Son visage pâle portait un maquillage sombre. Les cernes sous ses yeux et les rougeurs autour lui donnaient un air mature et brisé, mais son petit visage de poupée conservait une innocence enfantine. Le contraste était brutal.
« Ils sont en vie. »
« Où sont-ils ? Que font-ils ? »
« Ils ont rejoint un gang. »
« Ha ! C’est bizarre. Je me souviens que Marsen était vraiment timide. Comment a-t-il pu rejoindre un gang ? » Powder enfouit son visage dans ses genoux, interrogeant Logan avec curiosité.
Logan répondit : « Pour survivre. »