Chapitre 520
« Des questions que tu te poses ? On dirait que tu n'approuves pas les agissements de ta famille. Pas que je sache de quoi il s'agit. » Eryn haussa les épaules.
Balayant la capitale du regard, elle pouvait sentir la présence de deux Seigneurs et une aura étrange près du grand arbre au centre. La Reine, sans aucun doute.
Aucun d'eux n'était conscient de sa présence pour l'instant et elle comptait bien que cela reste ainsi.
« Ce n'est pas que je n'approuve pas. Mais je n'approuve pas totalement non plus. C'est… bizarre. » Albert soupira.
Il ne savait pas quand ces hésitations avaient commencé. Autrefois, il pensait qu'il était naturel de faire des sacrifices pour le progrès de l'humanité.
Dans toute l'histoire, il n'y a jamais eu de progrès sans sacrifice.
Il y avait toujours un coût à payer.
Qu'il s'agisse de vies humaines ou d'autre chose, le coût est inévitable.
Pour que les gens puissent bénéficier de Sang des Abysses fiable, de fioles de soin et plus encore, des essais devaient être menés.
Bien qu'il déteste le monstre qu'ils cachaient dans leur prison, elle avait son utilité. C'était le seul être à ce jour à avoir montré une résistance parfaite aux effets des Abysses, lui permettant de se remettre de n'importe quel effet secondaire.
C'était la cible idéale pour tester des échantillons instables de Sang des Abysses avant de les distribuer au public. Sans elle, une grande majorité de leurs produits n'auraient même pas dépassé le stade des tests.
Bien sûr, le fardeau ne pouvait pas reposer uniquement sur le monstre. En raison de sa constitution, ils ne pouvaient pas tester les effets à long terme, même s'ils semblaient sûrs. C'est là que d'autres devaient intervenir.
Il le savait et le comprenait. C'est pourquoi il n'avait jamais trouvé à redire aux actions de sa famille. Ils étaient simplement nés plus haut dans la hiérarchie, ni plus ni moins.
Dans une autre vie, il aurait pu être l'une des personnes prises pour les tests plutôt que d'être un observateur.
Mais depuis quand ? Depuis quand leur chemin a-t-il divergé de l'aide aux gens ? Bien que les expériences « principales » soient toujours menées au nom de l'avancement et du progrès, celles effectuées dans l'ombre poussaient Albert à s'interroger sur le but réel.
L'une d'elles étant le protocole Hybride.
Avec la disparition soudaine d'Alice, le Docteur avait accéléré le processus de l'expérience, gavant les sujets d'agents de croissance et précipitant le développement de leur corps.
Bien qu'ils ressemblent à des adultes et possèdent le physique pour supporter l'opération, ils restaient, par essence, des enfants soldats.
Leur destin était scellé avant même leur naissance. La mère est injectée avec le sang d'Alice pour déclencher une réaction dans son corps. Une fois qu'elle est enceinte d'un spécimen jugé digne de créer la combinaison parfaite, ils injectent du sang de bête dans l'utérus.
Si l'embryon survit à cet environnement durant son développement, on lui administre une dose supplémentaire du sang dilué d'Alice avant la naissance.
La majorité des enfants meurent à ce stade. Même après s'être adaptés au sang de bête dans l'utérus, ils ne supportent pas le sang d'Alice.
Mais pour ceux qui survivent, ils sont poussés à l'étape suivante.
« Tous les Hybrides sont en développement depuis cinq ans. Perdre autant de sujets avec une quantité de sang limitée signifie que nous ne pouvons pas en créer beaucoup plus sans risquer des pertes énormes », pensa Albert.
Il ne voyait pas l'utilité des Hybrides en dehors de leur rôle d'armes. Comment étaient-ils censés aider l'humanité ?
S'ils avaient reçu du sang de bête leur conférant des capacités de guérison ou autre, il aurait pu comprendre.
Mais la plupart des hybrides recevaient le pouvoir de tuer, de devenir les armes de guerre parfaites.
Secouant la tête, il prit une profonde inspiration et se calma.
Leur but est de trouver Alice. D'explorer la capitale et de voir ce qui s'est passé après l'attaque.
« Allons au marché », suggéra Albert.
Après une bataille difficile, la plupart des gens cherchent un moyen de se détendre. Ils feront le tour des lieux de loisirs, un par un.
Hochant la tête, Eryn ne dit rien et se posta derrière Albert, l'escortant et surveillant tout danger potentiel qui pourrait les approcher.
###
« Urg… » Laissant échapper un gémissement, Alice s'effondra sur sa chaise, la sueur trempant ses vêtements.
C'était bien plus épuisant que ce qu'elle avait prévu, même avec des gens décidant de ne pas subir l'opération du tout.
Après tout, ce n'est pas parce qu'ils étaient infectés qu'ils ne pouvaient plus se battre. Cela diminuait simplement leur capacité et les empêchait de combattre comme ils le faisaient auparavant.
Si le guerrier possédait des Sceaux à faible coût qui ne drainaient pas beaucoup d'énergie, ils devraient fonctionner à peu près de la même manière.
Choisir la voie du berserker était un dernier recours.
Malgré cela, il y en avait encore pas mal qui choisissaient de devenir berserkers, même après qu'Alice les eut avertis des dangers.
Quant à la Libération de Lignée, après le Gouverneur, il n'y en avait que 6 autres qui semblaient prometteurs, mais aucun autant qu'elle.
Regardant hors de la tente, Alice laissa échapper un soupir de fatigue, car la file d'attente semblait interminable.
« Peut-être devrais-tu faire une pause », suggéra Caera, mais Alice secoua la tête.
Plus vite elle en aurait fini, mieux ce serait.
Claquant des doigts, elle créa un rideau de sang autour d'elle et changea sa tenue trempée de sueur.
« Fais entrer la personne suivante, espérons juste que la voie du berserker devienne moins populaire parmi ceux qui restent. » Alice fit disparaître les rideaux. Idéalement, il devrait y avoir un équilibre entre la Libération de Lignée ou aucune opération, avec peut-être quelques exceptions pour les berserkers.
Mais actuellement, le berserker était l'option la plus populaire, ce qui ne faisait qu'agacer Alice.
Elle ne comprenait pas pourquoi ils tenaient tant à sceller leur destin en tant qu'individus risquant de perdre la raison à jamais. Tout ça pour protéger la capitale. Y avait-il quelque chose qu'elle ne saisissait pas ? Était-ce simplement une différence de points de vue ?
Quoi qu'il en soit, Alice était juste là pour les aider. Si c'est ce qu'ils veulent faire, qu'il en soit ainsi.
« Devrais-je essayer ? » demanda soudain Caera alors qu'Alice penchait la tête.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Donne-moi un échantillon de ton sang. Je verrai si je peux effectuer l'opération de berserker. Je ne pense pas pouvoir aider pour la Libération de Lignée, mais si c'est juste l'opération de berserker, je devrais être capable de la reproduire dans une certaine mesure », clarifia Caera tandis qu'Alice croisait les bras.
Cela ne la dérangeait pas que Caera essaie, puisque c'était elle qui en avait eu l'idée au départ. Mais le catalyseur requis pour l'opération est, en fin de compte, son sang.
Confier son sang à quelqu'un d'autre… Quelqu'un qu'elle connaissait à peine, même s'il s'agissait de Caera, ne plaisait pas vraiment à Alice.
« Ça ira, ne t'en fais pas. Une fois que je me serai habituée à l'opération, ça ne devrait pas être difficile », écarta Alice avec un sourire alors que la personne suivante entrait dans la tente.
Hochant la tête en silence, Caera jeta un autre regard à Alice avant de se reconcentrer sur son travail.
###
Après avoir exploré les marchés et les autres lieux de loisirs de la capitale, Albert ne put s'empêcher de froncer les sourcils : il n'y avait aucune trace d'Alice.
Principalement des discussions sur la bataille, des murmures à propos d'une folle de l'hydromel et du processus de reconstruction.
« Devrions-nous jeter un œil aux lieux de la bataille ? » suggéra Eryn. S'ils voulaient des indices, il valait mieux voir là où le combat avait eu lieu. Après tout, il y aurait toujours des traces des pouvoirs utilisés.
« Pas encore. Si nous y allons maintenant, il y a un risque assez élevé qu'ils nous repèrent, même avec cet appareil. Prenons notre temps pour l'instant », suggéra Albert en secouant la tête.
Au moment où il allait planifier son prochain arrêt, il surprit une conversation.
« Tu penses qu'Alice va faire une pause ou se surmener encore ? Il y avait une sacrée file d'attente là-bas après tout », demanda Selen en tenant la main d'Egil.
« En la connaissant, elle va probablement se surmener. On devrait lui apporter à manger et de l'hydromel ? » Il laissa échapper un léger rire.
« On peut chercher des brochettes épicées pour Alyss aussi. Bien que… on peut peut-être faire l'impasse sur l'hydromel. Je préférerais ne pas voir une Alice ivre faire la fête pendant qu'elle opère des gens », Selen se gratta la joue.
Chaque fois qu'Alice s'enivrait, tous ses filtres disparaissaient et elle devenait une fêtarde invétérée. Buvant de l'hydromel comme s'il n'y avait pas de lendemain, sautant sur les tables et faisant même des paris.
Si ce genre d'Alice apparaissait pendant une opération… Ouais, Selen n'avait même pas besoin d'y réfléchir.
Discutant des magasins qu'ils devraient visiter pour la nourriture, les deux s'éloignèrent tandis qu'Albert fronçait les sourcils.
Il était assez sceptique quand il avait entendu Ayla mentionner qu'Alice semblait avoir gardé son ancien nom. Même maintenant, il doutait encore, mais cela valait la peine de vérifier.
« On dirait que cette fille, Alice, est celle que tu cherches. Y a-t-il quelque chose dont je devrais me méfier ? » demanda Eryn, remarquant le changement d'attitude d'Albert.
« Quoi que tu fasses, ne laisse pas son sang entrer dans ton corps. C'est tout », répondit Albert alors qu'ils commençaient à suivre Egil et Selen.
Ils faisaient un petit détour pour visiter des boutiques, mais cela ne dérangeait pas Albert. Après tout, c'était le premier indice qu'ils avaient obtenu concernant l'endroit où se trouvait Alice.
###
Debout sur le lieu où les ombres vivantes étaient mortes, le Docteur s'agenouilla et frotta son doigt contre la terre. Plissant les yeux, il essaya de déterminer l'origine d'un tel pouvoir alors que des images de la bataille défilaient dans son esprit.
C'était bref, mais il avait réussi à entrevoir l'instant où elles étaient mortes. Un coup, une mort.
Et ce pouvoir… Il ne semblait ni Abyssal ni Sacré.
« Donc ce n'est pas les Abysses ou les trois Dieux… Le Vide ? Non, ça ne semble pas juste non plus. C'est quelque chose en dehors de ces trois sources de pouvoir… » Retroussant ses lèvres en un sourire, le Docteur commença à assembler une théorie sur l'origine de ce pouvoir.