Chapitre 350
Traducteur : FenrirTL
Éditeur/relecteur : Saphartlantis
Consultant en terminologie du Murim : Kopke
Chapitre 350 : J’ai une sacrée expérience en matière d’anéantissement
Pyo Gigwang comprit qu’il était temps de révéler le nom.
Enfin, le nom de celui qui tirait les ficelles lui échappa.
« Celui qui est venu me chercher, c’était Hwang Seokgyeong. »
— Hwang Seokgyeong ? Qui est-ce ?
— Un instructeur du Centre d’entraînement de l’Alliance des voies démoniaques.
Un nom tout à fait inattendu venait d’être prononcé.
Quand on rejoignait l’Alliance des voies démoniaques, on était d’abord envoyé au Centre d’entraînement de l’Alliance des voies démoniaques pour y recevoir l’éducation de base nécessaire à tout membre digne de ce nom. Ensuite, on était affecté à une organisation adaptée à son profil. 1
C’était là qu’on passait les évaluations officielles. Naturellement, les plus doués étaient affectés aux unités d’élite. Hwang Seokgyeong était justement instructeur dans ce centre.
La nouvelle était vraiment inattendue. Geommugeuk avait cru que le responsable était au moins chef de division, voire chef de branche ou même Ancien. Mais un instructeur chargé d’évaluer et d’affecter les combattants ?
La situation n’en paraissait que plus dangereuse.
« Vous avez fait confiance aux paroles d’un simple instructeur ? »
— Ce n’est pas un simple instructeur. Il est très doué, et tout le monde connaît l’Instructeur Hwang. C’est pour ça que je lui ai fait confiance.
En réalité, c’était précisément parce qu’il enseignait au Centre d’entraînement de l’Alliance des voies démoniaques que Pyo Gigwang lui avait fait confiance. Il lui avait semblé que quelqu’un à ce poste était tout désigné pour créer une organisation secrète. Et puisqu’il appartenait au centre d’entraînement, il paraissait naturel de supposer qu’il avait reçu l’autorisation de l’Alliance.
Pyo Gigwang regarda Geomyeon d’un air soulagé.
« Maintenant que vous connaissez son nom, vous pouvez sortir du piège. Allez prévenir le Jeune chef que c’est lui qui tirait les ficelles. Dites-lui aussi que j’accepterai ma punition sans protester. »
S’il était reconnu coupable d’avoir comploté une rébellion, il passerait le reste de ses jours en prison.
Pyo Gigwang leva les yeux au ciel. La pluie, qui s’était abattue avec violence, commençait à faiblir.
« Alors, c’est fini. »
Il avait l’impression d’être libéré d’un poids, mais cela lui inspirait aussi une colère étrange. C’était sa vie, il aurait dû la mener comme il l’entendait ; pourtant, quelqu’un d’autre l’avait complètement manipulé.
Il ne pouvait pas se venger directement, cela dit. Il n’allait tout de même pas battre l’Instructeur Hwang de ses propres mains.
Geomyeon prononça alors des paroles inattendues.
« Cet homme n’est probablement qu’un subalterne. »
— Un simple subalterne ?
— C’est ce qu’a dit le Maître de la Porte de l’Épée Fluide. Quelqu’un, au sein de l’Alliance, a reçu des avantages — des pots-de-vin. L’Instructeur Hwang a beau être doué et connu de tous, il n’a pas le pouvoir d’obtenir ces avantages de la Porte de l’Épée Fluide. 2
À présent qu’il l’entendait, cela avait du sens. Comment ce jeune combattant avait-il compris quelque chose qui ne lui avait même pas traversé l’esprit ?
— Nous devons découvrir qui se trouve vraiment derrière lui.
Il avait cru que connaître l’identité de l’Instructeur Hwang était un secret de taille, mais il s’avérait que même lui n’était qu’un pion sacrifiable, agissant sur les ordres de quelqu’un d’autre.
Si c’était le cas — si l’on apprenait que l’identité de l’Instructeur Hwang avait été découverte — enverrait-on aussi un assassin contre lui ?
« Il y a un autre problème. »
Geomyeon avait repéré ce qui lui avait échappé.
— Avez-vous une preuve que l’Instructeur Hwang a confié cette mission au chef de division ? Une lettre secrète qu’il aurait écrite lui-même, ou un témoin qui l’aurait entendu donner l’ordre ?
Pyo Gigwang secoua la tête. Une telle preuve ne pouvait pas exister.
— Dans ce cas, l’Instructeur Hwang niera catégoriquement avoir donné un tel ordre.
C’était probable. Il était même allé jusqu’à envoyer un assassin pour le tuer. Maintenant que les faux-semblants ne servaient plus à rien, quelle conscience le pousserait à avouer la vérité ?
Quant à lui, il vivait comme un homme brisé. Qui croirait-on : l’Instructeur Hwang ou lui ? Inutile même d’aller jusqu’au procès, le résultat était évident.
« Alors, cela signifie qu’on ne pourra pas l’arrêter ? »
— Non, nous devons l’arrêter.
— Comment ?
— Nous devons le pousser à reconnaître lui-même qu’il a donné l’ordre. Et découvrir aussi qui tire vraiment les ficelles.
— Et comment allons-nous nous y prendre ?
Geomyeon sembla réfléchir un instant, puis répondit :
« S’il est traîné devant le Jeune chef, il ne parlera jamais. »
C’était évident. S’il avait créé une organisation clandestine sans l’accord de l’Alliance, il risquait l’exécution. Il n’aurait aucune raison de parler.
Geomyeon observa Pyo Gigwang en silence.
« Ne me dites pas que… nous devrions le rencontrer tous les deux ? »
— Non.
Geomyeon prononça alors des paroles tout à fait inattendues.
« Le chef de division doit le rencontrer seul. »
Pyo Gigwang en resta stupéfait.
— S’il ne le rencontre pas seul, il ne dira jamais la vérité.
— Il va essayer de me tuer.
— Je me cacherai dans les environs et je veillerai sur vous.
Pyo Gigwang ne s’était pas attendu à une telle proposition de la part de Geomyeon. Ce jeune combattant n’avait décidément jamais agi comme il l’aurait prévu.
« Donc, vous allez vous cacher hors de vue de l’Instructeur Hwang et, s’il essaie de me tuer, vous surgirez pour me sauver ? »
— C’est ça. Vous devez le pousser à reconnaître qu’il a donné l’ordre. Et s’il révèle qui se trouvait derrière lui, tant mieux.
Pyo Gigwang se sentit mal à l’aise. Pour ne pas se faire repérer par l’Instructeur Hwang, Geomyeon devrait rester assez loin. Si Hwang tentait soudain de le tuer, aurait-il le temps d’intervenir ?
Une autre pensée lui vint alors. Et s’il mourait de la main de l’Instructeur Hwang ? De toute façon, il était censé mourir aujourd’hui.
Oui, c’était l’occasion d’affronter ce salaud. Il le ferait avouer et payerait pour ses crimes, d’une manière ou d’une autre. Il ne serait pas seul. 3
Pyo Gigwang regarda Geomyeon un instant.
La veille encore, lors de leur première rencontre, il n’aurait jamais imaginé lui révéler l’identité du responsable. Pas plus qu’il n’aurait pensé que ce jeune homme finirait par lui sauver la vie à plusieurs reprises.
Et surtout, il lui était reconnaissant d’avoir enfin écouté son histoire.
« Très bien. Faisons comme ça. »
Le ciel lui-même semblait reconnaître sa résolution : la pluie cessa, et bientôt les rayons du soleil percèrent les nuages.
— Allez, en route.
Pyo Gigwang s’avança d’un pas décidé. Geomyeon lui lança :
— C’est par là, pour descendre.
Pyo Gigwang changea de direction et prit le chemin indiqué.
Il avait l’air un peu gêné, et Geomyeon l’accueillit avec un grand sourire.
« Ne souris pas si fort, tu veux ? À force, la mort va finir par me faire peur. »
* * *
Hwang Seokgyeong s’avançait au loin.
Pyo Gigwang attendait devant ses quartiers, le cœur tendu. C’était la première fois qu’il venait le voir directement. L’Instructeur Hwang serait sûrement surpris de le trouver là.
Fouit.
À peine eut-il perçu le souffle du vent qu’il se retrouva perché dans un arbre. Quelqu’un l’avait emporté dans les airs. En un instant, ses points vitaux avaient été neutralisés.
Celui qui l’avait maîtrisé et emmené dans l’arbre était Geomyeon.
Il lui fit signe de se taire.
« Mais qu’est-ce qui se passe, bon sang ? »
Quelques instants plus tôt, Geommugeuk s’était montré si sûr de lui. Il avait promis de le protéger quoi qu’il arrive et lui avait dit de ne pas s’inquiéter.
« Pourquoi ce revirement, tout à coup ? »
Hwang Seokgyeong bondit alors dans les airs et atterrit non loin d’eux.
L’arbre où se trouvaient les deux hommes était désormais vide. Après avoir inspecté les alentours, Hwang Seokgyeong redescendit et regagna ses quartiers.
À ce moment-là, Geommugeuk et Pyo Gigwang étaient déjà loin.
Ce ne fut qu’une fois à bonne distance des quartiers de Hwang Seokgyeong que Geomyeon libéra les points vitaux de Pyo Gigwang.
« Qu’est-ce qui vous a pris ? »
Pourquoi, en effet ? Parce qu’il avait reconnu un visage familier.
Geommugeuk avait observé Hwang Seokgyeong de loin grâce à la Nouvelle Technique de l’Œil. Il avait immédiatement compris qui il était vraiment. Ce n’était pas un simple subalterne.
C’était l’un des Douze Rois du Zodiaque, et plus précisément l’un des Trois Rois.
Le Roi des Batailles, Cheonnya. 4
À l’époque où les Douze Rois du Zodiaque régnaient sur le monde martial, le Roi des Batailles était considéré comme un dieu du combat. Il adorait se battre et détestait perdre. D’innombrables maîtres martiaux avaient péri de sa main. 5
C’était un homme qui avait mis sa vie en jeu pour le combat. Sa puissance martiale figurait parmi les trois plus élevées des Douze Rois du Zodiaque. Certains le disaient premier, d’autres troisième. La rumeur voulait même que son rêve fût de vaincre Hwa Moogi.
Le Roi des Batailles vivait désormais sous le nom de Hwang Seokgyeong et servait comme simple instructeur au Centre d’entraînement de l’Alliance des voies démoniaques. Et c’était lui qui se trouvait au cœur du complot.
« Cet homme n’est pas un poisson qu’on attrape avec un filet ordinaire. »
Pyo Gigwang ne pensait déjà plus à Hwang Seokgyeong.
« Vous ne faites pas partie des Treize Loups de l’Alliance des voies démoniaques, n’est-ce pas ? »
Geommugeuk eut un léger sourire.
— Maintenant, c’est votre identité qui m’intrigue davantage que la sienne.
— Si je vous révèle qui je suis, cela pourrait causer votre anéantissement. Vous êtes sûr de le vouloir ? 6
— Ne vous inquiétez pas. J’ai une sacrée expérience en matière d’anéantissement.
Après cet échange d’humour pince-sans-rire, Geommugeuk révéla sa véritable identité.
« Je suis Geommugeuk, le Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
Pyo Gigwang se figea un instant. D’ordinaire, il aurait ricané : « Tu parles ! Quelle absurdité ! » puis aurait écarté cette idée sans y réfléchir davantage.
« Vous êtes vraiment le Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
Il en était certain. Cet homme était le Jeune chef du Culte du Démon Céleste. Tout ce qui lui avait paru exceptionnel chez lui prenait soudain sens avec cette simple présentation. Même la raison pour laquelle il n’était pas mort.
Le choc le submergea ensuite.
Celui qui l’avait écouté avec tant d’attention était le Jeune chef du Culte du Démon Céleste ? Celui qui lui avait sauvé la vie était vraiment le Jeune chef du Culte du Démon Céleste ?
« Que fait le Jeune chef du Culte du Démon Céleste ici ? »
Sa voix tremblait.
— Je règle cette affaire avec votre Jeune chef.
Même après lui avoir révélé son identité, Geommugeuk continua de le traiter avec respect.
— Alors… qu’est-ce qui va m’arriver ?
Allait-il être emmené au Culte du Démon Céleste ? La menace d’anéantissement pour avoir découvert l’identité de quelqu’un n’était donc pas une plaisanterie ?
« Que voudriez-vous qu’il vous arrive ? »
Il n’avait pensé qu’à mourir. Jamais il ne s’était demandé à quoi pourrait ressembler la suite de sa vie.
— Prenez le temps d’y réfléchir.
Et la première chose qui vint à l’esprit de Pyo Gigwang fut…
« Je veux recommencer ma vie. »
Il voulait tout laisser derrière lui et repartir de zéro.
— Mais mes péchés sont trop grands…
En somme, il avait aidé ceux qui avaient trahi l’Alliance, portant atteinte à l’organisation à laquelle il avait consacré toute sa loyauté.
Geommugeuk le fixa avec intensité, puis prononça une phrase incompréhensible.
« Vous savez bien masser les épaules ? »
* * *
« Aaaah ! »
Pyo Gigwang hurla, juché sur le dos de Geommugeuk. Avant même de s’en rendre compte, ils étaient arrivés quelque part.
Le Pas de la Lumière Stellaire de Geommugeuk avait dépassé la Grandeur des Dix Étoiles pour atteindre le royaume des Onze Étoiles. Il allait si vite que le paysage alentour n’était qu’une traînée floue, et qu’on avait l’impression de tomber sans cesse d’une falaise.
« Ça ne peut être qu’un rêve. »
C’était la seule chose à laquelle il pouvait penser. Quel que soit son niveau, aucun artiste martial ne pouvait se déplacer aussi vite, surtout en portant quelqu’un.
Il ne se rendait pas compte d’une chose : même en courant, Geommugeuk diffusait son énergie interne afin que Pyo Gigwang puisse voyager confortablement sur son dos. Sans cela, aucune personne ordinaire n’aurait supporté une telle vitesse. *
Ils arrivèrent devant un manoir.
Sur l’enseigne au-dessus de l’entrée, on pouvait lire « Geukrakwon ». Le « won » ne désignait pas un jardin, un domaine ou un manoir, mais le caractère signifiant « souhait », comme dans « souhait de paradis ». 7
C’était l’endroit où ils s’étaient rendus lorsque Seo Daeryong avait été blessé. Là où Geommugeuk était devenu immunisé contre tous les poisons.
Quand ils entrèrent dans la cour, une vieille femme sortit et demanda :
« Qui avez-vous ramené sur votre dos, cette fois ? »
C’était le Docteur des Insectes, la propriétaire des lieux. Elle avait toujours un bandage autour du bras et se massait l’épaule comme si elle la faisait souffrir.
« Docteur ! Vous m’avez manqué. »
Geommugeuk accourut et la serra chaleureusement dans ses bras.
— Qu’est-ce que tu fais ? Tu n’as pas honte ?
— Quoi d’autre ? Je suis simplement heureux de te revoir.
Il était vraiment ravi de la revoir après tout ce temps.
« Tu as encore progressé depuis la dernière fois. »
Grâce à sa grande connaissance des arts martiaux, elle pouvait voir d’un coup d’œil les progrès de Geommugeuk.
— C’est grâce à toi, grande sœur.
À l’entendre l’appeler « grande sœur » sur un ton taquin, elle secoua la tête d’un air incrédule. Pourtant, elle était sincèrement heureuse de le revoir après si longtemps.
Elle avait beau ne rien laisser paraître, sa joie de revoir Geommugeuk dépassait même la sienne.
« Et qui est ce pauvre hère ? »
À la seule vue de son visage, elle semblait deviner la vie qu’avait menée Pyo Gigwang.
Geommugeuk le présenta :
— Voici Pyo Gigwang, qui a autrefois dirigé la division du Dragon Noir de l’Alliance des voies démoniaques. Allez, présentez-vous. Voici le Docteur des Insectes, une très belle dame.
Pyo Gigwang avait lui aussi entendu parler d’elle.
« Si c’est bien le Docteur des Insectes, c’est la guérisseuse réputée si habile avec les insectes qu’elle peut soigner toutes sortes de maladies et même ramener les gens du seuil de la mort ? »
Il avait cru qu’elle n’était qu’un personnage de légende. Découvrir que le fameux Docteur des Insectes existait bel et bien était donc une surprise. Mais alors, pourquoi Geommugeuk l’avait-il amené ici ?
« Vous avez sûrement entendu d’autres rumeurs à mon sujet ? »
À la question de Geommugeuk, Pyo Gigwang jeta un coup d’œil à la vieille femme sans parvenir à répondre.
Le Docteur des Insectes prit elle-même la parole.
« On dit que j’aime tellement l’argent qu’on me traite d’avare, pas vrai ? »
Geommugeuk dit la vérité :
— Elle a utilisé cet argent pour aider des enfants abandonnés. Elle leur envoie de quoi manger, les inscrit à l’école et les envoie dans des centres d’entraînement. Elle leur ouvre une voie pour vivre, puis les laisse partir dans le monde. Elle a consacré toute sa vie à prendre soin des orphelins.
— J’ignorais que vous étiez une si grande personne.
Pyo Gigwang la salua d’un salut martial plein de respect.
« Mais pourquoi m’avoir amené ici ? »
— Vous avez dit que vous saviez masser les épaules, non ? Le Docteur des Insectes souffre souvent des membres et a besoin qu’on lui masse les épaules.
Geommugeuk lui proposait ainsi de devenir son disciple et de recommencer sa vie ici. 8
— Qu’il fasse ses preuves pendant une période d’essai. S’il ne vaut rien, tu pourras le donner en pâture aux insectes.
— Tu n’aurais pas pu m’amener un type plus jeune ?
— Allons, quel jeune accepterait de rester dans un coin perdu pareil, de nos jours ? Et puis, il est plus jeune qu’il n’en a l’air.
Pyo Gigwang ne parvint pas à protester : « Qu’est-ce qu’il a, mon visage ?! » Après tout, on l’avait souvent traité de vieux avant l’âge.
Le Docteur des Insectes s’assit sur un rocher.
« Viens ici et essaie de me masser les épaules. »
Le cœur encore embrumé, Pyo Gigwang s’approcha et se mit à lui masser les épaules. Ses os étaient si petits et délicats que cela en devenait presque pitoyable.
Elle poussa un soupir de soulagement, puis dit à Geommugeuk :
« Alors, tu ne m’as pas oubliée. »
— Comment pourrais-je jamais t’oublier, grande guérisseuse ?
Elle fut profondément émue. Elle avait cru n’avoir été pour lui qu’une rencontre passagère.
Mais Geommugeuk ne l’avait pas oubliée. Il était revenu la voir, et lui avait même amené un disciple. En ces temps où il était particulièrement douloureux de se sentir oublié…
« Je crois qu’il est temps que je parte. »
— Reste d’abord manger quelque chose.
— Mon adversaire ne sera pas facile. Cette fois, c’est peut-être moi qu’on ramènera sur son dos.
Leurs regards se croisèrent. Ne te blesse pas. L’inquiétude du Docteur des Insectes se lisait dans ses yeux.
— Si c’est si grave pour toi, l’ennemi doit déjà être à moitié dans l’au-delà.
— Comme prévu ! Tu es la seule à reconnaître ma vraie valeur, Docteur !
Tandis qu’ils plaisantaient, Pyo Gigwang se perdit dans ses pensées.
Avouer en une seule journée la vérité sur le cerveau du complot… et devenir tout à coup le disciple du Docteur des Insectes : la vie pouvait-elle changer aussi radicalement, aussi vite ?
Son regard croisa alors celui de Geommugeuk. Les yeux clairs et profonds, ce dernier lui dit :
« Que ce soit le Culte du Démon Céleste ou l’Alliance des voies démoniaques, nous devrions au moins protéger les enfants. »
À cet instant, Pyo Gigwang comprit pourquoi Geommugeuk l’avait amené ici. Ce n’était pas seulement pour le Docteur des Insectes, c’était aussi pour lui.
Le Docteur des Insectes avait consacré toute sa vie aux orphelins.
À l’inverse, Pyo Gigwang avait été chargé de livrer à l’Alliance des voies démoniaques les enfants enlevés par la Bande du Serpent Noir. Il n’avait pas commis le crime lui-même, et il ignorait qu’ils avaient été kidnappés avant que le Jeune chef ne le lui apprenne, mais il ne pouvait pas non plus se prétendre innocent.
Voilà pourquoi Geommugeuk l’avait amené ici : pour qu’il serve le Docteur des Insectes et expie ses fautes. Pour qu’il vive une seconde vie en ces lieux.
À celui qui aurait dû passer le reste de ses jours dans une prison froide et sombre, Geommugeuk avait offert une nouvelle vie. Une vie qui aurait déjà dû prendre fin sans lui.
La culpabilité et la gratitude s’entremêlèrent. Une tempête d’émotions indescriptibles lui déchira la poitrine. Et toutes ces émotions finirent par se concentrer en une seule chose, qui s’écoula vers le bas.
Ploc.
Une larme tomba.
Pyo Gigwang en fut bouleversé. Il n’avait jamais pleuré de sa vie. Pas même quand on lui avait annoncé qu’il ne pourrait plus jamais pratiquer les arts martiaux. Pas même face à la mort.
Mais cette fois, il pleura. Pourquoi moi ? Pourquoi m’offrir une telle chance, à moi ? À moi qui n’ai fait que me laisser manipuler par les autres, comme un idiot.
Pris de court, il essuya la larme de sa manche, mais Geommugeuk n’était déjà plus qu’un point à l’horizon. Il était parti avant même qu’il ait pu le remercier.
Les paroles que Geommugeuk avait prononcées lors de leur première rencontre lui revinrent une dernière fois à l’esprit.
— Quand notre rencontre sera terminée, je disparaîtrai comme une fumée.
« Merci, Jeune chef. »
La larme qui venait de tomber avait atterri sur la nuque du Docteur des Insectes.
Sentant sa chaleur, elle cria d’une voix forte :
« Espèce de vaurien ! Si tu ne veux pas finir en nourriture pour les insectes, tu ferais mieux d’appuyer plus fort ! »
1 : Dangereux. Un tel poste lui permettrait de choisir les membres du complot. Et s’il n’a pas été démasqué toutes ces années, c’est qu’il est très doué.
2 : Mugeuk est bien plus malin que moi. J’aurais cru qu’il était le dernier maillon avant les cerveaux du complot, et pas encore un autre pion.
3 : Allez !!! Tu peux le faire !!!
4 : Incroyable, Mugeuk s’est trompé pour une fois… Et moi, j’ai eu raison pour une fois !!! Pourquoi ai-je autant de chance, tout à coup ? confusion
5 : Un dingue du combat. Le pire genre, celui qui ne s’arrête pas avant d’avoir tué son adversaire.
6 : Ici, les symboles employés sont les mêmes que pour l’Anéantissement humain, vous savez, les Quatre Fiends démoniaques de l’Art démoniaque des Neuf Calamités.
7 : Hééé, ça faisait longtemps ^^ Trop content de revoir cette vieille grincheuse ^^
8 : Il lui avait promis de lui amener un disciple au chapitre 167 ^^ Cela dit, c’est drôle qu’un homme impliqué dans un réseau de trafic d’enfants finisse par devenir le disciple de quelqu’un qui a consacré sa vie à s’occuper des orphelins. Pour sa défense, il ignorait qu’ils avaient été kidnappés.
* : Je voulais développer l’idée qu’à une telle vitesse, le mur de vent fouettant leur visage les priverait d’air, mais je me suis rendu compte d’une chose.
Si le Pas de la Lumière Stellaire obéissait constamment aux lois de la physique, Mugeuk provoquerait un bang supersonique à chaque course, ce qui ruinerait toute tentative de discrétion.
Pourtant, Hwang Seokgyeong/Cheonnya ne les a clairement pas vus partir.
Cela signifie que le Pas de la Lumière Stellaire crée peut-être autour de Mugeuk une bulle d’espace déformée, soustraite aux lois physiques habituelles, comme un moteur à distorsion.
La puissance et la vitesse théoriques du Pas de la Lumière Stellaire dépassent donc de loin tout ce que nous avions imaginé jusque-là.
Avec un tel pas, Mugeuk pourrait théoriquement aller dans l’espace et mériter vraiment son nom de Pas de la Lumière Stellaire. Mais cela le tuerait sur-le-champ : les radiations sans protection, la décompression explosive, l’asphyxie et le froid absolu l’achèveraient. Je suis donc presque certain que ça n’arrivera pas. En outre, courir vite sur une planète n’a rien à voir avec courir vite entre des systèmes solaires, et encore moins entre des planètes. Le trajet prendrait des années, et s’il épuisait son énergie interne en chemin, il mourrait.
Mais rien que cette possibilité, c’est fou.
Ça me rappelle qu’il faut aussi que je lise Cosmic Heavenly Demon 3077 ^^