Chapitre 335
Traducteur : FenrirTL
Relecture/contrôle qualité : Saphartlantis
Consultant en terminologie du Murim : Kopke
Chapitre 335 : Nous ouvrons une taverne devant le Culte du Démon Céleste
Alors que nous étions sur le point d’arriver chez nous, Yang In attrapa Jo Chunbae par la manche.
« Mon chéri. »
« Qu’y a-t-il, mon cœur ? »
— Rentre simplement. Je m’occupe de cette affaire. Va t’occuper de la taverne.
Il était le gendre aîné d’une famille pauvre, avec une belle-mère veuve et deux filles. Il avait endossé le rôle d’un fils et s’était chargé de toutes les affaires de la famille jusque-là. C’était aussi Jo Chunbae qui avait arrangé le mariage de sa belle-sœur.
Mais jamais encore ils n’avaient eu affaire à des artistes martiaux. Un mauvais pressentiment ne la quittait pas. Elle avait peur qu’il arrive quelque chose à son mari.
— Comment comptes-tu t’y prendre ? Ne dis pas de bêtises, allons-y.
Jo Chunbae reprit sa marche.
— Ça fait longtemps que je ne suis pas venu. Je devrais vraiment passer plus souvent.
Tenir la taverne l’empêchait de rendre visite à sa belle-mère aussi souvent qu’il le souhaitait. Heureusement, sa belle-sœur et son mari habitaient tout près ; ils pouvaient donc s’acquitter de leurs devoirs filiaux en envoyant de quoi subvenir à ses besoins. 1
À leur arrivée, Yoon, sa belle-mère, accourut pour accueillir Jo Chunbae.
« Gendre Jo ! »
Ses mains décharnées et ridées avaient quelque chose de pitoyable.
— Vous avez dû avoir du mal à venir jusqu’ici.
Elle avait toujours pris soin de son gendre avant sa propre fille, depuis le jour même de leur mariage. C’était sa manière à elle d’aimer sa fille.
— Maman !
Yang In serra sa mère dans ses bras. En si peu de temps, celle-ci avait beaucoup trop maigri.
Sa petite sœur, Yang Seon, se trouvait dans la maison. Elle avait tant pleuré que ses yeux étaient complètement gonflés, au point qu’on la reconnaissait à peine.
« Belle-sœur. »
— Beau-frère.
À peine eut-elle vu Jo Chunbae et Yang In qu’elle éclata en sanglots.
Yang In s’approcha et prit sa sœur dans ses bras.
Un coursier leur avait appris les grandes lignes de l’affaire. Jonghak, le mari de Yang Seon, travaillait comme porteur pour le Bureau d’escorte du Dragon Jaune. Selon les rumeurs, on l’avait surpris en train de voler des marchandises pendant une escorte.
— Où est Frère Jong ?
— Ils le retiennent au bureau d’escorte. Le guerrier d’escorte a dit… qu’ils allaient lui couper les deux mains devant tout le monde…
Yang Seon ne put poursuivre et fondit de nouveau en larmes.
Jo Chunbae et Yang In en restèrent stupéfaits.
— Lui couper les mains ?
Jo Chunbae avait compris dès leur arrivée que cette affaire n’avait rien d’ordinaire.
Les bureaux d’escorte ne plaisantaient pas avec les vols commis en interne. Ils devaient déjà se méfier des nombreux bandits ; si leurs propres hommes se mettaient à voler, tout le système s’effondrerait.
C’était précisément pour cette raison qu’ils avaient fermé la taverne et s’étaient précipités ici.
Mais lui couper les deux mains ? C’était la punition la plus extrême. Qu’avait-il donc essayé de voler ?
— Sœur, beau-frère, vous savez bien qu’il n’est pas du genre à voler, n’est-ce pas ? On l’a piégé.
Ils le savaient. Le Jonghak qu’ils connaissaient n’aurait jamais fait une chose pareille. Il y avait forcément autre chose derrière cette histoire.
Désespérée, Yang Seon supplia son beau-frère :
— Beau-frère, tu ne tiens pas une taverne près du Culte du Démon Céleste ? Tu connais quelqu’un là-bas ? Si un membre du culte intervenait, peut-être pourrait-il innocenter mon mari ?
Des connaissances ? Il en avait beaucoup. Il connaissait le Jeune chef du Culte du Démon Céleste, le Seigneur du Pavillon des Enfers, le Commandant de l’Armée démoniaque, le chef du Corps des Ombres hantées, et même les Suprêmes Démoniaques. Il connaissait aussi le Démon Céleste en personne.
Mais aucun d’eux ne pouvait l’aider dans cette affaire. C’étaient tous des invités de marque qu’il n’avait appris à connaître que grâce au Jeune chef du Culte du Démon Céleste. En temps normal, il n’aurait même pas osé les regarder dans les yeux.
La seule personne à qui il pouvait éventuellement demander de l’aide sans trop de gêne, c’était Geommugeuk. C’était vraiment un homme à part. Mais Geommugeuk était parti dans les Terres Sauvages et n’était pas là pour le moment.
Et il ne pouvait pas demander à de simples membres du culte, des habitués de la Taverne du Vent Flottant, de faire tout ce chemin jusqu’à sa ville natale pour régler l’affaire. Ils n’étaient pas assez proches ; et même si l’un d’eux acceptait de l’aider, ce n’était pas un problème qu’un membre de rang inférieur pouvait résoudre.
Comme son mari s’enfonçait dans ses pensées, Yang In réprimanda sa sœur :
— Qu’est-ce que tu racontes ? « S’il connaît quelqu’un » ? Et si ça empirait les choses ?
— Non… Pardon, unni. J’ai parlé sous le coup de la frustration. Ne t’inquiète pas, beau-frère.
— Ce n’est rien, belle-sœur. Je comprends.
Qu’est-ce qu’on ne pouvait pas dire dans un moment pareil ?
Jo Chunbae se leva.
— Je vais au bureau d’escorte.
Yoon lui saisit la main, les larmes aux yeux.
— Je suis désolée de vous causer tant de soucis.
— Ne dites pas ça, je vous en prie. Il s’agit de Frère Jong. Attendez ici, je vais m’en occuper et revenir.
Jo Chunbae sortit. Sa femme, Yang In, le suivit.
— Je viens avec toi, mon chéri.
— Ça va. Attends ici.
— Je suis désolée.
— Arrête de t’excuser.
À bien réfléchir, c’était plutôt lui qui lui devait des excuses pour toutes les épreuves qu’elle avait traversées à ses côtés. Même quand il n’avait pas un sou, elle lui avait fait confiance et l’avait soutenu malgré toutes les difficultés.
— Fais attention. Ne prends pas de risques. Frère Jong compte beaucoup pour moi, mais toi, tu comptes davantage. Tu comprends ?
Elle avait mauvaise conscience de le dire, surtout alors que sa sœur pleurait à l’intérieur, mais c’était la vérité. Elle n’arrivait même pas à imaginer une vie sans son mari.
* * *
Jo Chunbae s’approcha de l’entrée du Bureau d’escorte du Dragon Jaune et salua poliment le garde de faction.
« Bonjour. »
— Qui êtes-vous ?
— Je suis le beau-frère de Jonghak.
À voir le visage du guerrier d’escorte se durcir légèrement, il comprit qu’il connaissait Jonghak.
— Vous ne pouvez pas le voir pour le moment.
— Je comprends. Vous devez avoir froid, planté là dehors. Tenez, prenez ceci.
Il lui tendit de la nourriture et de l’alcool soigneusement emballés dans du papier. Il s’était arrêté à la taverne en chemin pour les prendre.
— Je ne peux pas accepter ça.
La délicieuse odeur chatouilla les narines du guerrier d’escorte. C’était le genre de plat d’accompagnement que les artistes martiaux appréciaient le plus avec leur alcool.
— Gardez-les pour votre relève. Vous n’avez qu’à les laisser là, derrière le pilier.
Jo Chunbae posa la nourriture et l’alcool derrière le pilier. Il connaissait bien les artistes martiaux et s’y prit avec adresse, sans lui laisser l’occasion de refuser.
— Je vous serais reconnaissant de me dire s’il va bien. C’est un membre de ma famille ; je dois savoir s’il est vivant.
Devant sa supplication sincère, le guerrier d’escorte ne parvint pas à le rejeter sèchement.
— Il n’est pas encore mort, alors ne vous inquiétez pas.
— J’ai entendu dire qu’ils allaient lui couper les mains.
Lui couper les deux mains revenait à le tuer. Sans arrêter l’hémorragie et le soigner immédiatement, il mourrait avant même d’atteindre un médecin. Et même s’il survivait par miracle, quelle vie aurait-il ensuite ?
— S’il a commis un crime, il doit être puni.
— Oui, bien sûr. Je suis d’accord. Alors… quand la punition sera-t-elle exécutée ?
— Dans six heures. Ils rassemblent les habitants pour qu’ils assistent à l’exécution. 2
Six heures ? La vue de Jo Chunbae s’assombrit. Il ne lui restait presque plus de temps ; c’était bien trop peu.
— Bon, ça suffit. Vous devriez partir.
— Guerrier d’escorte, laissez-moi au moins le voir. Juste une fois, pour apercevoir son visage.
Jo Chunbae lui montra discrètement le bon de paiement qu’il avait préparé et glissé dans sa manche : il valait trente nyang.
C’était beaucoup trop d’argent pour accepter de laisser quelqu’un jeter un coup d’œil à un prisonnier. Mais Jo Chunbae le savait : quand on recourait à un pot-de-vin, il fallait offrir une somme difficile à refuser.
— Je ne suis pas le seul à monter la garde ici.
Autrement dit, il lui faudrait aussi partager l’argent.
— Si vous m’y autorisez, je donnerai dix nyang à l’autre garde et trente nyang à vous. Je vous en prie, laissez-moi seulement voir son visage.
Le guerrier d’escorte ouvrit la porte et jeta un coup d’œil prudent à l’intérieur.
— Suivez-moi. Payez d’abord.
— Je vous donnerai l’argent à l’intérieur.
Le guerrier d’escorte fronça les sourcils, clairement mécontent, mais la cupidité s’était déjà emparée de lui.
Jo Chunbae le suivit à l’intérieur.
Le guerrier d’escorte dit quelques mots à l’homme qui gardait l’entrepôt, puis fit signe à Jo Chunbae, qui attendait derrière un arbre.
— Juste un instant.
Jo Chunbae lui remit les quarante nyang qu’il avait préparés dans son manteau, puis entra dans le bâtiment.
À l’intérieur, Jonghak gisait au sol, étroitement ligoté. Son visage et son corps étaient dans un état lamentable : il avait manifestement été torturé.
Malgré les secousses, il peinait à reprendre ses esprits.
— Frère Jong.
Après l’avoir secoué plusieurs fois, il finit par ouvrir les yeux.
— Hyung-nim ? Hyung-nim !
— Tu vas bien ?
— Hyung-nim !
Des larmes d’indignation ruisselèrent de ses yeux.
— Je n’ai rien volé ! On m’a piégé !
Sa voix commençait à monter, mais Jo Chunbae lui plaqua vite une main sur la bouche.
— Chut. Mais pourquoi t’auraient-ils piégé ?
— J’ai vu quelque chose que je n’aurais pas dû voir.
Il allait en dire davantage quand le guerrier d’escorte revint et attrapa Jo Chunbae pour le tirer presque de force vers la sortie.
— Vous devez partir. Mon collègue arrive pour prendre la relève.
Il le raccompagna jusqu’à l’entrée du Bureau d’escorte du Dragon Jaune.
— Si vous soufflez un mot de tout ça, vous êtes mort.
C’était une menace à propos du pot-de-vin.
— Maintenant, fichez le camp.
Jo Chunbae quitta le Bureau d’escorte du Dragon Jaune.
Il avait le cœur lourd. Si Jonghak avait vraiment volé quelque chose, il aurait peut-être pu empêcher qu’on lui coupe les mains en soudoyant quelqu’un, comme il venait de le faire. Mais si tout cela faisait partie d’un complot ?
Jo Chunbae loua rapidement une charrette et prit la route.
Il se rendait à une antenne locale du Culte du Démon Céleste, située à environ trois heures de charrette de la maison de sa belle-famille.
C’était une petite antenne, mais malgré cela, le membre du culte qui montait la garde à l’entrée était autrement plus intimidant que celui du bureau d’escorte.
Le cultiste le dévisagea froidement de la tête aux pieds. Avant qu’il ait pu dire quoi que ce soit, Jo Chunbae se présenta avec la plus grande déférence.
« Je m’appelle Jo Chunbae et je tiens une taverne juste en face du siège principal du Culte du Démon Céleste. »
— Et alors ?
— Je souhaite rencontrer le chef de cette antenne.
— Pour quelle raison ?
— J’ai quelque chose que je dois lui dire en personne…
Chling.
Sans un mot, le cultiste dégaina son épée.
— Ouah !
Jo Chunbae poussa un cri. Il crut qu’on allait le poignarder, mais, heureusement, la lame se contenta de se pointer sur sa gorge.
— Un tavernier qui veut rencontrer le chef d’antenne ? Qu’est-ce que tu peux bien lui vouloir ?
— Mon beau-frère a été victime d’une injustice… Je suis venu demander l’aide du chef d’antenne.
— T’es fou. Dégage.
Les mots « Je viens de la part du Jeune chef du Culte du Démon Céleste » lui montèrent aux lèvres, mais il les ravala. Même désespéré, il n’osait pas invoquer le nom du Jeune chef du Culte du Démon Céleste. Geommugeuk aurait beau lui pardonner, les autres cultistes ne le feraient pas.
Il envisagea de proposer l’argent qu’il avait préparé, mais à en juger par l’atmosphère, ils le lui prendraient sans jamais le laisser voir le chef d’antenne.
Oui, c’était ainsi que les choses devaient se passer. C’était la relation normale entre un tavernier et un cultiste. Se faire ignorer était habituel ; se retrouver avec une épée sous la gorge faisait même partie du jeu. S’il était devenu un tavernier « à part », c’était uniquement grâce au Jeune chef, sans pareil. 3
Jo Chunbae rentra chez lui.
Yang In, qui attendait avec anxiété dans la cour, courut à sa rencontre. Elle fut soulagée de le voir revenir sain et sauf, mais il lui annonça une nouvelle qui tomba comme un coup de foudre dans un ciel serein.
— Dans trois heures, ils couperont les mains de Frère Jong.
Yang In avait déjà le cœur serré en imaginant le désespoir de sa mère et de sa sœur.
Sans un mot, Jo Chunbae prit dans ses bras sa femme, qui pleurait en silence. Elle ne vit pas la détermination qui traversa son regard.
* * *
Les gens commencèrent à se rassembler devant le Bureau d’escorte du Dragon Jaune.
Le bureau avait convoqué les villageois pour assister à l’amputation des mains. C’était la loi du bureau d’escorte.
Les points d’acupuncture de Jonghak, sous les aisselles et le long des voies sanguines, avaient été scellés. Lorsqu’on le traîna dehors, son corps ballant donnait l’impression qu’il reconnaissait sa culpabilité de son plein gré.
Le châtiment était supervisé par Gong Chan, le chef des escortes.
— Avoueras-tu ton crime de ton plein gré ?
Ses voies sanguines étant bloquées, Jonghak ne pouvait ni parler ni secouer la tête pour nier.
Mais les spectateurs l’ignoraient.
Au milieu de la foule qui bruissait de murmures se tenait la famille de Jo Chunbae. Ils avaient amené un médecin, dans l’espoir que, même si Jonghak perdait ses mains, ils pourraient le soigner sur place et au moins lui sauver la vie.
« Il a avoué son crime ; nous lui couperons donc les deux mains, afin de servir de sévère avertissement à tous ! »
À ces mots, Yoon chancela comme si elle allait s’effondrer, et Yang Seon poussa un cri de désespoir.
« Mon chéri ! Mon chéri ! »
Jonghak regarda sa femme, le visage plein d’indignation et de chagrin. Il n’avait jamais commis le moindre crime et n’aurait jamais imaginé être accusé à tort et perdre ainsi ses mains. Le malheur frappait toujours en un instant.
Alors que Gong Chan tirait son épée pour lui trancher les mains, Jo Chunbae s’avança.
« Je suis le beau-frère de cet homme. »
Tous les regards se tournèrent vers lui.
— Nous n’avons rien entendu au sujet de cette affaire. À tout le moins, nous méritons une explication sur ce qui s’est réellement passé.
Quand Jo Chunbae prit la parole, Yang In, mais aussi Yoon et Yang Seon, furent stupéfaites. Elles craignaient qu’il ne lui arrive quelque chose à son tour.
— L’affaire a déjà été instruite. Cet homme a tenté de voler des marchandises du convoi, et il reçoit maintenant son châtiment.
Gong Chan lui lança un regard qui semblait dire : « Tu veux être puni, toi aussi ? » Mais Jo Chunbae avait déjà décidé de sauver son beau-frère, quoi qu’il en coûte.
— Qu’a-t-il exactement essayé de voler ? Les marchandises n’ont pas disparu. Lui couper les deux mains pour une simple tentative de vol, vous ne trouvez pas la punition excessive ?
La main de Yang In, crispée sur le bras de Jo Chunbae, tremblait sans contrôle.
— Excessive, dis-tu ?
Le regard de Gong Chan s’enflamma.
Mais Jo Chunbae ne broncha pas. Il avait vu des regards bien plus terrifiants à la Taverne du Vent Flottant.
À la réaction de Gong Chan, Jo Chunbae comprit que la raison ne servirait à rien. Il ne lui restait qu’une seule solution.
— Même le Culte du Démon Céleste ne réglerait pas les choses de cette manière.
À la mention du Culte du Démon Céleste, les alentours se turent.
— Je connais des maîtres du Culte du Démon Céleste. Je vous en prie, attendez leur arrivée afin qu’ils interviennent.
Le visage de Gong Chan se figea. La peur et l’autorité du Culte du Démon Céleste pesaient lourd. S’il s’en mêlait, un seul bureau d’escorte pouvait être anéanti.
— Qui prétends-tu connaître, au Culte du Démon Céleste ?
— Je connais le Seigneur du Pavillon des Enfers.
L’air se glaça aussitôt. Les villageois ne le savaient peut-être pas, mais les guerriers d’escorte connaissaient très bien le rang du Seigneur du Pavillon des Enfers.
— Je connais aussi le Commandant de l’Armée démoniaque.
Quand il mentionna le Commandant de l’Armée démoniaque, le silence devint total. Il s’abstint délibérément de parler des Suprêmes Démoniaques et du Jeune chef. En faire trop ne ferait que se retourner contre lui.
À cet instant, un guerrier d’escorte qui connaissait la famille de Jonghak murmura quelque chose à l’oreille de Gong Chan.
— Cet homme tient une taverne près du Culte du Démon Céleste.
— Une taverne ?
— Une petite échoppe miteuse. 4
Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres de Gong Chan.
— Un marchand d’alcool ose brandir le nom du Culte du Démon Céleste pour me menacer ?
Le fait d’avoir eu peur, même un instant, rendit Gong Chan furieux et honteux.
— Si je leur fais porter le message, ils viendront.
Mais dès qu’il apprit qu’il n’était qu’un tavernier, Gong Chan cessa complètement de l’écouter.
— Emparez-vous de lui !
Yang Seon poussa alors un cri :
— Non ! Mon beau-frère a dit ça uniquement pour sauver mon mari ! Je vous en prie, pardonnez-lui !
Terrifiée à l’idée que son beau-frère soit puni à son tour, Yang Seon fut submergée par la peur.
Jo Chunbae fut finalement emmené lui aussi.
Les voies sanguines de Jonghak étant scellées, il ne pouvait même pas bouger la tête. Impuissant, il ne put qu’assister à la scène, le cœur empli de désespoir.
La personne dont il avait été le plus heureux de faire la connaissance après son mariage, c’était Jo Chunbae. Il n’avait jamais compris à quel point cet homme lui avait donné de la force. Et maintenant, l’avoir entraîné dans une telle souffrance le déchirait.
— Tu as menacé notre Bureau d’escorte du Dragon Jaune en invoquant le Culte du Démon Céleste ! Je vais t’arracher la langue !
Yang In et Yang Seon crièrent :
— Je vous en prie, non !
— Je vous en prie, pardonnez-lui !
Yoon se jeta au sol et supplia :
— Épargnez mon gendre ! Punissez plutôt cette vieille femme !
Jo Chunbae, tremblant de peur, s’adressa à Gong Chan.
— Laissez-moi un peu de temps pour vérifier ce que j’ai dit. Au nom du Bureau d’escorte du Dragon Jaune, ne vous précipitez pas.
Gong Chan rugit :
— Silence, vermine ! Tu continues à proférer des menaces jusqu’au bout ? Je vais d’abord t’arracher la langue !
— Si vous me touchez, le Jeune chef du Culte du Démon Céleste ne vous le pardonnera pas !
Il espérait les effrayer, d’une manière ou d’une autre, mais cela ne fit qu’empirer les choses.
— Le Jeune chef du Culte du Démon Céleste ? Tu es complètement fou. Admettons, pour les besoins de l’argument, que tu le connaisses. Tu crois vraiment qu’il va venir jusqu’ici pour t’aider ?
Il cria que si, il viendrait, mais cela ne servit à rien. Les guerriers d’escorte saisirent Jo Chunbae par les deux bras. Ils allaient vraiment lui arracher la langue.
À cet instant, quelque chose d’un blanc immaculé se posa sur l’épaule de Jo Chunbae.
Il leva les yeux : la neige s’était mise à tomber. La foule tourna la tête vers le ciel.
Pourquoi fallait-il qu’il neige, maintenant, entre tous les moments possibles ?
On dit que le destin des hommes est imprévisible, même un pas à l’avance. Qui aurait cru qu’on lui arracherait la langue dans le Bureau d’escorte du Dragon Jaune ? Pourtant, il ne regrettait rien. Il ne pouvait pas rester les bras croisés pendant qu’on amputait injustement son bon beau-frère.
Malgré tout, la peur le submergeait. S’ils lui arrachaient la langue, y survivrait-il ? Il faudrait arrêter l’hémorragie sans attendre. Heureusement, sa famille et lui avaient amené un médecin ; il avait donc encore une chance, à condition que le bureau d’escorte ne le tue pas.
Au loin, il aperçut sa femme qui criait.
*Pardon… Je suis vraiment désolé d’être un mari aussi impuissant.*
Derrière elle, il vit Yoon et Yang Seon sangloter sans retenue.
*Belle-mère… Je suis désolé. Belle-sœur… pardonnez-moi.*
Gong Chan tendit la main vers la bouche de Jo Chunbae pour lui saisir la langue…
Fiiiiou.
Une rafale aiguë gronda.
Kwaaang !
Quelque chose s’écrasa du ciel sur le terrain d’entraînement, comme un coup de tonnerre.
Les gens crièrent. Le chef des escortes et ses guerriers dégainèrent leurs épées. Le chaos éclata.
Tous les regards se tournèrent vers le point d’impact.
Ce qui était tombé… c’était une personne.
L’homme gisait au milieu du terrain d’entraînement, à bout de souffle. Ses cheveux étaient en bataille et tout son corps ruisselait de sueur. Le seul bruit qui résonnait sur le terrain était celui de sa respiration laborieuse. 5
Quand Jo Chunbae reconnut l’homme, il tressaillit de stupeur. Son expression vide et abasourdie se transforma peu à peu en un large sourire, puis en un rire éclatant.
Et sa poitrine se serra. Les larmes lui montèrent aux yeux. Il serra les dents pour ne pas éclater en sanglots, mais un hoquet étouffé lui échappa tout de même : « Hhhkk… ! »
Au milieu de la foule silencieuse, l’homme étendu sur le terrain d’entraînement leva les yeux vers le ciel et dit :
— Tavernier… les premières neiges tombent.
1 : Ce serait peut-être une bonne idée qu’ils s’installent au village de Maga après ça. Ils seraient plus en sécurité si l’autre camp était assez stupide pour tenter de se venger.
2 : C’est rapide, beaucoup trop rapide. Le coupable doit être haut placé pour avoir organisé tout ça si vite, sans enquête en bonne et due forme.
3 : S’ils décident de rester, Mugeuk devrait donner des instructions spéciales à ce responsable pour qu’il veille sur eux.
4 : Là où les Suprêmes Démoniaques, le Jeune chef et le Démon Céleste en personne viennent souvent boire un verre.
5 : Ouf, je peux enfin souffler. J’étais assez tendu pendant ce chapitre, comme le montrent mes commentaires concentrés et l’absence de digressions. Depuis sa régression, tout ce que fait Mugeuk se passe trop bien ; il finira par essuyer une grosse défaite. Et plus ça dure, plus mon inquiétude grandit.