Chapitre 493
Sautant sur le toit d'un bâtiment, Selen observa la destruction alentour. Des bêtes déchiquetaient les maisons tandis que les gardes tentaient tant bien que mal de riposter. Mais avec cette épidémie, beaucoup peinaient simplement à tenir debout, sans parler de se battre.
« Molosses ! À moi ! » hurla une voix. Selen reconnut le gouverneur qu'ils avaient croisé plus tôt.
Derrière elle, plusieurs silhouettes apparurent, toutes dotées de la caractéristique distinctive d'oreilles et de queues animales.
« Esprits de Flammes, pleine puissance ! Ne laissez pas la corruption prendre le dessus ! Tuez les bêtes et ayez foi en les Seigneurs ! C'est tout ! » ordonna le gouverneur alors que six Sceaux s'illuminaient sur son corps.
« COMPRIS ! » répondirent les Molosses en chœur. Sans une seconde d'hésitation, ils se ruèrent vers les bêtes, activant chacun leurs Sceaux. Ils en avaient tous six !
Selen pouvait déjà voir la foi inébranlable qu'ils portaient à Frida et Sigurd, les Seigneurs chargés de protéger la capitale.
« Ils ciblent les bêtes ordinaires pendant que les hybrides contrôlent l'espace aérien. Les Seigneurs s'occupent des Seigneurs hybrides et il semble qu'un autre soit préparé pour la Reine Verona. »
Refoulant sa colère, Selen calma son esprit.
Si elle laissait la colère prendre le dessus, elle perdrait son avantage. À savoir que les hybrides ignoraient sa présence.
Deux options s'offraient à elle. La première : agir en soutien des Seigneurs.
Cependant, choisir cette méthode risquait de pousser le troisième Seigneur à entrer dans la danse. Et si elle les aidait, les autres hybrides seraient laissés sans surveillance.
Ce qui amenait à la seconde option.
Assassiner les hybrides avant de rejoindre Sigurd et Frida !
En est-elle seulement capable ?
Le doute s'insinua en elle. Un doute sur ses propres capacités.
Pouvait-elle percer les défenses des hybrides contre lesquelles même Alice peinait ?
Elle l'ignorait.
Mais ! Même sans savoir, même sans certitude, elle devait le faire. L'image d'Egil luttant sur son lit suffisait à attiser le feu de la colère dans sa poitrine alors que ses Sceaux s'illuminaient.
« J'ai moins de puissance de frappe qu'Alice et j'aurai du mal à traverser leur armure. Mais avec la manipulation de la perception, je devrais pouvoir perturber leur formation et leur chaîne de commandement. Même si je n'y parviens pas, je devrais pouvoir leur nuire. J'ai juste besoin de gagner du temps pour le bon moment », pensa Selen.
Ce champ de bataille n'était pas fait pour qu'elle se mette en avant. C'était réservé aux Seigneurs. Mais là où l'œil ne porte pas, elle ferait ce qu'elle pourrait.
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Appliquant la flamme sur le corps d'Egil, Alice sentit la sueur perler sur son visage.
« Putain… Comment les Zenia ont-ils pu fabriquer un truc pareil ? » Alice grinça des dents.
Comparé à la maladie qui rongeait la mère d'Egil, c'était bien plus destructeur. Bien plus violent et instable. La moindre stimulation suffisait à le faire entrer dans une frénésie.
Si Egil ne s'était pas instinctivement protégé avec ses Sceaux, la maladie aurait déjà envahi son cœur spirituel.
Si la maladie de la mère d'Egil pouvait être décrite comme une infection qui se propage lentement, Egil, lui, semblait avoir été plongé dans un bain de malédictions.
Des effets secondaires qui assaillaient chaque partie de son corps sans répit.
Non seulement cela, mais il y avait même une légère trace du propre sang d'Alice dans ce mélange.
« C'est similaire à ton brouillard de sang. Je ne pensais juste pas qu'ils iraient jusqu'à en faire une arme », fronça les sourcils Alyss.
Par le passé, Alice avait envisagé une idée similaire.
Mais la voir en action était vraiment terrifiant.
Rien que de s'occuper d'Egil lui donnait une idée du chaos qui régnait dans la capitale. Des gens dormant paisiblement, réveillés par une transformation atroce.
Se mordant la lèvre, Alice décida de tenter un petit pari.
« N'y pense même pas », trancha immédiatement Alyss.
Bien qu'elle ne soit pas au cœur de la bataille, sa jumelle essayait encore de tenter quelque chose de vraiment stupide sans se soucier d'elle-même.
« Pourquoi pas ? Je pense que ça marchera plutôt bien. De toute façon, j'ai les mains liées en essayant de trouver une solution », bouda Alice.
« Ce n'est pas une question d'être occupée ou non. C'est le fait que tu t'exposes si tu le fais. Que penses-tu que les Zenia feront s'ils réalisent que leur épidémie est entravée ? Et si, je dis bien si, un hybride voit que c'est toi ? » Alyss fronça les sourcils.
« Ou alors, et si Verona me devait une dette pour avoir sauvé sa capitale de la ruine ? » Alice sourit en faisant un signe de paix.
« . . . » Poussant un profond soupir, Alyss se prit le visage dans les mains.
« Alors tu peux parler de ton plan à Cayla et voir si elle approuve ou non », suggéra-t-elle, ce à quoi Alice acquiesça.
Non loin d'elles, Cayla était assise par terre, plusieurs feuilles étalées autour d'elle. Pour mieux suivre ses pensées et ses découvertes, elle matérialisait ses théories, ses tests et ses résultats sur papier.
Remarquant l'approche d'Alice, elle s'arrêta pour écouter le plan qu'elle avait en tête.
[Alice… Tu t'es cognée la tête ? Ou tu es ivre ?] demanda Cayla, l'air incrédule.
« Je ne suis pas ivre ! Si je fais ça, les choses seront bien plus avantageuses pour nous, tu ne crois pas ? » Alice croisa les bras.
[Avantageuses, oui. Complètement stupide ? Aussi. Imprudent ? Très. Comment garantis-tu que tu pourras garder ta conscience si tu perds autant de sang ? Je sais que tu as une régénération, mais perdre ta concentration un instant tout en t'exposant te fera tuer. De plus, tu dois penser à l'état d'Egil pendant que tu fais ça], Cayla se gratta la tête.
Entre Alice et Velouria, Alice était sans aucun doute la plus imprudente.
Cependant, toutes deux avaient des pensées similaires lorsqu'il s'agissait d'aider les gens. À tel point que Cayla ne pouvait s'empêcher de céder à ces idéaux et de faire de son mieux pour l'aider à les accomplir.
[Si tu régules ton pouvoir lentement, tu devrais pouvoir le faire sans t'évanouir], sourit Cayla tandis qu'Alice affichait un large sourire.
« Hein ??? Je lui ai dit de te parler pour que tu l'en dissuades, pas pour que tu l'encourages ! » Alyss cligna des yeux, incrédule.
[Regarde Alice, est-ce qu'il semble que mes mots l'auraient dissuadée ? Au contraire, on dirait plutôt qu'elle essaie de nous persuader pour ne pas se sentir coupable de le faire], rit Cayla alors qu'Alyss poussait un soupir fatigué.
« Fais ce que tu veux », finit par céder Alyss. Sa jumelle était toujours comme ça. Têtue jusqu'au bout. Mais elle savait qu'Alice voulait le faire puisque son sang était la cause profonde. Voir ce niveau de destruction, si elle ne faisait rien, cela hanterait sa conscience.
Après avoir obtenu l'approbation d'Alyss, Alice créa un portail à côté d'elle et transféra Egil sur un lit de sang flottant.
Traversant le portail, elle apparut près du sommet de l'arbre géant situé au centre de la ville.
« Je m'excuse par avance pour ça, Votre Majesté. Mais ce n'est pas une situation où je peux attendre votre approbation, d'accord ? » lança Alice, consciente que Verona observait probablement tout ce qui se passait.
Le mystère restait entier quant à la raison pour laquelle elle n'avait pas encore bougé, mais ce n'était pas la priorité d'Alice.
Avec l'arbre au centre de la ville, c'était le meilleur endroit pour elle, car ainsi, sa capacité pouvait atteindre chaque recoin de la capitale.
Prenant une profonde inspiration, Alice mit Egil de côté.
Elle garda une parcelle de son attention sur lui pour s'assurer que la maladie ne progresse pas davantage.
Après avoir tenté de résoudre le problème dans son corps, Alice eut une petite idée de ce qu'elle devait faire. Ce n'était pas suffisant pour purger complètement la maladie, mais stopper sa progression suffirait.
Résonance !
En activant sa résonance, des lys araignées commencèrent à fleurir autour d'elle tandis qu'une mare de sang tourbillonnait.
Pour contenir la maladie, elle devait utiliser son propre sang pour la contrer. Poison contre poison. Si cela avait ses avantages, les risques étaient tout aussi grands. À savoir, quelle quantité de sang pouvait-elle utiliser sans que les gens ne meurent simplement du dosage.
Le seul avantage qu'elle avait sur l'épidémie était qu'elle pouvait contrôler son propre sang.
Un faux pas et ce serait la destruction pure.
Mais… Au sein des dangers de la destruction, réside la chance de la création.
Elle utiliserait son sang destructeur pour forger un remède.
Libération de Lignée !
Derrière Alice, son âme se manifesta.
Étrangement, elle ne versait pas de larmes de sang noir. Au lieu de cela, une mare de sang commença à s'étendre avec des lys araignées fleurissant en cramoisi.
Des fils de soie d'énergie commencèrent à émaner d'Alice, s'étirant loin dans le ciel.
Ce qu'Alice voulait faire, ce qu'elle devait faire, était de répandre son sang à travers toute la capitale. Et le meilleur moyen pour cela était depuis l'arbre.
Levant les mains, l'énergie et le sang convergèrent en une unique sphère.
Elle se remémora son expérience précédente, le pouvoir de Kaden. Elle ne pouvait pas visualiser ses capacités correctement, mais il y avait un sentiment qu'elle voulait saisir.
Une sensation de chaleur au sein de la malédiction. Tout comme elle allait utiliser son sang pour lutter contre ce poison, elle utiliserait la malédiction comme catalyseur pour son remède.
Une malédiction pour les habitants de la capitale.
Sur son corps, le Second Sceau commença à briller alors qu'Alice propulsait la sphère dans le ciel.
Une unique traînée rouge monta en flèche avant d'exploser en un lys araignée au milieu d'un pays de neige et de glace. Un seul lys rouge qui restait inébranlable alors qu'un brouillard de sang enveloppait la capitale.