Chapitre 52
« Toutes les unités, rassemblement ! »
Sur le corridor du Pas de Danse, des groupes de Pacificateurs déferlèrent sur Zaun. En tête, le shérif Marcus se tenait les mains croisées dans le dos, casque sur la tête, et hurla en poursuivant :
« Après trois jours de fouilles, nous avons capturé soixante-treize criminels. Vingt et un ont été envoyés à la prison de Piltover pour détention. Les cinquante-deux restants ont été transférés à la prison de Stillwater. C’est un succès majeur ! Le Conseil a salué notre opération et a financé de nouvelles armes ! »
« Rappelez-vous : tout ce dont vous profitez en ce moment vient du parrainage du Conseil ! Sans eux, vous n’auriez ni bureaux, ni collations, ni paie ! »
« Et cette fois, nous nous rendons sur le territoire des plus grands gangs de Zaun. Gravez-vous ça dans le crâne : tant que je n’ai pas donné l’ordre, personne ne tire ! »
« Compris ! » rugirent les Pacificateurs.
Marcus hocha la tête et fit un signe de la main. « En avant ! »
Ils se mirent en formation rapidement. Plus d’une centaine de Pacificateurs vérifièrent leur équipement, puis marchèrent en lignes ordonnées vers les Bas-fonds.
Dans les Bas-fonds de Zaun, à la communauté de l’Espoir —
La communauté, autrefois ouverte, avait été entourée de pointes de fer barbelé. Des barricades étaient empilées à l’entrée et des postes de garde temporaires avaient été installés de chaque côté, avec des membres du gang de la Fleur Spirituelle montant la garde à l’intérieur.
Marna et son mari apportèrent de l’eau et de la nourriture, livrant le déjeuner aux membres du gang de la Fleur Spirituelle en patrouille.
Ces derniers jours, Zaun était devenu de plus en plus chaotique. On ne voyait presque plus personne dans les rues ; tout le monde se cachait ou quittait carrément les Bas-fonds.
Marna avait même entendu dire que des dizaines de Zauniens avaient été arrêtés près de l’allée du Laiton et de la rue Blackwater.
Une fois envoyés à la prison de Stillwater... sauf imprévu, cela signifiait au moins cinq ans avant de revoir la lumière du jour.
Les fouilles des Pacificateurs à Zaun se déroulaient exactement comme les Zauniens le craignaient : une « application de la loi » brutale qui se répétait sans cesse.
Peut-être qu’aux yeux des Pacificateurs, les Zauniens n’étaient même pas des êtres humains.
Dans l’après-midi, une escouade de Pacificateurs apparut à la porte de la communauté de l’Espoir.
Sith Malfoy était parmi eux. Portant un casque respirateur et tenant son fusil, Sith se redressa en observant les lieux. (NDT : Ouais, je sais...)
La dernière fois, il avait fait partie des rares dont la mission de recherche avait échoué.
Mais cette fois ? Il était impossible qu’ils échouent.
Plus d’une centaine de Pacificateurs armés de fusils : ce n’était pas une force qu’un gang de Zaun pouvait contrer !
Face à une véritable armée, les voyous de Zaun s’effondreraient dès le premier contact.
« Zauniens ! Ouvrez la porte ! » Sith s’avança et cria vers le poste de garde.
Manzu fronça les sourcils, fixant la masse noire des Pacificateurs. Leurs uniformes bleus ressortaient comme une tache dans la grisaille de Zaun. Une centaine d’hommes. Un uniforme. Armes au poing.
Cette pression... n’avait rien d’une plaisanterie.
Mais ouvrir la porte ?
Quelle blague.
Manzu appuya sur le bouton d’alarme. Les haut-parleurs suspendus aux lampadaires à l’intérieur de la communauté de l’Espoir hurlèrent, et en un instant, les membres du gang de la Fleur Spirituelle qui défendaient la communauté saisirent leurs armes et coururent vers la porte.
Au même moment, les résidents de la communauté de l’Espoir l’entendirent aussi.
« Est-ce qu’on... on y va ? » murmura un jeune homme sur le pas d’une porte, observant les membres du gang de la Fleur Spirituelle courir en formation.
« C’est trop dangereux. » Une main attrapa son bras : c’était son père.
« Et alors, qu’est-ce qu’on fait pour eux ? Tu crois qu’ils ne savent pas que c’est dangereux ? » rétorqua le jeune homme. « Papa... il n’y a pas de meilleurs chefs qu’eux. »
« Au diable Piltover ! » Les yeux de Kerr, le poissonnier, étaient injectés de sang alors qu’il crachait ces mots.
« Nous... nous devrions aller voir. »
Au début, seuls quelques habitants de la communauté de l’Espoir se dirigèrent vers la porte.
Puis d’autres.
Encore d’autres.
À la porte de la communauté de l’Espoir —
Sith repéra Marsen, le grand jeune homme maigre qui l’avait fait mordre la poussière.
Ses yeux devinrent rouges instantanément. Il se dirigea vers son capitaine et lui murmura quelque chose à l’oreille. Le capitaine hocha la tête et lui donna le feu vert.
Avec cette permission, Sith marcha droit vers Marsen, un mur de Pacificateurs derrière lui.
« Tu te souviens de moi ? » Sith leva le menton, fixant Marsen d’un air sombre.
« Vous vous ressemblez tous, les Pacificateurs. Comment tu veux que je me souvienne de qui tu es ? » ricana Marsen.
Ils n’étaient qu’une trentaine. Aucun équipement de protection. Aucune arme sophistiquée.
Et pourtant, ils se tenaient là, à la porte, faisant face aux Pacificateurs.
« Bien. Très bien. » Sith sourit, puis découvrit ses dents. « Mais je te le dis tout de suite : ce n’est pas fini. Le shérif a donné l’ordre. Aujourd’hui, quoi qu’il arrive, nous fouillons votre communauté. Nous soupçonnons que c’est ici que le Shimmer est produit. Bougez. »
« Essaye pour voir », répondit Marsen, refusant de céder.
Sith leva la main et hurla : « Pacificateurs ! »
Clic.
Une ligne de fusils se leva et visa le gang de la Fleur Spirituelle.
Une seule salve suffirait. En un instant, les corps tomberaient les uns après les autres.
Sith tendit la main et attrapa Marsen.
Les tripes de Marsen bouillonnaient de défi, mais avec ces fusils braqués sur eux, il ne pouvait même pas trouver l’impulsion de résister.
Sith le poussa contre la barricade, le maintenant fermement.
Les résidents qui regardaient devinrent pâles.
« Marsen ! » cria Willa.
« Je vais bien ! » Marsen tourna la tête vers elle et secoua la tête.
Il ne savait pas ce que le patron voulait qu’ils fassent. Ce que Logan lui avait dit était simple : quoi qu’il arrive, ne montrez aucune peur devant les Pacificateurs.
C’était pour ça que Marsen avait été si têtu ces derniers jours. Non seulement parce que c’était ce qu’il voulait faire, mais parce que Logan était sérieux.
Mais... maintenant ?
Qu’est-ce que le patron veut que je fasse maintenant ?
Les pensées de Marsen devinrent floues tandis que sa joue était pressée contre un sac de sable moisi, les dents serrées.
« Merde ! » La voix de Vi claqua alors qu’elle arrivait, franchissant la clôture de fer en quelques mouvements agiles avant d’atterrir à l’extérieur.
Sith regarda la Zaunienne s’avancer, tout en maintenant Marsen au sol.
« Tu es avec lui ? » demanda Sith.
« Ça suffit. Lâche-le », grogna Vi entre ses dents.
« Le lâcher ? Parce que tu l’as dit ? » ricana Sith. « Je te soupçonne d’être l’une des personnes derrière l’usine de Shimmer. Pacificateurs, arrêtez-la ! »
Trois Pacificateurs se précipitèrent vers Vi, les mains prêtes à la maîtriser.
Les muscles de Vi se tendirent. Son instinct lui hurlait de se battre —
Mais elle se souvint des mots de Logan. Elle serra les dents et se força à encaisser.
Logan, t’as intérêt à avoir raison.
Parce que là, on dirait juste qu’on les laisse nous massacrer.
Mais au moment où les Pacificateurs allaient plaquer Vi au sol, une pierre vola depuis l’arrière de la clôture de fer.
Tap —
Un bruit léger : la pierre frappa l’uniforme du Pacificateur en tête.
Tous les regards se tournèrent vers celui qui avait lancé le projectile.
C’était une petite fille à l’intérieur de la communauté de l’Espoir, à peine haute comme trois pommes, vêtue de lin, avec deux nattes tressées qui pendaient.
« N-Non... ne brutalisez pas la grande sœur ! »
Sous tous les regards, la petite fille tremblait, mais elle cria quand même, effrayée mais courageuse.
Vi la fixa, son regard se perdant.
Parce que ces tresses...
Dans cette petite fille, Vi vit une ombre de la Powder qu’elle connaissait autrefois.
De la même manière qu’elle avait été bonne avec Zeri, Vi avait été bonne avec cette gamine aussi.
Elle... est sortie pour m’aider ?
Cette petite voix fut comme un caillou jeté dans un lac : petit, mais les ondes se propagèrent.
Et à l’intérieur de la communauté de l’Espoir, ce caillou réveilla quelque chose.
Des voix commencèrent à s’élever.
« Merde, je ne peux plus supporter ça ! »
« Qu’est-ce qu’on fait, là ? Une gamine de sept ans comprend ce que nous, on ne comprend pas ! »
« Se faire protéger par des gosses... je deviens vraiment plus inutile à mesure que je vieillis ! »
« Allons-y ! Battons-nous ! »
Un. Deux. Puis plus, encore et encore —
Les Zauniens étaient agiles, vifs, et ils s’entraidaient. L’un après l’autre, ils escaladèrent les clôtures de fer et les murs que le gang de la Fleur Spirituelle avait construits pour les protéger.
Vi resta là, stupéfaite, regardant la scène se dérouler, quand les mots de Logan résonnèrent soudain dans son esprit.
« J’attends... »
« Vi, j’attends une opportunité. Une opportunité qui réveillera Zaun. Une opportunité qui nous fera riposter. »
« On peut les protéger. On peut chasser les Piltiens. Mais si on les fait fuir cette fois, ils reviendront la prochaine fois. »
« On doit faire en sorte que Piltover nous craigne. On doit faire en sorte qu’ils n’osent plus revenir. »
« Et pour ça, il nous faut plus que de la force. »
« Il nous faut... un esprit. »
BZZZT — BZZZT — BZZZT —
Soudain, les haut-parleurs à l’intérieur de la communauté de l’Espoir, ainsi que ceux montés sur les postes de garde, crépitèrent.
Une voix aiguë. Enjouée. Riant à chaque mot.
« Bonjour, bonjour, bonjour~ Vous m’entendez ? Vous m’entendez ?! »
« Ooh, à en juger par vos têtes... vous m’entendez ! »
« Bon après-midi, les flics de Piltover~ Je m’appelle Jinx, et j’ai un cadeau pour vous. Vous allez adorer, n’est-ce pas ? Vous allez forcément adorer, non ? »
« Et si vous n’aimez pas ça... »
« Alors mourez~ »
« Woohoo~ Joyeux Jour du Progrès ! »
« Voilà la bombe ! »
BOUM !
La voix aiguë se coupa, et une explosion tonitruante répondit.
Une fumée bleue jaillit de la rue et des fissures du sol, engloutissant tout en un battement de cœur.
Un immense visage souriant s’épanouit dans le ciel au-dessus de la communauté de l’Espoir.
Toute la zone disparut dans cette brume bleue.
La vision de chacun fut étouffée.
« Personne ne tire ! » hurla un Pacificateur.
Ne pas tirer n’était pas seulement dû à l’ordre du shérif. Avec la visibilité réduite à néant, tirer maintenant reviendrait à toucher leurs propres hommes. La fumée était trop épaisse ; la visibilité ne dépassait pas un demi-mètre.
Vi réagit instantanément.
Elle plissa les yeux. Pas de masque filtrant, pas de respirateur, mais elle pouvait le supporter.
Pas seulement Vi.
Tous les Zauniens le pouvaient.
La fumée ne les faisait ni tousser ni pleurer, car l’air de Zaun avait toujours été une poubelle. Les Zauniens étaient nés là-dedans. Ils avaient vécu dedans toute leur vie.
Les haut-parleurs crépitèrent à nouveau.
« C’est l’heure de rendre la monnaie~ Alors maintenant, les flics de Piltover... »
« Bienvenue... à Zaun !!! »
Sous le cri perçant de la fille, chaque Zaunien bougea comme s’il avait reçu l’ordre.
Ils chargèrent.
Kerr souleva un poisson entier et le fracassa sur le Pacificateur devant lui.
Marna attrapa une tasse et la lança en avant.
Et tout devant, il y avait Vi : joues gonflées, mâchoire serrée, yeux brûlant d’un rouge ardent, muscles gonflés de force, la définition de ses bras saillante alors qu’elle se déplaçait.
Voyant les Pacificateurs paniquer, fusils en l’air, perdant le contrôle, Vi fit pivoter son torse, retint son souffle et projeta son poing droit comme une balle.
Il percuta le visage d’un Pacificateur.
Ses articulations traversèrent le casque, droit dans le nez et la bouche, et un craquement sec retentit.
Bang.
Un coup de feu partit.