Chapitre 732
« Il a de la chance, ce gaillard, d’avoir survécu après avoir insulté l’Ancien. »
La Suprême de l’Épée Tranchante entendit Geommugeuk.
« C’est le seul. »
Bien que tous deux se moquassent de lui, le Démon Lame du Ciel de Sang resta imperturbable. Il alla même jusqu’à répondre avec un sourire bienveillant.
« Dans la vie, il arrive qu’on se fasse insulter. »
Geommugeuk éclata alors de rire. Peut-être se trouvant ridicule après avoir prononcé ces mots, le Démon Lame du Ciel de Sang détourna la tête. Lui aussi devait avoir du mal à garder son expression sous contrôle.
« Je compte également ne pas lever la main, ne serait-ce que parce que je suis curieuse de voir l’issue de ce pari. »
Si tous trois tenaient bon à partir de maintenant ?
« Alors, nous connaîtrons bientôt le résultat du pari. »
Elle était convaincue de pouvoir tenir plus longtemps que le Démon Lame du Ciel de Sang.
C’est alors que…
« Poussez-vous ! Si vous ne voulez pas mourir ! »
Un autre groupe de guerriers passa en trombe, soulevant un nuage de poussière tandis qu’ils déployaient leur technique de légèreté.
Le Démon Lame du Ciel de Sang agita son éventail et chassa la poussière.
Geommugeuk s’enquit, inquiet :
« Ça va ? »
« Je vais bien. »
« D’ordinaire, votre paume devrait dégager de la force, non ? À force de supporter ce qu’on n’a jamais enduré, on finit par tomber malade. »
« Quand les guerriers utilisent leur technique de légèreté, ils soulèvent de la poussière. »
Il avait l’allure d’un grand moine maîtrisant son esprit, ce qui arracha à Geommugeuk un soupir théâtral.
« Ah ! Si j’avais su qu’une telle ascèse spirituelle nous attendait, j’aurais dû emmener le Démon Bouddha avec nous. »
« Il est moins patient. Son Bouddha à lui tue d’abord, puis prie pour que sa victime renaisse dans la félicité. »
Geommugeuk et la Suprême de l’Épée Tranchante rirent de concert.
Les environs devenaient de plus en plus agités, mais aucun des trois ne se pressait.
Après avoir marché encore un peu, ils arrivèrent dans une vaste clairière au pied de la montagne.
Elle était remplie de guerriers, dont émanait une grande ferveur.
« J’ai entendu dire que ce salaud se cachait dans la grotte ! »
« Écartez-vous tout de suite ! »
« Bougez, avant que je vous tue ! »
Devant cette foule qui criait et s’agitait se dressait une grotte.
La Grotte de la Mort.
Sur le mont Cheonja, elle était réputée pour son immense profondeur et ses passages labyrinthiques.
Tant de gens y étaient morts sans parvenir à retrouver la sortie qu’on l’avait surnommée la Grotte de la Mort.
Les guerriers de la Bande du Dragon Volant, connue pour son tempérament belliqueux à Honam, en bloquaient l’entrée.
« La Grotte de la Mort est fermée. Tout le monde doit se retirer. »
L’homme qui avait parlé d’une voix chargée de force intérieure était Song Byeok-chan. Il comptait parmi les dix meilleurs experts de la Bande du Dragon Volant.
Les héros rassemblés le pressèrent de questions.
« Pourquoi nous empêchez-vous d’entrer ? Vous voulez garder la Carte au trésor pour vous, à la Bande du Dragon Volant ? »
Song Byeok-chan répondit :
« Nous cherchons seulement à éviter un bain de sang sur le territoire de notre secte. Nous voulons épargner à tous des morts inutiles dans un combat insensé. Ne vous méprenez donc pas. »
Bien sûr, personne ne prit ses paroles au pied de la lettre.
En réalité, la Bande du Dragon Volant avait déjà envoyé ses experts fouiller la Grotte de la Mort. De nombreux étrangers y étaient entrés avant que l’accès soit bloqué, mais les lieux étaient si labyrinthiques qu’ils n’avaient toujours pas trouvé celui qui s’y était caché avec la Carte au trésor.
L’un des guerriers qui avait protesté plus tôt harangua la foule :
« Enfonçons le passage de force. Si nous unissons tous nos forces… »
Frouich ! Toc !
L’épée de Song Byeok-chan transperça la nuque de l’homme.
Pris par surprise et frappé dans le dos, celui-ci n’eut pas le temps de se défendre.
Song Byeok-chan baissa un regard glacial sur l’homme qui s’effondrait en crachant du sang, puis lança à la foule :
« Y en a-t-il un autre parmi vous qui ose défier notre secte ? »
Le silence retomba. À Honam, peu de gens pouvaient se permettre d’ignorer la puissance de la Bande du Dragon Volant.
Le Démon Lame du Ciel de Sang, qui observait la scène depuis l’arrière, secoua la tête.
« La grotte, hein ? Je déteste les endroits étouffants. »
La Suprême de l’Épée Tranchante sourit.
« Voilà qui joue encore plus en ma faveur. »
Elle voulait dire que, dans un espace confiné, le Démon Lame du Ciel de Sang finirait par perdre encore plus vite son sang-froid.
« Bien. Dispersez-vous sur-le-champ. »
Song Byeok-chan s’avança. Derrière lui, les guerriers de la Bande du Dragon Volant dégainèrent leurs épées d’un même geste et progressèrent d’un air menaçant.
Pourtant, les héros rassemblés ne reculèrent pas.
Le désir et l’avidité de s’emparer de la Carte au trésor, de devenir un maître sans égal et de gagner une immense fortune les clouaient sur place. D’autres continuaient d’affluer à cet instant même.
C’est alors que…
Frouich, frouich, frouich, frouich, frouich, frouich, frouich !
Des armes dissimulées s’abattirent sur les guerriers de la Bande du Dragon Volant, tirées depuis l’arrière.
« Une embuscade ! »
Song Byeok-chan cria dans l’urgence, mais les membres de la bande s’écroulaient déjà les uns après les autres sous la pluie de projectiles. À la stupeur générale, les assaillants surgirent de l’intérieur de la grotte.
Clang ! Clang ! Clang ! Clang ! Clang !
Song Byeok-chan agita son épée à toute vitesse pour dévier les projectiles, mais ils étaient bien trop nombreux.
Bam !
Un coup de paume le frappa alors dans le dos.
Son corps s’envola et roula sur le sol. L’homme qui criait avec tant d’assurance quelques instants plus tôt gisait désormais sans vie.
Celui qui l’avait attaqué par surprise en se dissimulant dans la foule était un homme musclé au sourire sournois. Avant que la Bande du Dragon Volant ne ferme l’entrée, il avait caché ses subordonnés dans la grotte.
« Pourquoi prétendez-vous que ce territoire vous appartient ? C’est le nôtre. »
Quelqu’un qui le reconnut s’écria :
« L’Empereur de la Forêt Verte ! »
C’était un chef de bandits qui régnait depuis son repaire du mont Cheonja et dont la réputation s’étendait jusqu’à Honam. Le titre d’« Empereur de la Forêt Verte » ne lui avait pas été décerné pour une quelconque majesté royale : il était simplement le maître du mont Cheonja.
De nature vile et avide, c’était un homme prêt à commettre toutes les atrocités pourvu qu’il en tire profit.
Mais, récemment, la Bande du Dragon Volant s’était heurtée à lui et, après plusieurs défaites consécutives, son influence avait fortement décliné. À force de s’adonner aux femmes et à l’argent, ses arts martiaux, autrefois redoutables, n’étaient plus ce qu’ils avaient été.
« Bande d’impudents ! Avec la Carte au trésor, on pourrait mettre la main sur un trésor éternel, et vous comptiez tout garder pour vous ? »
Il cracha sur le cadavre de Song Byeok-chan et, de tous côtés, des acclamations retentirent.
« Allons-y, entrons ! »
Les héros rassemblés se ruèrent vers la Grotte de la Mort.
Mais une nouvelle pluie d’armes dissimulées s’abattit sur eux.
Frouich, frouich, frouich, frouich, frouich, frouich !
Les hommes en tête s’effondrèrent, touchés par la volée. Les bandits de la Forêt Verte leur barraient le passage, et l’Empereur de la Forêt Verte lui-même bloquait l’entrée.
« Qui vous a autorisés à entrer comme bon vous semble ? »
Son cri tonitruant glaça aussitôt l’atmosphère.
L’Empereur de la Forêt Verte déclara à la cantonade :
« Pour passer par ici, il faut payer un droit de passage. »
Tous le regardèrent, ébahis. Pourtant, dans cette ambiance, personne n’osa protester ouvertement.
L’un des héros demanda :
« Combien coûte le passage ? »
« Mille nyang par personne. Si vous n’avez pas d’argent, j’accepte des armes ou des objets de valeur équivalents. »
La foule s’agita. Mille nyang, c’était beaucoup trop cher pour entrer dans une grotte.
« Ce n’est pas un peu trop cher ? »
À leurs protestations, l’Empereur de la Forêt Verte répondit en les tentant :
« Vous renonceriez à la chance de gagner un trésor éternel pour économiser à peine mille nyang ? Faites comme bon vous semble. »
En réalité, il n’avait pas la moindre intention d’entrer lui-même dans la grotte.
Même s’il ne faisait payer que dix personnes, cela lui rapporterait dix mille nyang. Avec cent personnes, il en récolterait la somme colossale de cent mille. Et comme la foule ne cessait de grossir, ce chiffre n’avait rien d’impossible.
Telle était la vie dans la Forêt Verte : attendre des jours pour détrousser quelques dizaines ou quelques centaines de nyang. Il ne pouvait pas laisser passer pareille occasion.
La Bande du Dragon Volant finirait à coup sûr par l’écraser. Il comptait donc faire fortune une dernière fois, puis partir.
« La Forêt Verte a toujours perçu des droits de passage. Mais cette voie mène au rang de maître suprême, alors le tarif est élevé. Rien n’est gratuit en ce monde : payez le prix fort, et vous obtiendrez une belle récompense. »
En l’entendant, le Démon Lame du Ciel de Sang murmura soudain :
« Ce bandit n’est pas bête. »
Malheureusement, il prononça ces mots au moment précis où le vacarme s’apaisait brièvement, et l’Empereur de la Forêt Verte les entendit.
Le chef des bandits tourna brusquement la tête vers lui.
« Qui a dit ça ? »
La foule qui se tenait devant lui s’écarta, dévoilant Geommugeuk. La voix venait forcément de par là.
« C’était vous ? Celui qui débitait des bêtises à l’instant ? »
« Non, pas moi. »
Geommugeuk se décala en jetant un coup d’œil derrière lui.
« C’était ce monsieur, là. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang le regarda, abasourdi, tandis que Geommugeuk le dénonçait. La Suprême de l’Épée Tranchante arborait un large sourire ; elle avait l’air de se dire : « Comme prévu, le Jeune chef du Culte du Démon Céleste est de mon côté. »
L’Empereur de la Forêt Verte lança un regard noir au Démon Lame du Ciel de Sang et dit froidement :
« Vieil homme, tu as envie de mourir ? »
Tandis que Geommugeuk et la Suprême de l’Épée Tranchante souriaient de bon cœur, le Démon Lame du Ciel de Sang répondit avec calme :
« J’ai seulement dit que tu étais malin. Ne le prends pas trop mal. »
Comme l’autre s’était soumis si docilement, l’Empereur de la Forêt Verte ne laissa pas l’affaire en paix. Il fit quelques pas vers lui, décidé à servir d’exemple.
Le Démon Lame du Ciel de Sang n’avait laissé émaner aucune aura ; il avait donc semblé n’être qu’un vieillard chétif.
Pourtant, plus le chef des bandits s’approchait, plus le malaise le gagnait. Pourquoi ? À cause de ces yeux, peut-être ?
Mais il s’était déjà engagé. S’il reculait maintenant, tous ces regards avides qui l’observaient lui tomberaient dessus en un instant.
La Suprême de l’Épée Tranchante observait la scène avec satisfaction, persuadée d’avoir gagné leur pari. Quel que fût l’enjeu, il était impensable que le Démon Lame du Ciel de Sang laisse un homme pareil le toucher.
« Attends. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang l’arrêta et plongea la main dans sa robe.
L’Empereur de la Forêt Verte tressaillit et mobilisa sa force intérieure, prêt à riposter à une attaque soudaine.
Ce que le vieil homme sortit de sa poitrine fut une petite bourse.
L’Empereur de la Forêt Verte recula instinctivement d’un pas.
« Du poison ? »
Le Démon Lame du Ciel de Sang tira quelque chose de la bourse et le lui tendit.
« Voici mille nyang. »
Geommugeuk et la Suprême de l’Épée Tranchante se dévisagèrent, stupéfaits. Aucun des deux n’aurait imaginé que le Démon Lame du Ciel de Sang paierait réellement le droit de passage.
« Prends-les. »
Pris au dépourvu, l’Empereur de la Forêt Verte accepta le billet. Il était authentique.
« Puisque vous êtes le premier à avoir payé, je passerai l’insulte précédente. »
Maintenant que l’argent avait changé de mains, il ne pouvait ni le chasser ni le frapper. S’il voulait que les autres paient, il devait bien traiter le premier payeur.
« Très bien. Vous pouvez entrer. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang fit signe à ses deux compagnons.
« Qu’attendez-vous ? Entrez sans payer. »
Geommugeuk murmura à la Suprême de l’Épée Tranchante :
« Vous avez la Carte au trésor, n’est-ce pas ? Il essaie de gagner le pari pour ensuite vous la réclamer. »
Le regard qu’elle posa sur le Démon Lame du Ciel de Sang s’assombrit. « Qu’est-ce que vous voulez vraiment ? »
Le Démon Lame du Ciel de Sang demanda alors nonchalamment à l’Empereur de la Forêt Verte :
« Mais une chose m’intrigue. »
« Laquelle ? »
« Combien de temps comptes-tu rester ici ? »
L’Empereur de la Forêt Verte tressaillit et lui retourna la question.
« Pourquoi tu me demandes ça ? »
« Laisse tomber. J’étais simplement curieux. »
Sans raison apparente, l’humeur de l’Empereur de la Forêt Verte se gâta.
À cet instant, la Suprême de l’Épée Tranchante prit la parole.
« Je n’ai pas mille nyang sur moi. »
L’Empereur de la Forêt Verte la détailla des pieds à la tête.
Puisqu’elle accompagnait quelqu’un qui avait payé sans discuter, il supposa qu’elle n’avait rien de particulier. Et en voyant à ses côtés un jeune homme chargé de bagages, il ne se douta pas un instant qu’ils étaient des maîtres suprêmes.
Cette confiance mal placée lui fit prononcer des paroles qu’il aurait mieux fait de garder pour lui.
« Si tu n’as pas d’argent, je peux accepter autre chose. »
Le visage de la Suprême de l’Épée Tranchante, jusque-là impassible, se durcit sur-le-champ.
Sa vraie nature reprit aussitôt le dessus. Tant pis pour le pari : sa première envie fut de lui trancher le cou sur-le-champ.
C’est alors qu’elle le vit : la main du Démon Lame du Ciel de Sang se dirigeait vers le nœud qui retenait le Sabre qui éteint le Ciel. Il pouvait supporter qu’on l’insulte, mais pas qu’on s’en prenne à la Suprême de l’Épée Tranchante.
À cette vue, elle sourit et sa colère retomba d’elle-même. Avant qu’il ne défasse le nœud, elle prit la parole :
« Il y a trop de monde ici maintenant. Retrouvons-nous plus tard, au même endroit. Je vous offrirai alors un très beau cadeau. »
« Tu me prends pour un imbécile ? Qu’est-ce qui me garantit que tu ressortiras vivante ? »
La Suprême de l’Épée Tranchante lui adressa un regard lourd de sens.
« Ne vous inquiétez pas. J’ai une raison de devoir ressortir. »
L’Empereur de la Forêt Verte ignorait à quel point le Démon Lame du Ciel de Sang et la Suprême de l’Épée Tranchante désiraient le revoir.
À cet instant, une voix féminine, tranchante, retentit derrière eux.
« Tuez ce pervers. »
L’Empereur de la Forêt Verte se retourna, stupéfait. Une jeune femme se tenait là, à la tête d’un groupe de guerriers.
À son ordre, les combattants derrière elle bondirent tous à l’unisson.
L’Empereur de la Forêt Verte riposta à coups de poing, mais ne put résister à leur attaque coordonnée. Ces guerriers étaient bien plus forts que les membres de la Bande du Dragon Volant qu’ils avaient affrontés plus tôt.
Il fut tailladé et tué. Ses subordonnés, qui avaient auparavant fait pleuvoir les armes dissimulées, prirent la fuite sans se retourner : ils savaient exactement qui était cette femme.
L’unique fille du chef de la Bande du Dragon Volant…
L’Épée de la Lune froide Chu Yeon.
Au sein de la Bande du Dragon Volant, elle était connue pour sa cruauté envers ses ennemis.
Tandis que les hommes de l’Empereur de la Forêt Verte s’enfuyaient, certains des héros massés à l’entrée se précipitèrent dans la grotte. Avant même qu’elle ait pu les arrêter, ils s’y engouffrèrent tous.
Mais Chu Yeon ne fit rien pour les en empêcher. Elle les observa seulement de ses yeux froids et méprisants.
C’est alors que trois personnes, que son regard n’avait pas remarquées, entrèrent à leur tour.
Geommugeuk fouilla le cadavre de l’Empereur de la Forêt Verte et retrouva le billet que le Démon Lame du Ciel de Sang lui avait donné. Il était maculé de sang.
Il le glissa dans sa poche, puis tendit au Démon Lame du Ciel de Sang un billet neuf de mille nyang.
Mais le vieil homme tendit la main pour récupérer celui taché de sang.
« Garde le neuf. »
« Celui-ci me va très bien. »
Une idée traversa soudain l’esprit de Geommugeuk : peut-être le Démon Lame du Ciel de Sang considérait-il même ce billet maculé de sang comme un souvenir partagé avec la Suprême de l’Épée Tranchante.
Il le lui rendit.
C’est alors que…
« Quelle honte. »
Celle qui avait parlé d’un ton froid était Chu Yeon.
Geommugeuk et le Démon Lame du Ciel de Sang tournèrent les yeux vers elle.
« Quelle que soit la valeur de la Carte au trésor, céder aux menaces de bandits et payer, quand on est un guerrier… C’est honteux. Et fouiller un cadavre pour récupérer cet argent, c’est encore pire. »
Son regard méprisant s’attarda sur eux, mais Geommugeuk répondit :
« Vous vous trompez, mademoiselle. »
Le visage de Chu Yeon se durcit aussitôt. Un simple porteur avait osé lui dire qu’elle avait tort.
Geommugeuk regarda le Démon Lame du Ciel de Sang et poursuivit :
« L’Ancien a payé de son plein gré pour sauver tout le monde. »
Cette fois, le Démon Lame du Ciel de Sang tressaillit intérieurement. Sauver tout le monde ? À quel moment avait-il eu cette intention ?
« Si ces gens s’étaient rués à l’intérieur, ils auraient fini par s’entretuer. Mais puisque l’Ancien a payé, il a établi qu’il fallait payer pour entrer. Et mille nyang, c’est une fortune que la plupart des gens ici ne peuvent pas se permettre. Au bout du compte, l’Ancien leur a sauvé la vie. Cela aussi découle de sa compassion. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang s’éclaircit sèchement la gorge devant cette interprétation bien plus flatteuse que la vérité.
Chu Yeon allait balayer ces propos comme un sophisme tordu lorsque Geommugeuk fit mouche :
« Pourtant, même après qu’il les a épargnés, ils se sont tous précipités à l’intérieur. Vous auriez pu les arrêter, mademoiselle. Ou peut-être désiriez-vous, au fond, qu’ils entrent pour y mourir ? »
Le visage de Chu Yeon tressaillit. À sa grande surprise, cette pensée lui avait effectivement traversé l’esprit quelques instants plus tôt. Et qu’un homme portant des bagages comme un domestique l’ait devinée la mettait hors d’elle.
Des cris éclatèrent alors depuis l’intérieur de la grotte.
« Elle est là ! La Carte au trésor ! »
Des hurlements suivirent, puis le fracas des armes. Le vacarme s’éloigna bientôt dans les profondeurs.
« Vous devez entrer tout de suite », pressa l’un de ses subordonnés.
Chu Yeon acquiesça.
Avant de pénétrer dans la grotte, elle lança un regard glacial à Geommugeuk. Elle ne passa pas la main sur sa gorge, mais ses yeux disaient tout : recroise-moi, et tu es mort.
Après son entrée et celle de ses hommes, les trois compagnons s’engouffrèrent à leur tour dans la grotte. Le Démon Lame du Ciel de Sang, qu’on n’avait cessé de taquiner jusque-là, sourit d’un air satisfait.
« On dirait que tu seras le premier éliminé, Geom. »