Chapitre 570
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
Chapitre 570 : La Zone noire (2)
Hein… ? Qu’est-ce que ça veut dire, ce truc ?
Il lui restait quatre actes d’hypocrisie avant d’obtenir la première récompense de collection.
Et juste après avoir commis son tout premier acte d’hypocrisie depuis qu’il avait obtenu le Catalogue, Yeongwoo avait reçu un nouvel effet intitulé « Izori ».
「Désormais, vous subirez 5 % de dégâts en moins de la part de tous les « Izori ».」
Yeongwoo sentit ses pensées s’embrouiller.
Donc… ça veut dire que je subis désormais 5 % de dégâts en moins de la part de tous les membres de la famille Izori ?
C’était probablement l’effet de base du Catalogue de l’Hypocrite.
Comme un hypocrite appartenait malgré tout au « domaine du bien », il était logique que le Catalogue lui confère une capacité défensive, comme une réduction des dégâts.
Alors, le Catalogue du Malfaisant doit augmenter les dégâts que j’inflige… pas vrai ?
Une hypothèse plutôt plausible.
Autrement dit, si quelqu’un projetait de faire la guerre à une maison en particulier, il pouvait s’y préparer à l’avance en commettant des actes d’hypocrisie ou de méchanceté.
On dit que la vengeance d’un homme de bien peut attendre dix ans… Il faut croire que c’est pareil dans l’univers.
Une question se posait toutefois.
Combien de fois cette réduction des dégâts peut-elle se cumuler ?
Il avait compris que chaque maison lui accordait une réduction de 5 %, mais pouvait-il en obtenir une nouvelle contre la même maison ?
S’il commettait plus tard un autre acte d’hypocrisie envers un autre Izori, cela lui ferait-il 10 % de dégâts en moins contre tous les Izori ?
Hum.
Aucune explication ne le précisait. Il allait devoir tester lui-même.
Quoi qu’il en soit, le simple fait de commettre un acte d’hypocrisie pour réduire les dégâts, c’est complètement dingue.
Et ce n’était pas tout : il y avait aussi des récompenses de collection par paliers.
Ha.
Yeongwoo comprenait maintenant pourquoi le donjon « Esthétique du Cercle » imposait des conditions de surperformance aussi absurdes.
Avec des récompenses pareilles… c’est logique.
Jusque-là, il n’avait confirmé la réduction que contre une seule maison, mais il soupçonnait que des effets similaires pouvaient aussi s’appliquer aux espèces.
Aux Artari, par exemple.
Si seulement j’avais obtenu ce Catalogue un peu plus tôt, j’aurais pu en tirer un profit énorme.
Mais c’était du passé.
Yeongwoo choisit donc de regarder vers l’avenir.
Désormais, chaque fois que je rencontrerai des nobles, je ferais mieux de faire preuve d’un soupçon d’hypocrisie.
Mais la définition de l’hypocrisie restait floue.
Tout acte de bonté commis alors que son karma maléfique dépassait son bon karma serait-il considéré comme de l’hypocrisie ?
Sans doute pas. Le Catalogue de l’Hypocrite semble tenir compte du contexte de mes actes. Il examine toute la situation, presque comme un typographe.
Et sa récompense de base était une réduction des dégâts, rien que ça.
Les petites astuces ne marcheraient donc probablement pas.
Une autre pensée lui vint alors à l’esprit…
[Sauvetage de Kanaph Izori]
| Note d’évaluation : C
Que signifient les « notes » des actes d’hypocrisie collectés ?
Peut-être fallait-il que l’acte dépasse une certaine note pour être collecté, ou bien les récompenses variaient-elles selon la note.
Dans un cas comme dans l’autre, il lui fallait davantage de données pour comprendre le mécanisme.
Vraiment, cet univers… il n’en finit jamais de me réserver des inconnues.
Alors que Yeongwoo maugréait intérieurement, la bête à quatre oreilles qu’il chevauchait renifla.
Frouf !
Un signal : ils étaient presque arrivés.
En effet, l’Hôtel Parnas se dressait juste devant eux.
— C’est là que vous habitez ? C’est aussi grand que la forteresse intérieure de notre maison !
Madame Kanaph contempla, bouche bée, l’hôtel qui s’élevait devant elle.
Pour elle, il était sidérant qu’un seigneur d’une maison aussi obscure que Jeong Yeongwoo se serve d’un bâtiment aussi gigantesque comme simple logement.
Yeongwoo lui répondit franchement.
« Je ne l’ai pas construit. Disons que c’est… une relique de mon espèce. »
— …Une relique ?
« Oui. À l’origine, il appartenait à quelqu’un d’autre. Vous n’avez jamais connu de Réinitialisation ni d’Épreuve planétaire ? »
— Hélas, non. J’ai donc du mal à comprendre ce que vous voulez dire.
« Ce n’est pas une mauvaise chose. Moins on traverse d’épreuves planétaires, mieux c’est. »
Ils arrivèrent bientôt à l’entrée de l’hôtel.
Yeongwoo descendit de sa monture et la guida à travers le hall.
« On va prendre l’ascenseur. »
— L’as… quoi ?
La dame déconcertée le suivit dans l’ascenseur, comme si elle pénétrait dans un autre monde. C’est alors que la Terre prit enfin la parole.
○ Hé, je détecte une forme de vie inconnue.
Un nouvel invité. Je la garde pour l’instant, et je compte la revendre plus tard à prix d’or.
○ La revendre ? Tu viens de dire que c’était une invitée.
Une invitée de valeur.
○ Bref… et le donjon ? Tout est réglé ?
Tu ne me croirais pas si je te le racontais, mais… j’ai sauvé tout le monde.
○ C’est quoi, ces conneries ?
Trop long à expliquer. Pour faire court, je dois maintenant accumuler du bon karma… de force.
Yeongwoo expliqua brièvement à la Terre le fonctionnement du Catalogue de l’Hypocrite.
Il lui parla aussi de son pendant opposé, le Catalogue du Malfaisant.
○ Le Catalogue du Malfaisant… ? C’est un concept dingue. Les gens vertueux ne commettraient même pas de mauvaises actions.
C’est pour ça qu’il s’appelle le Catalogue du Malfaisant. Il est fait pour des gens comme moi.
Le ton de la Terre se fit aussitôt méfiant.
○ Tu es juste un vrai sala— laisse tomber. Alors, tu retournes à l’hôtel ?
Ouais. On en a encore pour combien de temps avant d’atteindre la Zone noire ? J’aimerais me reposer un peu avant.
À ce moment-là, Yeongwoo était sorti de l’ascenseur et avançait dans le couloir en direction de sa suite.
○ On y est presque. Environ trois heures avant d’atteindre la périphérie de la Galaxie de Tuani.
Et la Zone noire se trouvait, disait-on, tout au bord de cette galaxie.
Ils allaient bientôt découvrir de leurs propres yeux ce monde criminel tristement célèbre.
○ D’après monsieur Kejen, entrer dans la Zone noire à bord d’un vaisseau de classe planétaire, c’est du suicide.
Pourquoi ?
○ Parce qu’on ne pourrait pas lutter contre les dizaines de milliers de vaisseaux pirates qui vont nous tomber dessus pour nous détourner… ?
Ah.
En bref, naviguer à bord d’un énorme vaisseau tape-à-l’œil ne ferait qu’attirer tous les charognards et les criminels prêts à s’en emparer.
Ouais, pas faux. Alors, qu’est-ce qu’il propose ?
Après tout, Kejen était l’expert de la Zone noire.
○ Puisque tu devras de toute façon récupérer le Sceau royal, il propose de louer un petit vaisseau une fois arrivés à la périphérie de la galaxie.
Louer un vaisseau ?
○ Comme ça, on n’attirera pas l’attention. Et puis, son coffre secret — celui où se trouve le Sceau — n’est accessible qu’avec un petit appareil.
Bon… Kejen pourrait le piloter, non ?
○ Ce ne serait pas mieux d’emmener monsieur Mantero ?
Il doit rester pour piloter la Terre. Si jamais ça tourne mal, il nous faudra quelqu’un pour évacuer le vaisseau principal.
○ Si ça tourne mal ?
Si je meurs. Ou si je me fais capturer.
Si cela arrivait, au moins, le Vaisseau terrestre survivrait pour se battre un autre jour.
○ Compris. Alors, il n’y aurait que toi et Kejen ?
Hum… une personne de plus pourrait nous être utile, mais je déciderai après avoir dormi.
Arrivé devant sa chambre, Yeongwoo mit fin à la conversation.
« Nous y voilà. Il y a pas mal de monde à l’intérieur, alors ne soyez pas surprise. »
Il appuya sur la sonnette, et quelqu’un ouvrit la porte de l’intérieur.
Clac.
Ce n’était autre que Jeonggu.
« Hein… ? »
En voyant son fils revenir du donjon, Jeonggu ouvrit de grands yeux.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]
« Ton… ton bras, qu’est-ce qui est arrivé à ton bras ? »
Yeongwoo n’avait plus de bras gauche.
« Je m’en suis servi pour sauver quelqu’un. »
À strictement parler, un extraterrestre.
« Toi ? Tu as sauvé quelqu’un ? »
« L’une de ces personnes est juste là. »
Il désigna le sol, où madame Kanaph Izori s’inclina avec grâce.
— Je suis Kanaph Izori, le joyau de la maison Izori.
« …Ah ! »
Jeonggu s’inclina à son tour à la hâte.
« J-je suis Jeonggu. Le père de Yeongwoo. »
La dame les regarda tour à tour, les yeux écarquillés.
— Vous… vous avez un père ?
« Qu’est-ce que c’est que cette question, madame ? Sur Terre, vous vous prendriez une claque pour avoir dit ça. »
Il poussa la porte entrouverte et entra d’un pas décidé avant de s’affaler sur le canapé.
« Il ne s’est rien passé pendant mon absence, j’espère ? Aujourd’hui a été éprouvant. »
« On dirait bien. Ton bras… il va repousser, pas vrai ? »
« Je l’aurai récupéré demain matin. »
Il fit bouger son épaule. À l’endroit où le membre avait été tranché, un petit moignon frémit.
Ses nerfs se reconnectaient déjà.
« Attends… où est maman ? »
Il chercha Jiseon du regard. Elle se trouvait d’ordinaire dans le salon, mais elle n’était pas là.
« Elle est dans le cockpit »,
répondit Jeonggu en levant les yeux vers le plafond.
« Le cockpit ? Pourquoi ? »
« Elle a dit qu’elle voulait voir à quoi ressemblait cette “Zone noire”. »
En effet, sa curiosité était bien plus forte que celle de Jeonggu.
Alors… j’emmène aussi maman dans la Zone noire ?
Il n’était toutefois pas sûr que ses talents martiaux lui seraient très utiles là-bas…
un endroit réputé pour son taux d’escroquerie commerciale de 58 %, grouillant d’arnaqueurs et de coupe-jarrets.
Je devrais peut-être emmener Yechan à la place, pour qu’il acquière une vraie expérience.
À l’ère des voyages spatiaux, il ne pouvait pas garder le gamin cantonné aux affaires planétaires éternellement.
Et maintenant qu’il savait qu’il fallait trois Catalogues identiques pour en améliorer un, il était temps de former davantage de subordonnés fiables.
Pourquoi serais-je le seul à me coltiner les donjons ? Ils peuvent aussi aller récupérer des Catalogues.
Même sans réussir une surperformance, ils rapporteraient au moins de l’équipement. Ce serait déjà ça.
Bien sûr, il leur faudrait d’abord un bon stock d’orbes dorés, et ils risqueraient tous leur vie.
Débloquer le niveau de Prestige de quelqu’un coûte environ un milliard de karma.
Une fois ce niveau déverrouillé, des duels contre lui, le propriétaire du Vaisseau planétaire, leur permettaient de progresser à une vitesse incroyable.
En somme, un milliard de karma suffisait à former un guerrier spatial de premier ordre.
Des soldats qui s’entraînent tout seuls pour un milliard pièce… à long terme, c’est rentable.
Alors qu’il y songeait, il vit Jeonggu discuter maladroitement avec madame Kanaph, assis en face d’elle.
Et une idée lui vint : ne devrais-je pas d’abord tester ça sur Père, avant Yechan ?
Après tout, Jeonggu était un parent de sang dont il était certain, et il était désormais indissociable de la Renaissance.
« Père. »
« Hein ? »
Jeonggu sursauta et se retourna.
« Pourquoi tu m’appelles comme ça, tout à coup ? »
« Parce que tu es mon père. Maman et toi avez fondé cette maison ensemble, non ? »
« …Eh bien, oui, mais quand même. »
Autrefois considéré comme le meilleur épéiste de sa région, Jeonggu avait depuis longtemps perdu toute trace de sa force passée.
Avec un fils qui avait conquis l’espace et une femme dragonne issue d’un clan fortuné, il avait été broyé jusqu’à devenir lisse et insignifiant.
« Il te reste encore un peu de feu sacré, pas vrai ? »
« …Du feu sacré ? De quoi tu parles ? »
« Tu es devenu un vrai faible, Père. Une simple créature. »
« … »
« Mais si tu pouvais redevenir fort ? »
Jeonggu fronça les sourcils, sceptique.
« Redevenir fort… ? Depuis que tu as débarqué en m’appelant “père”, je n’ai jamais été fort une seule fois. »
« Évidemment, pas plus fort que moi. Mais peut-être plus fort que maman. »
« Quoi… ? »
Une étincelle s’alluma dans ses yeux.
Pourtant, son expérience lui disait que ce fils cinglé ne faisait jamais de propositions aussi flatteuses gratuitement.
« Alors… qu’est-ce que je dois faire ? »
« Je vais te rendre plus fort, et vite. En échange, tu viens avec moi dans la Zone noire. »
« Quoi ? »
Jeonggu quittait encore rarement les pièces intérieures. L’espace lui-même lui faisait peur.
« C’est infesté de criminels, là-bas, non ? »
« C’est justement pour ça qu’il me faut au moins une personne en qui j’ai confiance. Si on n’est que Kejen et moi, il pourrait me poignarder dans le dos à tout moment. »
« Quelqu’un en qui tu as confiance… »
Il déglutit péniblement.
« Tu n’auras rien de fou à faire. Surveille les alentours et préviens-moi si quelque chose te paraît louche. »
Mais pour seulement respirer sans danger dans la Zone noire, il lui faudrait un certain niveau de puissance.
« Alors… c’est vraiment tout ? »
« Une fois qu’on aura conclu notre affaire là-bas en toute sécurité, tu commenceras toi aussi à faire des donjons. Notre maison a besoin de davantage de détenteurs de Catalogues. »
« … »
Jeonggu savait très bien ce que cela signifiait : il en avait déjà fait un avec Yeongwoo.
« Et si je meurs… ? »
« Alors, c’est juste que tu n’étais pas destiné à vivre dans cet univers. »
Yeongwoo résuma les choses sans détour.
Il savait que la plupart des morts étaient misérables. Inutile d’y mettre des formes.
« Mais en tant que patriarche de cette maison, tu veux vraiment mourir de vieillesse ? »
Préférait-il vieillir et mourir en simple mortel affaibli, ou suivre la voie de la puissance au risque d’être tué un jour ?
« Non… mais quel genre de fils propose à son père un chemin qui mène à la mort ? »
« C’est pour ça que je t’ai demandé s’il te restait du feu sacré. Sans volonté, même si tu gagnes en puissance, tu te feras tuer en un rien de temps. Autant attendre une mort naturelle. »
« Cette puissance que tu me proposes, elle est à quel point ? »
« Elle vaut dix milliards de karma. »
« … ! »
Sa véritable progression viendrait après cet investissement, grâce à une poussée de Prestige, mais Yeongwoo n’en dit pas davantage.
« Décide-toi maintenant. Si tu choisis de mourir de vieillesse, je ferai la même proposition à Mère. »
« …Pourquoi moi d’abord ? Elle se bat mieux que moi. »
Yeongwoo haussa les épaules.
« Le destin t’a sans doute placé là au bon moment. »
« Bon sang, je dormais tranquillement. Pourquoi me réveiller pour ces conneries ? »
Il tira sur le col de son tee-shirt.
« …Qu’est-ce que tu fais ? »
« Je vérifie s’il va se déchirer quand mes muscles vont exploser. »
« Ça n’ira pas jusque-là. »
Yeongwoo eut un petit rire et se prépara à transférer les dix milliards de karma.
« Si tu es prêt à risquer de te faire tuer dans l’espace, prends ma main. »
« … »
Jeonggu hésita, puis serra les dents et prit la main de Yeongwoo.
Clac !
« Je vais te montrer qu’on peut vivre fort et longtemps. »
« …Comment ? »
« Quand la mort viendra, je supplierai si pitoyablement que même les dieux auront pitié de moi. »
« Quoi ? »
« Mon rêve, c’est toujours de mourir de vieillesse. »
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Gun]