Chapitre 718
Le hall résonnait du bruit de son reptation. Le grincement de ses ongles raclant le marbre brisé.
Derrière lui, l'une de ses jambes était tordue de façon contre-nature, arrachée sous le genou. Peu importait ses tentatives de régénération, peu importaient les compétences qu'il utilisait, les blessures demeuraient.
Son armure, déchirée comme du papier, laissait apparaître des créatures parasites rampant dans sa chair, le dévorant lentement.
Une silhouette ombrageuse s'approcha lentement.
« Je ! – S'il vous plaît ! Je n-ne sais rien ! Ayez pitié ! » haleta-t-il, criant avec désespoir. Ses yeux étaient écarquillés par la peur et le délire. « Je ne sais vraiment pas où se trouve l'Apôtre !!! Elle va où bon lui semble ! »
Des larmes de sang coulaient sur ses joues tandis que les parasites remontaient maintenant sur son visage.
La silhouette ne dit rien. Aucun mot, aucune expression, seulement une paire d'yeux froids fixés sur lui. Ses bottes claquaient doucement sur le sol, sa progression était sans hâte.
« L-laissez-moi vivre ! Je serai un espion ! J'essaierai de trouver les informations dont vous avez besoin ! » supplia-t-il, mais l'homme ne s'arrêta pas.
L'homme leva sa jambe, la plaça contre le crâne tremblant de l'homme qui implorait et commença à pousser.
Peu importe les efforts de l'homme pour frapper, griffer ou repousser la jambe, elle restait un pilier ferme et immobile.
Il appuyait lentement, à un rythme régulier, impossible à arrêter.
Il pouvait entendre son crâne se fissurer sous la pression, le sang coulant dans ses yeux. Ses membres s'agitaient alors qu'il sentait sa fin approcher.
« S-s'il vous plaît ! Je ne sais vraiment pas ! Putain ! Dites quelque chose ! Je ne peux pas ! Je ne peux pas mourir comme çARGHHH !!--- »
Puis ses cris furent coupés par un craquement écœurant qui résonna dans les pièces.
Ce qui était autrefois un Seigneur gisait désormais sans vie sur le sol, la tête enfoncée par un simple coup de pied. De la matière cérébrale et de la chair maculaient le sol, mêlées à des éclats d'os.
Relevant le pied, Kaden ne dit rien et continua d'avancer. Son expression était sombre, car ses pistes menant à l'Apôtre de la Famine venaient d'être coupées.
Comme un lézard réalisant qu'il est traqué, la Famine coupait ses queues et s'échappait.
Plus cela traînait, pire ce serait, et Kaden n'avait pas la patience de jouer à ce jeu d'attente.
« On dirait bien que tu pourrais tuer un homme rien qu'avec cette expression. » lança Nalem, suivant Kaden.
Au début, ses mises à mort étaient rapides et expéditives, lui permettant d'obtenir autant d'informations que possible. Mais maintenant, elles étaient lentes, brutales, une façon pour lui d'évacuer ses frustrations.
Une facette qu'il gardait habituellement dissimulée, sauf dans des moments comme celui-ci, où il ne parvenait à aucun progrès.
« Si nous ne pouvons pas traquer la Famine avec cette méthode, pourquoi ne pas changer d'approche ? » suggéra Nalem alors que Kaden jetait un coup d'œil vers lui.
« L'Apôtre de la Guerre est morte. Il ne reste plus qu'une seule Apôtre à Enris et je ne suis pas sûr qu'elle en trouvera une autre de sitôt. Mais ne penses-tu pas que c'est un bon point de départ ? »
Détournant les yeux un instant, Kaden réfléchit avant de secouer la tête.
« Non, Enris ne ferait pas une chose pareille. C'est peut-être une Déesse, mais elle est au bord de la folie. Vraiment. » Il fronça les sourcils. « Elle accueillera n'importe quel défi. Si la Famine meurt, elle s'en moquera aussi. Au contraire, je parierais qu'elle sera plus heureuse de savoir qu'avec elle au bord du gouffre, les gens afflueront pour la tuer. »
Nalem fit une pause, ne comprenant pas tout à fait pourquoi une Déesse agirait ainsi.
Mais après tout, ce n'est pas lui qui court après la vengeance depuis toutes ces années. Il était enfermé dans sa propre librairie, dérivant de façon monotone à travers la vie.
« Alors, que comptes-tu faire ? » demanda Nalem, se demandant comment Kaden allait attirer l'Apôtre de la Famine.
« Comment sinon ? Je vais saisir tout ce qu'elle a accumulé durant toutes ces années où elle a été en vie. Et ce que je ne peux pas prendre, je le détruirai. Penses-tu qu'elle pourra encore s'enfuir si je continue à faire ça ? » Kaden esquissa un sourire.
« . . . Es-tu un cambrioleur ou un Apôtre ? » Le sourire de Nalem se crispa.
« Qui a dit que c'était mutuellement exclusif ? » Kaden haussa les épaules.
Il devait faire sortir la Famine au plus vite. Sinon. . . Non, il ne voulait pas y penser.
Le temps pressait, il n'avait même pas eu le temps de féliciter Alice pour avoir descellé l'œil et l'arme. Plus vite il résoudrait ce problème, plus vite il pourrait retrouver la petite gobelin du miel.
Il devait admettre qu'il était curieux de voir comment elle allait maintenant.
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*TOUX !!!
Elle tomba sur un genou, toussant violemment, chaque quinte lui déchirant la poitrine comme du verre brisé. Du sang noir et rouge éclaboussa le sol, sa vision tourbillonna et le monde commença à basculer.
Prenant plusieurs respirations rauques pour tenter de se calmer, elle s'appuya contre le mur.
D'une main tremblante, elle sortit une cigarette et l'alluma avec son doigt.
La portant à ses lèvres, elle ne la fuma pas immédiatement. Elle la tint simplement là, observant la fumée s'élever dans l'air. L'odeur médicinale à laquelle elle s'était habituée depuis longtemps n'avait plus aucun effet sur son corps et un sourire las se dessina sur son visage.
Le médicament ne faisait plus effet.
Peu importe le nombre de cigarettes qu'elle fumait, rien ne soulageait la douleur à ce stade.
« Tu devrais faire une pause. Arrête de te battre pendant un moment, ton corps ne peut plus supporter ça. » La voix de Gin résonna. « Regarde ton sang, il devient même noir, pour l'amour des Dieux. »
Allura ne se tourna pas pour le regarder. Elle prit simplement une longue bouffée de cigarette et expira.
« Peut-être qu'il est temps de rentrer. Retourner auprès d'Alice, Ria et Luke. Tu ne peux pas continuer à pousser ton corps comme ça, sinon. . . » Gin retint ses mots.
« Sinon la grande Apôtre de la Sévérité mourra face à un Seigneur de merde ? » Allura laissa échapper un petit rire.
« Tu manques de temps Allura, arrête d'être têtue. Au moins. . . Tu peux encore profiter du reste avec Alice et les autres. » Gin fronça les sourcils.
Les récents combats duraient de plus en plus longtemps, chacun devenant plus dangereux que le précédent.
Même sous sa forme affaiblie, les Seigneurs ne pouvaient pas la tuer, mais les blessures s'accumulaient. Et à un certain point, elle ne pourrait plus se protéger.
En pensant à Alice et aux autres, les paupières d'Allura tremblèrent un instant.
Elle pouvait encore se souvenir du moment où elle avait vu la fille aux cheveux bicolores dans l'arène. . . De ce qu'Alice était lors de leur première rencontre dans cette pièce.
Comment la petite fille se cachait sous les couvertures avec un bougeoir, prête à attaquer quiconque s'approcherait d'elle.
Allura se souvenait de la façon dont Alice naviguait maladroitement dans les conversations avec son vocabulaire limité, comment ses yeux scintillaient lorsqu'elle découvrait quelque chose de nouveau.
À quel point elle avait l'air fière lorsqu'elle parvenait à exécuter une compétence qui aurait dû être hors de sa portée.
En pensant à cette fille qui lui avait été confiée de force par Kaden, Allura ne put s'empêcher de sourire malgré la douleur qui inondait son corps.
« Je ne peux pas rentrer Gin. Pas encore. » Allura finit sa cigarette et l'écrasa dans sa main.
Bien que l'effet ait disparu, son habitude de fumer était une chose qui, étrangement, l'aidait à apaiser son esprit chaotique.
« Ce corps en décomposition sera utilisé pour paver un chemin vers l'avant pour elle. C'est ce qu'un gardien fait. » Allura gloussa, mais Gin se tint devant elle.
Un froncement de sourcils profond sur le visage, accompagné d'un regard noir.
« Et ensuite ? Quand elle trouvera ton cadavre percé par des lances et des flèches ? Les yeux sans vie de celle dont elle dépendait ? Tu es comme une mère pour elle, tu es la fondation sur laquelle elle a enfin réussi à se relever pour affronter le monde. » Gin serra les dents.
« As-tu seulement pensé au désespoir qu'elle ressentira si tu venais à disparaître ?! Tu manques de temps, je le sais ! Mais plutôt que d'utiliser le peu de temps qu'il te reste loin d'elle, pourquoi ne pas la remplir de souvenirs de toi plutôt que de temps sans toi ?! Tu vas juste la laisser avec un tas de regrets qu'elle ne pourra jamais résoudre ! »
Allura hésita un instant. Elle savait ce que Gin visait et comprenait pourquoi il disait cela.
Elle aussi voulait passer le reste de son temps avec eux si elle le pouvait. . . Rire à nouveau avec Kaden comme par le passé.
Mais. . .
« Si je me vois comme la gardienne et la mère d'Alice, n'est-ce pas le devoir d'un parent de rendre le monde meilleur pour eux ? Un parent travaille dur pour que l'enfant puisse profiter de ce que la vie a à offrir. » Allura sourit.
C'est parce qu'elle avait placé Alice dans son cœur qu'elle faisait cela.
« Je marcherai jusqu'à ce que je ne puisse plus marcher. Je me battrai jusqu'à ce que je ne puisse plus lever la main. Et à la fin de tout, si Alice me blâme, qu'il en soit ainsi. Je ne suis pas avide de grand-chose. Mais tant qu'Alice peut être heureuse dans ce monde, je suis satisfaite. » Allura passa devant Gin qui lui saisit le bras.
« Sale tête de mule. Alice sera heureuse si tu es à ses côtés. » cracha Gin avec agacement en levant son bras sur son épaule pour l'aider à marcher.
Il ne dit rien d'autre, mais Allura savait qu'il l'aidait.
« Désolée de t'avoir éloigné de Ria. » Allura gloussa, ce qui fit lâcher à Gin une série de jurons.
« Ne me le rappelle pas, sinon je te laisse ici et je rentre tout seul ! »
S'il mettait trop de temps à rentrer, il pourrait devenir arrière-grand-père avant même de s'en rendre compte. Et si cela devait arriver. . . Il aurait une petite discussion avec Luke concernant sa chère petite-fille.