Chapitre 248
Qu’est-ce qu’un Dieu ? Pour Alice, c’était un symbole d’autorité absolue, un guide pour les mortels, un être dépassant l’entendement humain.
Le Dieu du Soleil, vénéré par l’Église du Soleil.
La Déesse de la Lune, révérée par l’Église de la Lune.
Le Dieu de l’Éclipse, loué par le Culte de l’Éclipse.
Ces trois Dieux de la surface n’étaient pour Alice que des personnages de légendes. Leurs serviteurs, les Apôtres et leurs fidèles, constituaient leur seul lien avec ce monde.
Mais que les Abysses possèdent leur propre Déesse…
Et que ce soit l’ancienne Maîtresse d’Allura, qui plus est.
L’esprit d’Alice tourbillonnait.
Si l’ancienne Maîtresse d’Allura était bel et bien la Déesse des Abysses, quelle était alors la véritable identité d’Allura et de Kaden ? Deux individus proches de ladite Déesse.
« Sont-ils des Apôtres ? » s’interrogea Alice intérieurement. Cela expliquerait la puissance d’Allura et la facilité avec laquelle Kaden pouvait l’envoyer dans les Abysses.
Allura avait déjà mentionné les Apôtres ; chacun possédait sa propre Autorité, un fragment du pouvoir divin.
Cela leur permettait de se tenir bien au-dessus des Seigneurs des Abysses, en tant que loyaux serviteurs du Divin.
« La souveraine d’Ayr… est une Déesse ? » demanda Alice, cherchant à confirmer cette information.
« Ouais, c’est une Déesse des Abysses. Même si tu peux voir ça comme un partage de Divinité. Comparée aux Dieux de la surface, la Maîtresse est un peu spéciale. » Allura hocha la tête en grignotant les en-cas qu’elle avait achetés.
« Spéciale ? Comment ça ? Ne sont-ils pas tous des Dieux ? »
« Ce n’est pas un secret, mais la Maîtresse a commencé en tant qu’"humaine". La première humaine née dans les Abysses. En tant que telle, elle ne comprenait pas pourquoi il n’y avait que des bêtes ici, alors que les reflets de la surface lui montraient un monde d’"humains". »
« Grâce à son lien unique avec les Abysses, elle a plié les règles pour permettre à davantage d’"humains" de naître. Bien sûr, tout le monde finit par redevenir une bête, c’est notre destin ultime. Mais l’intervention de la Maîtresse nous a donné une chance de surmonter ça. »
« Deviens un Seigneur des Abysses, fais-toi reconnaître par les Abysses et leur Déesse, et tu te débarrasseras de ton sang bestial pour devenir pleinement Humain », expliqua Allura en façonnant de petites silhouettes de feu pour illustrer son récit.
« On peut même dire qu’elle a ajouté une "Règle" au fonctionnement des Abysses. »
En entendant cela, Alice hocha la tête en silence, digérant ces informations. Si la Maîtresse d’Allura était la raison pour laquelle des Humains pouvaient naître dans les Abysses, quelles autres règles avait-elle instaurées ?
Et même si ce n’était pas le cas, quelles étaient les autres Règles des Abysses ?
Une question résolue, et d’autres surgissaient dans l’esprit d’Alice, lui arrachant un soupir de frustration.
Il y avait beaucoup trop de choses qu’elle ignorait, et désormais, l’identité réelle d’Allura et de Kaden devenait floue à cause de leur lien avec une Déesse. Alice ne pouvait que supposer qu’ils étaient des Apôtres, et si c’était le cas, qu’attendaient-ils d’elle ?
Quand Kaden l’avait trouvée, il voulait qu’elle l’aide à tenir une promesse. Laquelle ?
Allura disait qu’elle pouvait être elle-même et ignorer les attentes. Mais si la Couronne et Cayla appartenaient autrefois à une Déesse, comment pouvait-elle simplement ignorer le poids d’une telle responsabilité ?
Alice voulait qu’Allura soit heureuse, comme elle l’était autrefois. Elle voulait reconstruire Ayr pour elle, faire en sorte que les gens ne soient plus condamnés à devenir des bêtes sans issue. Mais pour y parvenir, il fallait répondre aux attentes d’une Déesse des Abysses.
Elle voulait tant faire pour Allura, devenue sa gardienne et sa figure maternelle, et pour Kaden, qui l’avait tirée de son enfer personnel. Pourtant, face à ces attentes, Alice se sentait incapable.
Ses pensées partaient en vrille ; elle essayait de s’imaginer accomplir de tels exploits, mais seul l’échec lui venait à l’esprit.
« !!! »
Écarquillant les yeux, Alice sortit de sa torpeur et leva la tête.
Allura l’avait prise dans ses bras, lui caressant la tête et le dos.
« Ça va ? On aurait dit que tu avais besoin d’un câlin », demanda Allura avec une expression inquiète, voyant le silence d’Alice.
Rendant l’étreinte, Alice se serra contre elle pour calmer son esprit. Peu importait que l’objectif final soit lointain.
Comme Allura l’avait dit, elle devait se concentrer sur les petites étapes. Ce qu’elle pouvait accomplir maintenant, et avec le temps, elle atteindrait son but.
« Merci… » murmura Alice, profitant de ce moment tandis qu’Allura se grattait la joue avec un rougissement embarrassé, tout en hochant la tête.
Partageant cette étreinte un instant, Alice finit par apaiser son esprit et semblait bien mieux qu’un instant auparavant.
« Tu disais qu’elle avait ajouté une Règle aux Abysses il y a longtemps, c’est ça ? Celle qui permettait aux "humains" de naître. Quel est, selon toi, le but des Abysses en permettant cela ? » demanda Alice, curieuse.
« Hmm… Honnêtement, je ne sais pas. Connaissant la Maîtresse, si elle pouvait empêcher les gens de devenir des bêtes, elle le ferait. Mais il y a des restrictions qu’elle doit contourner. Elle ne "dirige" pas les Abysses, après tout. Elle partage simplement une Divinité avec la Volonté des Abysses. »
« Il vaut mieux que tu lui demandes quand tu la rencontreras. Parce que ta… situation est assez étrange et unique, même selon mes critères. » Allura haussa les épaules.
S’arrêtant net, Alice se tourna vers Allura et se désigna elle-même.
« Attends… La rencontrer ? Ce n’est pas une Déesse ? Je pensais que les Dieux et Déesses n’interféraient pas beaucoup avec les mortels. »
« Comme je l’ai dit, la Maîtresse est un cas unique. Et puis, tu as déjà rencontré deux de ses plus proches serviteurs, alors pourquoi être surprise ? Rencontrer une Déesse, c’est fou pour toi, mais rencontrer son bras droit et son bras gauche, ça ne l’est pas ? Tu as des critères bizarres. »
Pendant qu’Alice et Allura débattaient de leurs critères personnels, quelqu’un observait la situation sans se faire remarquer.
Allura avait naturellement senti cette présence, mais compte tenu de la « marque » qu’elle portait, elle ne dit rien.
Plus Cayla fixait Alice, plus cela devenait clair. L’Œil et la Couronne flottante.
Tous deux semblaient endommagés, ce qui ne faisait qu’accroître son inquiétude quant à la chute inévitable de sa Maîtresse, mais rien ne pouvait être fait.
Elle le savait aussi, au fond d’elle. Mais elle ne voulait pas rester les bras croisés à accepter cette fatalité.
Fermant les yeux, Cayla tenta d’établir une connexion avec « elle-même » qui se trouvait dans le corps d’Alice. Mais la connexion ne put s’établir. À la place, une paire d’yeux glacials la fixa en retour, et une sueur froide coula le long de son dos.
Fixant Alice avec un mélange de peur et de confusion, Cayla ne savait que dire.
Restant silencieuse, elle finit par se mordre la lèvre avant de soupirer. Observer ne suffirait pas. Elle devait trouver une occasion de parler à Alice en face à face. Si Alice était bien sa future Maîtresse, alors la discussion devrait se dérouler sans accroc.
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« Alors, des idées ? » demanda Kaden alors que le Bibliothécaire restait silencieux devant lui.
Nalem, celui qui tenait le registre de tout ce qui s’était passé dans la ville et des connaissances accumulées sur les Abysses et les bêtes qui les peuplaient.
« D’après ce que tu m’as dit, j’ai deux candidats en tête. Mais ils ne correspondent pas exactement. » Il soupira et secoua la tête.
« Tu me donnes un pourcentage ? »
« 20 % tout au plus. Si le feu est vraiment tel que tu l’as décrit, je ne peux que dire que je n’ai jamais entendu parler, ni même imaginé une telle possibilité. C’est tout simplement absurde qu’une chose soit alimentée par les Abysses tout en les rejetant si radicalement. Sans parler du fait que je ne comprends pas comment cette fille peut fonctionner si elle n’a pas d’âme. Ce n’est pas une construction, n’est-ce pas ? » Nalem fronça les sourcils en posant ses livres.
« Ce n’est pas une construction. » Kaden secoua la tête.
« Alors est-ce quelque chose envoyé par les Dieux de la Surface ? La réunion approche, tu sais comment ils sont envers Sa Majesté. »
Tombant dans une contemplation silencieuse, Kaden joua avec des ombres entre ses doigts tandis que plusieurs pensées traversaient son esprit.
« Elle porte une plume avec des traces de mon Autorité. Une amulette aussi, avec l’aura de Lua. Mais c’est faible… Elle a clairement un lien avec moi et Lua, mais lequel ? Alice ne possède manifestement pas d’Autorité, mais elle affiche des pouvoirs similaires à ceux de Lua. »
Pour la première fois depuis son arrivée à Ayr, il se retrouvait incapable de résoudre le problème qui se présentait à lui.
« Si tu avais un échantillon de son sang, pourrais-tu effectuer des tests pour déterminer l’origine de ses pouvoirs ? » demanda Kaden, ce à quoi Nalem répondit par un signe de tête.
« Avec assez d’échantillons et de tests, je devrais pouvoir te donner de meilleurs résultats. Mais encore une fois, c’est hautement anormal, alors n’attends pas grand-chose. » admit-il.
« Que même Nalem ne puisse pas garantir de résultats… »
« Très bien. Je vais voir ce que je peux faire pour les échantillons. »
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Alice ne connaissait pas ce sentiment qui lui étreignait le cœur.
C’était similaire à de la peur, mais pourtant très différent. Cela résonnait en elle à un niveau plus profond, un niveau qui faisait trembler tout son corps et la faisait pâlir à la vue de cette personne.
C’était sa première rencontre avec le Seigneur Commandant, mais chaque cellule de son corps lui hurlait de fuir.
Il avait des cheveux bruns sauvages de longueur moyenne, une paire d’yeux noirs perçants et une barbe de trois jours négligée. Sa tenue consistait en une simple veste noire avec des détails dorés, un sous-vêtement noir qui soulignait les muscles de son torse et de ses bras, un pagne descendant jusqu’aux genoux, ainsi qu’un pantalon large et des chaussures.
Malgré son aura décontractée et enjouée en cet instant, Alice ne parvenait pas à se détendre, quoi qu’elle fasse.