Chapitre 86
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 86 : Ce qui change quand la porte s’ouvre
La porte du Sixième Sens s’était ouverte et percevait ce qui pouvait blesser son corps. Cependant, elle ressemblait davantage à une antenne capable de détecter les mouvements dans un certain rayon autour d’Enkrid.
Une fois la porte ouverte, il comprit ce qu’elle était vraiment.
« Si je l’utilise autrement… »
Pourrait-il lire les mouvements de quelqu’un derrière lui ? Il se représenta les gestes de Rem dans son dos : se curer le nez, en faire voler le résultat, remuer sous sa cape de cuir bien chaude, puis finir par relever la tête. Son regard s’arrêta sur le dos d’Enkrid.
Pour expliquer cela en détail, il s’agissait d’entendre un bruit, d’en deviner la cause, puis de prédire le mouvement de la personne, le tout en un instant.
C’était la « porte du Sixième Sens ». Il pouvait faire cela lorsqu’elle était ouverte.
« Si c’est le cas… »
Éviter un gourdin lancé dans son dos ne devrait pas être si difficile. C’était le domaine du sixième sens, de l’intuition et de l’instinct. Il comprit enfin la méthode de chasse instinctive des bêtes dont Jaxon lui avait parlé.
La porte du Sixième Sens était un outil qui condensait instantanément toutes les informations environnantes dans son esprit. Bien employée, elle pouvait même lui faire sentir Rem se curer le nez derrière lui.
« Certains imbéciles appellent ça le sixième sens, mais c’est des conneries. C’est juste avoir une bonne intuition, rien de plus. »
C’était ainsi que Jaxon l’avait décrit. Il était donc naturel que plus on s’en servait, plus ses applications se multipliaient. Bien sûr, il fallait aussi prendre certaines précautions.
« Si tu te fies trop à ton intuition, tu risques de te faire avoir. Fais attention. »
Tout en parlant, Jaxon posa la main gauche sur l’épaule d’Enkrid. Mais, juste avant que sa main ne le touche, Enkrid eut soudain l’illusion que Jaxon visait plutôt son cou.
C’était une étrange ruse. D’une certaine façon, elle ressemblait à l’Escrime à l’épée de mercenaire du Style de Vallen.
Même avec la porte du Sixième Sens ouverte, rien ne changea quant à la répétition de cette journée. Enkrid recommença simplement à vivre la même journée.
Mais cette fois, il avait l’impression que l’issue pourrait être différente. En fait, ce n’était pas qu’une impression. Il était désormais certain de pouvoir surmonter ce piège mortel.
Il enfila une cuirasse de cuir, passa une épée longue à sa hanche gauche et une épée de garde à lame épaisse dans le bas de son dos. Il fixa soigneusement ses couteaux de lancer Sifflets dans leurs fourreaux et dissimula de petits couteaux à ses deux chevilles.
Il enfila ensuite son gambison, complétant ainsi l’armure intégrale d’un fantassin léger. Il la connaissait si bien qu’il ne perdit pas une seconde à s’équiper. Il avait expédié son petit déjeuner pour être prêt au plus vite.
« En chemin, je n’aurai qu’à prendre quelques torches de plus. »
Il avait emprunté ce chemin des dizaines de fois. Même s’arrêter à l’épicerie en route lui était devenu si familier qu’il en avait assez.
« Tu vas chez le cordonnier pour lui mettre une épée sous la gorge ? Ou tu comptes te battre pour ta vie contre des bottes ? »
Rem, qui avait compris l’essentiel de sa requête, le taquina. Allongé dans son lit, il ne laissait dépasser que son visage.
« Je ne reviendrai pas avant d’avoir taillé en pièces dix paires de bottes. »
C’était la même plaisanterie qu’il faisait tous les jours.
« On dirait que la répétition de cette journée me fait aussi répéter les mêmes blagues. »
Les véritables sentiments de Rem transparaissaient en partie. Cela le dérangeait sans doute qu’Enkrid aille chez le cordonnier au lieu de chasser des monstres.
« Dépêche-toi de régler ça et allons couper quelques têtes de monstres. »
Rem renifla.
Enkrid acquiesça, songeant que personne n’aurait pu imaginer qu’un tel tunnel se trouvait sous l’échoppe du cordonnier. C’était bien normal.
« Moi non plus, je ne l’aurais pas cru avant de le voir. »
Il ne pouvait donc s’empêcher de se demander ce qui se trouvait au-delà.
Gaaang.
Alors qu’Esther le regardait partir, Enkrid lui tapota doucement le nez pour se souvenir de cette journée.
Kyaang !
Prise au dépourvu, Esther recula et secoua la tête avant de pousser un cri féroce. Enkrid la trouva mignonne et lui sourit.
« J’y vais. »
Il quitta les baraquements et s’arrêta à l’épicerie pour acheter trois torches. Il en glissa deux à sa ceinture et tint la troisième comme un gourdin en marchant. Il pressa le pas, arriva à l’échoppe du cordonnier et entra.
« Regardez ça ! Il y a un trou, juste là ! »
Le cordonnier s’exclama, stupéfait.
« Oui, je le vois. Il y a un trou. Laissez-moi regarder. »
Le cordonnier, qui avait parlé les yeux écarquillés, se calma à la réponse d’Enkrid. Au lieu de s’agiter, il le détailla de la tête aux pieds.
« … Vous partez à la guerre ? »
Même les soldats de patrouille ne débarquaient pas entièrement armés de la sorte. En voyant Enkrid couvert d’une épaisse armure de tissu et équipé de pied en cap, le cordonnier ne put s’empêcher de le lui demander.
« Mon instructeur d’escrime m’a dit de faire de mon mieux, même pour les plus petites choses. »
Ce n’était pas un mensonge : un instructeur d’escrime lui avait effectivement dit cela en passant, un jour. Bien sûr, la vraie raison était qu’il se préparait simplement à toute éventualité.
« Quelqu’un a tendu un piège vicieux ici. Quoi que vous fassiez, n’entrez surtout pas par erreur. »
Jetant un coup d’œil au trou, Enkrid mit le cordonnier en garde et vit son visage pâlir. Puis il demanda :
« Vous pouvez le savoir rien qu’en le regardant ? »
« Ah, je vais un peu vite. » songea Enkrid, avant de reprendre la parole.
« Je suis expert dans ce genre de choses. »
Il répondit d’un ton désinvolte. Le cordonnier hocha la tête à contrecœur, réagissant enfin comme Enkrid l’avait prévu.
« Un piège ? Quel genre de piège ? Pourquoi y a-t-il une chose pareille sous mon échoppe ? »
Enkrid n’en avait pas la moindre idée non plus, mais il ne tarderait pas à savoir. Il était sur le point de le découvrir. Un piège avait été posé, et il avait rempli son office.
Il était évident qu’une fois le piège surmonté, quelque chose serait révélé. Si quelqu’un avait pris tant de peine pour le cacher, c’est qu’il devait y avoir quelque chose qui méritait de l’être.
« Pourquoi ont-ils fait ça ici… »
Enkrid s’interrompit, prit une profonde inspiration, puis poursuivit :
« Je vais bientôt le découvrir. »
Il était lui-même curieux. Il répondit, puis descendit la pente avec aisance. Il connaissait désormais ce tunnel comme sa poche.
Il avait parcouru ce chemin des dizaines de fois, errant dans l’étroit tunnel pour tenter d’ouvrir la porte du Sixième Sens. Il aurait presque pu en mémoriser les reliefs.
Et le voilà de nouveau devant les six galeries qui se séparaient. Les première et deuxième étaient piégées avec des explosifs. La troisième abritait une lame de vent verticale. Inutile de passer plus de temps à entraîner son sixième sens.
Il en avait fait assez.
« Bien. »
Laquelle des six galeries était sans danger ? Au lieu de chercher lui-même la réponse, Enkrid aurait voulu ouvrir le crâne du salaud qui avait installé tout ça.
« Quelle sournoiserie. »
Si son sixième sens ne le trompait pas, les six galeries étaient piégées. Au fil des dizaines de journées répétées, il avait naturellement pu vérifier la fiabilité de son sixième sens.
Le danger qu’il percevait était-il réel ? Oui. Enkrid avait également découvert que la sixième galerie ne valait rien. Si l’on s’y engageait, un nuage de fumée se répandait depuis le plafond.
Au moindre contact avec la peau, il provoquait des cloques, et l’inhaler causait une douleur bien pire qu’une coupure ou qu’un coup de poignard : c’était un brouillard empoisonné.
Les six galeries dégageaient toutes un sentiment de mauvais augure. Il n’y avait aucune issue. Elles étaient toutes bloquées. Devait-il s’arrêter là ? Était-il piégé ? Ne pouvait-il plus rien faire ?
Instinctivement, il le savait. Pour échapper à cette journée, il devait aller au-delà du tunnel. S’arrêter ici, c’était rester prisonnier de la journée.
Son adversaire n’était ni un soldat habile à l’estoc, ni un assassin silencieux, ni une armée ennemie sur un champ de bataille défavorable. Ce n’était qu’un piège. Un piège magique, immobile et dépourvu d’intelligence.
Enkrid se plaça devant la première galerie.
« Un faux pas, et je suis foutu. »
Comment le piège magique se déclenchait-il ? La porte du Sixième Sens ouverte, il pouvait l’observer à l’instinct. Aucune torche n’était nécessaire.
Enkrid s’engagea dans la galerie. À chaque pas, une sueur froide lui coulait sur le front. Il avait l’impression d’éviter de justesse les lames acérées en les frôlant.
Le piège se déclenchait lorsqu’on détectait une présence. Avec une précision extrême et l’audace d’une bête au fond de lui, il évita les endroits où il percevait le danger.
Ses pas ne vacillèrent pas. En se concentrant et en ouvrant la porte du Sixième Sens, il repéra les failles du piège magique. Pour un observateur, il aurait simplement semblé avancer en zigzaguant.
Mais Enkrid avait l’impression de marcher sur une corde raide. Pourtant, il jugeait cela faisable. Le domaine du sixième sens et de l’intuition. Il avait déjoué le piège par pur instinct.
Combien de personnes auraient pu faire une chose pareille ?
Un sentiment d’accomplissement lui gonfla la poitrine. Mais, bien sûr, il devait mettre ces émotions de côté pour le moment.
« Pour l’instant. »
Il avait franchi le premier piège. Il regarda les ténèbres devant lui et alluma la torche. Il examina attentivement le chemin, mais ne ressentit plus le même pressentiment.
Pourtant, il était certain qu’il y avait quelque chose plus loin. C’était son intuition. Enkrid avança prudemment et aperçut bientôt la créature qui l’attendait.
« Krrr… »
Son dos voûté était hérissé d’éclats d’os acérés, là où aurait dû se trouver sa colonne vertébrale. Même à la lueur de la torche, sa peau était si pâle qu’elle en paraissait presque bleue.
Sa bouche, plusieurs fois plus grande que celle d’un humain, dégoulinait d’une salive épaisse. Ses griffes étaient longues, ses avant-bras puissants et ses yeux d’un noir absolu.
À travers sa peau crevassée, on distinguait les muscles filandreux qui se trouvaient dessous. Il était si voûté que ses poings touchaient le sol.
Une Goule.
Dans ce monde, il existait des monstres et des bêtes. Selon les théologiens, ils étaient nés des guerres antiques entre les dieux. Mais Enkrid s’en fichait.
L’important, c’était que ces créatures existaient. Celles qui ressemblaient à des animaux étaient appelées des bêtes. Toutes les autres étaient considérées comme des monstres.
Les Goules étaient des monstres qui dévoraient les humains.
« Pourquoi tu sors d’ici ? »
Pouvait-on considérer cette créature comme un mort-vivant ? Le cordonnier n’avait eu qu’à moitié raison. Il y avait bien un monstre en dessous. Mais ce n’était pas un soldat squelette : une Goule était apparue.
Les monstres n’avaient pas l’intelligence nécessaire pour tenir une conversation. Ils se jetaient simplement sur leurs proies.
« Grrraah ! »
Les Goules dévoraient les humains. Leur nez aplati, semblable à un museau, n’était qu’un trou sur leur visage : un organe qui leur permettait de détecter l’odeur des humains.
Dès qu’elles repéraient l’odeur d’une proie, elles fonçaient sur elle. Le tunnel n’était pas si étroit, mais il n’était pas assez vaste pour se déplacer librement et manier une épée.
Il restait tout de même assez de place pour manœuvrer.
Schlunk. Clang.
À la vue de la Goule qui fonçait sur lui, Enkrid dégaina son épée longue et la plaça en biais devant lui.
« Trois. »
Deux autres se trouvaient derrière la première. En général, il fallait deux ou trois lanciers pour abattre une Goule. Un soldat expérimenté pouvait en affronter une à l’épée, mais mieux valait éviter de s’y risquer.
Bien sûr, si l’on se retrouvait acculé, il fallait lui coller son poing dans la figure. Exactement comme le faisait Enkrid à cet instant.
Boum !
Il lança sa lame en avant et la planta dans la poitrine de la première Goule, puis saisit l’épée de la main gauche et l’attira vers le bas en biais.
« Grrraaagh ! »
Un hurlement jaillit, qu’aucune corde vocale humaine n’aurait pu produire. La Goule, l’épée dans la poitrine, fut tirée vers le bas par la force d’Enkrid et forcée de s’agenouiller.
La lame glissa ainsi d’une largeur de doigt le long du corps de la créature, mais pas assez pour la trancher en deux. Malgré tout, les muscles de son bras gauche se tendirent sous l’effort.
Tandis qu’il en maîtrisait une, la Goule suivante se jeta sur lui, griffes en avant. Il l’avait anticipé : pivotant sur son pied gauche pour esquiver, il projeta son poing droit, désormais libre.
Paf !
La tête de la Goule bascula en arrière sous le coup direct. La puissance du poing l’étourdit un instant et arrêta sa charge. Derrière elle, la troisième Goule tenta de se frayer un passage.
Elle tendit la main. Ses bras étaient plus longs que ceux des deux autres. Les Goules étaient des créatures naturellement disproportionnées. L’une pouvait avoir les bras longs, une autre les jambes épaisses.
Enkrid avait déjà remarqué les mouvements de la dernière Goule. Il inclina juste assez la tête pour éviter ses griffes tendues. Maintenant qu’il avait créé une ouverture, que devait-il faire ensuite ?
« Les abattre une à une. »
Il lui suffisait de les tuer.
Autrefois — vraiment autrefois, avant qu’il ne commence à revivre cette journée —, il serait mort depuis longtemps. Mais l’expérience, l’escrime et les arts martiaux qu’il avait accumulés avaient désormais atteint un niveau remarquable.
Il saisit son épée à deux mains et l’abattit. Les muscles de ses deux bras se tendirent.
Sluuush.
« Grrraah ! »
Une Goule fut fendue de la poitrine jusqu’à l’entrejambe, et ses entrailles violettes se répandirent au sol. La torche tombée éclaira les deux autres, dont les ombres s’étiraient derrière elles.
Les deux monstres sans cervelle repartirent à la charge. Enkrid, qui avait éliminé sans peine l’une des trois créatures, se remit à danser avec son épée. D’un pas rapide, il visa le cou de la Goule d’un coup horizontal.
Il faucha le dernier ennemi du pied et l’envoya s’écraser au sol. Puis il lui écrasa la tête de toutes ses forces.
Crac !
La tête n’éclata pas comme une citrouille.
« Grkk, grrrk. »
Mais un liquide noir commença à suinter des fissures de son crâne.
« Maintenant, je suis vraiment curieux. »
murmura Enkrid en enfonçant son épée à la verticale dans la tête de la Goule restante.
Crac.
La pointe de la lame transperça le crâne de la Goule et s’enfonça dans le sol. Enkrid retira l’épée du crâne fracassé.
Trois Goules.
Un combat qui aurait normalement nécessité au moins six soldats de rang inférieur, mais qu’Enkrid avait réglé sans difficulté. Les griffes des Goules étant empoisonnées, la moindre égratignure aurait pu le mettre hors de combat. Pourtant, elles ne l’avaient pas touché.
Voilà qui prouvait l’efficacité de son entraînement, même s’il était un peu déçu que personne n’en ait été témoin.
Mais bientôt, la créature cachée plus loin verrait de ses propres yeux à quel point son épée pouvait être implacable.
« Ouf. »
Il prit quelques profondes inspirations et secoua son épée pour en chasser le liquide noir de la Goule. Il sortit ensuite de sa bourse un morceau de toile de lin bon marché et essuya la lame. Puis il s’enfonça plus loin dans le tunnel.
S’avancer au fond du tunnel, c’était prendre le chemin de demain. Il n’hésita pas.
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