Chapitre 125
Kwaaaaangh !
Thesilid s'est précipité sur la ligne de front pour bloquer l'attaque à ma place.
[« Le Dieu bâtisseur de monde » est stupéfait, demandant s'il pense être le seul super tanker dans les parages.]
[« Le Commentateur sévère qui ajuste l’équilibre » affirme que les gens atteints du syndrome du protagoniste sont partout.]
« Ce n'est pas ça. »
C'était nécessaire. J'ai fait confiance à Thesilid et j'ai canalisé mon pouvoir divin. Agnès, ayant remarqué nos intentions, m'a conseillé :
<N'utilise pas le Châtiment divin. Quand les étincelles exploseront, les chevaliers au corps-à-corps seront pris dedans.>
« Je sais. »
J'ai accumulé des compétences de soutien et j'ai tracé des signes vers Hellkaion du bout des doigts.
« Vaincre le Mal »
Je les ai enchaînées. J'ai déversé mes compétences avec une telle fougue que je comptais mettre la bête en pièces.
Et finalement.
<Kheuuuuu……>
L'immense corps du Béhémoth de flammes a basculé. Alors que tout le monde se préparait au choc, j'ai abaissé ma main verticalement une fois de plus.
L'instant où la plus longue ligne droite a fendu l'air.
Coo-goo-goo-goo-goo-goo !
L'onde de choc capable de broyer les organes internes ne s'est jamais produite, car le corps du Boss s'est éteint en gerbes d'étincelles avant même de toucher le sol.
[<Système> Félicitations ! Vous avez vaincu « Hellkaion, Roi Béhémoth de flammes », classé 307e dans le monde des démons.]
[<Système> Le territoire démoniaque « Repaire du Béhémoth de flammes » appartient désormais à la conquérante de donjon « Ellet Rodellaine ».]
Grâce à l'aide de Thesilid, j'ai pu porter le coup final avec un déluge de dégâts et le donjon m'est revenu sans encombre.
« Ahh…… »
Ceux qui avaient participé à la bataille, submergés par l'émotion, se sont mis à crier les uns après les autres. Le début fut marqué par les larmes, mais à la fin……
« Ouaaaah ! »
« On a réussi ! On a tué le monstre ! »
« Hourra ! Hourra- ! »
Des acclamations chargées d'émotion ont fait trembler le champ de bataille.
Nous avions survécu et gagné.
Leurs cris en étaient la preuve. Je pouvais sentir le frisson qui faisait battre mon cœur.
« Votre Éminence, la Sainte ! »
« Vous avez travaillé dur, Votre Éminence ! »
Clovis et Rex se sont approchés en criant.
Derrière eux, un paladin que je n'avais jamais vu auparavant m'a saluée avec déférence.
« Merci pour votre soutien, non, pour votre salut, Votre Éminence. »
« La Dame est ? »
« Je suis Layla Zickel, vice-capitaine des Chevaliers Glorieux. Pardonnez mon impolitesse de vous saluer au nom du capitaine Parvan, Votre Éminence. »
« …… »
Comprenant la raison de cette maladresse, j'ai cessé de respirer un instant.
<Il a été emporté par le rugissement et a perdu la vie.>
Le Cardinal Vesalius avait dit que Sir Parvan était un tanker du côté de l'Église. Il semble qu'il n'ait pas pu résister à l'effet cumulé des Braises infernales.
« Vous avez travaillé dur, Dame Layla. Grâce aux Chevaliers Glorieux qui ont risqué leur vie pour protéger la ligne de front, une catastrophe a été évitée. »
« ……Merci. »
Dans sa voix étouffée, je pouvais sentir le deuil pour la perte d'un supérieur respecté et d'un collègue chéri.
Alors que Rex posait une main sur l'épaule de Layla pour lui offrir un réconfort silencieux :
« Excusez-moi d'interrompre votre conversation. »
Une personne s'est frayé un chemin à travers l'atmosphère solennelle. C'était une femme en armure avec une queue-de-cheval blonde.
Une escrimeuse magique, elle aussi chevalier. Elle a esquissé une révérence rapide de chevalier en pressant son poing droit contre sa poitrine.
« Salutations à la Sainte de l'Église. Je suis Odellit Marcellion, commandante de la 1re Armée Magique de la République de Ragneif. »
« Je suis Ellet Rodellaine. Ravie de vous rencontrer, Princesse Marcellion. »
En vérité, je n'étais pas ravie du tout.
Odellit Marcellion.
Une psychopathe sadique, forte, belle et arrogante.
Elle était l'une des méchantes qui avaient fait subir des choses atroces au personnage principal dans l'histoire originale.
J'ai rapidement fait un pas de côté pour cacher Thesilid derrière moi. Même ainsi, il était si grand que l'essentiel, son visage, ne pouvait être dissimulé.
Heureusement, Odellit se concentrait sur moi sans regarder autour d'elle.
« Quoi qu'il en soit, c'est vraiment impressionnant. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Je n'aurais jamais imaginé qu'une personne appelée Sainte puisse être active sur le front. Je pensais que vous seriez normalement à l'arrière, dans un endroit sûr. »
J'imagine.
Odellit détestait encore plus les guérisseurs qu'Helcion O’Drek.
Elle a dû être surprise de voir la Sainte, qu'elle prenait pour une simple navette de soin haute performance, faire office de tank.
Je l'ai fixée sans changer d'expression, mais Odellit a changé de sujet, comme si elle avait été piquée par le fait de montrer ses sentiments hostiles au grand jour.
« Hmm. Plutôt, j'ai quelque chose à dire concernant la gestion d'après-guerre. »
À côté de nous, Rex et Layla ont affiché des visages perplexes. Il restait encore énormément de choses à régler avant que la gestion d'après-guerre ne puisse commencer.
J'ai tout de suite compris le fond de sa pensée détournée.
« Vous parlez du problème de la répartition. »
« Oui. »
On ne peut pas tout garder pour soi comme dans un donjon.
C'était un raid auquel deux pays avaient participé ensemble et qui avait fait de nombreuses victimes. Un accord délicat sur la répartition était nécessaire.
Odellit semblait prête à délier sa langue, alors je l'ai devancée.
« Le Conseil des Cardinaux enverra quelqu'un d'autre, veuillez en discuter avec eux le moment venu. Je ne suis pas en charge de la diplomatie ou des négociations. »
« Est-ce ainsi…… »
Il semble qu'elle essayait de m'amadouer pour obtenir une promesse verbale en leur faveur, mais il n'y avait aucune chance que cela se produise.
« De plus, il est trop tôt pour parler de la gestion d'après-guerre. Comme vous pouvez le voir, la situation est encore chaotique. »
Comme sur tout champ de bataille, les environs étaient brutaux.
Des gémissements et des cris résonnaient dans les ruines en flammes. Même les hurlements des bêtes démoniaques restantes se faisaient entendre tout autour.
Quand j'ai jeté un regard à Odellit, elle a tressailli et a hoché la tête.
« La Sainte a raison. »
« Nous partageons les rôles. Il serait bon que notre Église s'occupe des blessés et du sauvetage des survivants, et que la République s'occupe des monstres restants et d'éteindre les incendies. Qu'en dites-vous, Princesse ? »
« Très bien, je ferai cela, Sainte. »
C'était étonnamment facile de parvenir à un accord ?
« Merci pour votre coopération, Princesse. Alors, commençons…… »
C'est alors.
<Ellet.>
L'appel grave d'Agnès s'est logé dans mes oreilles comme un avertissement.
J'ai été prise de court par une sensation qui a envahi tout mon corps, faisant se dresser les poils sur ma peau.
« Votre Éminence ? »
« Sainte ? »
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Des yeux se sont tournés vers moi avec anxiété ou interrogation, mais je ne pouvais croiser aucun regard. Une ombre s'est tortillée sous mes pieds et a enroulé mes jambes.
C'était une puissante compétence d'entrave.
La cible, c'était moi.
« Vo-Votre Éminence ! »
« Ne vous approchez pas. »
J'ai donné cet ordre d'une voix feinte de calme et j'ai levé la tête.
Celui vers qui mon regard s'est tourné était……
« …… »
Un ciel rempli de nuages sombres et un homme observant le monde sur fond de ciel gris-bleu.
Le Boss final, Reed.
C'était ma deuxième rencontre avec lui.
[« Le Dieu bâtisseur de monde » est nerveux.]
[« L’Inspecteur des spoilers » est nerveux.]
Je l'ai fixé, oubliant même de cligner des yeux.
Un vent chargé de cendres soufflait depuis l'ouest.
L'image de ses longs cheveux noirs et de ses robes flottantes s'est lentement gravée sur ma rétine, comme au ralenti. J'avais l'impression que le concept même du temps était violemment distordu.
J'ai serré les poings pour cacher mes doigts tremblants.
« Reed…… »
Je pensais que nous pourrions nous rencontrer, alors j'avais économisé mon Incarnation.
Mais.
« Je n'ai pas encore les moyens de gérer Reed. »
J'avais agi avant même que les donjons ne soient créés pour obtenir ces moyens. Peut-être que mon existence a accéléré les événements.
« …… »
« …… »
J'ai eu le sentiment que nos regards étaient connectés à travers l'espace lointain. Son calme, alors qu'il observait simplement la scène, a fait murmurer mon instinct :
Ne pas le stimuler.
Ne jamais, au grand jamais, le provoquer.
Mais alors.
« Qui êtes-vous ! »
Un cri perçant a déchiré l'air. C'était Odellit.
Au même instant, tous les yeux qui étaient sur le champ de bataille se sont tournés vers le ciel.
« Ahh ! Qui est-ce ? »
« Une magie de lévitation ? Un sorcier ? »
« Est-il avec Ragneif ? »
Comme pour répondre par la négative à la question du paladin, Odellit a crié :
« Je suis Odellit Marcellion, commandante de la 1re Armée Magique. Descendez et révélez votre identité et votre affiliation, Sorcier ! Sinon, je vous considérerai comme un ennemi. »
« …… »
« Il semble que vous soyez un ennemi. Toutes les troupes de la République, attaquez l'ennemi…… ! »
À ce moment-là, j'ai senti que Reed s'apprêtait à lancer un sort.
Je n'ai pas hésité.
« Incarnation de la divinité ! »
Dès que j'ai dissipé les ombres entravantes avec la lumière, mon corps s'est élevé haut dans les airs.
« Omnipotence. Barrière de Mercure ! »
La barrière ultime s'est déployée sur la plus grande surface possible. Une immense citadelle d'argent a été érigée au-dessus des ruines de la guerre.
Juste à temps, Reed a bougé sa main droite et une vague de destruction a frappé toute la zone.
Shwooooooooaaaaaaaaaa !
Une pluie rouge s'est abattue sur tout le champ de bataille. C'était une pluie acide puissante qui faisait fondre les corps au moindre contact.
« Magie noire du 7e Cercle…… ! »
L'un des sorciers de la République, ayant reconnu la nature de la magie, a crié.
Ce n'était pas une magie transcendante du 9e Cercle, c'était une magie ultime du 7e cercle. Pour Reed, c'était une compétence légère, un simple échange de salutations.
Cependant, devant défendre une zone aussi vaste, j'ai dû me concentrer, les dents serrées.
Si je ne tenais pas, tous ceux en dessous du 6e Cercle de magie, les experts en Aura avancés ou les prêtres de rang évêque finiraient au moins gravement blessés.
« Qu-Quelle est l'identité de cet ennemi ? »
« Un monstre ? Des démons ? ! »
« Nous avons vaincu le boss, mais pourquoi…… ! »
Des murmures de confusion montaient de sous mes pieds.
J'ai lutté pour ouvrir la bouche et m'adresser à ceux au sol.
« Tout le monde…… ! »
« Votre Éminence ! »
« Retournez avec une pierre de transition ! »
« Quoi ? »
Après la défaite du boss, la démonisation de la zone avait cessé et les gens pouvaient à nouveau utiliser la Pierre de transition spatiale.
La seule façon de survivre était de fuir.
J'ai crié à nouveau.
« Quittez le champ de bataille ! Maintenant ! »
Rien qu'en prononçant ces quelques mots, la barrière a vacillé. Une partie des gouttes de pluie hautement acides a percé la barrière.
« Aaaagh ! »
Les cris venant du sol m'ont forcée à me concentrer.
Était-ce trop demander que d'être comprise et obéie ?
Le cri rugissant d'Odellit a résonné derrière moi.
« La subjugation n'est pas encore terminée ! Toutes les forces de la République, préparez-vous au combat ! »