Chapitre 65
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 65 : Ceux qui passent de l’autre côté
« Il avait prédit les mouvements de l’ennemi. »
Jaxon attribua cela à l’efficacité de la technique à l’épée qu’il lui avait enseignée. Le voir s’en servir aussi bien lui procura une douce satisfaction. Cela lui faisait grand plaisir.
Cependant, Jaxon ne reconnut pas ce qu’il ressentait. Peu habitué à l’introspection, il ne savait pas comment gérer ses émotions.
« Ce n’est rien d’important. »
Voir des gens mourir sous ses yeux n’était qu’un désagrément. Pourquoi se soucier du sort d’Enkrid ?
Ça ne signifiait rien. Du moins, c’était ce qu’il pensait. Jaxon estimait que jouer au soldat était futile. Ses objectifs étaient clairs. Pourtant, il demeurait mal à l’aise. C’est pourquoi il garda les yeux fixés sur le chef de guilde, derrière Enkrid.
« Sa tête ne me revient pas. »
Jaxon se trouva une excuse.
Ce n’était pas à cause du chef d’escouade. C’était juste que ce type ne lui revenait pas. Alors, s’il attaquait, Jaxon le tuerait. Il ferait son devoir. Rem avait vu le cœur bestial d’Enkrid transformé en arme d’audace.
Le voir foncer dans la portée d’une lance d’estoc… Quelques mois plus tôt, Rem n’aurait jamais imaginé le chef d’escouade agir ainsi. Depuis, ses compétences avaient énormément progressé, grâce aux enseignements de Rem.
« Évidemment. »
Il en était ravi, mais des assassins avaient pris Enkrid pour cible.
« On devrait tous les tuer. »
Rem voulait les réduire en pièces. Ragna, lui, reconnaissait dans l’escrime d’Enkrid des traces de la sienne.
« Où avait-il appris ça ? »
C’était remarquable. Sa façon de déplacer son centre de gravité, de lever les pieds, de porter ses estocs… Tout. Même si Ragna lui avait parfois donné un coup de main pour l’épée, atteindre un tel niveau exigeait un entraînement acharné.
« Fascinant. »
Un homme qu’il croyait dénué de talent révélait soudain de grandes aptitudes. Ragna avait toujours apprécié Enkrid. Sa persévérance sans faille l’inspirait.
Des assassins et des criminels s’en étaient pris à un homme pareil ?
« Ce serait plus simple de tous les tuer. »
Oubliant sa paresse habituelle, Ragna décida d’anéantir la guilde du crime. Mais Enkrid commandait. Il suivrait ses ordres.
Audin détailla le corps d’Enkrid du regard en se tapotant la cuisse.
« Un corps bien entraîné. »
Mais il n’avait pas été façonné méthodiquement. Les moines du temple commençaient par bâtir le corps avant de perfectionner leurs techniques. C’était une méthode secrète d’entraînement physique, qu’Audin avait adaptée à sa manière.
« S’il développe son physique, il progressera. »
Le chef d’escouade savait travailler avec assiduité. Audin laissa vagabonder ses pensées.
Pourquoi Dieu n’avait-il pas accordé de talent à un homme aussi travailleur ?
« Un simple mortel ne peut sonder les intentions de Dieu. »
Cette pensée lui était douloureuse et lui poignarda le cœur. Pourtant, devant lui se tenait un homme qui avait franchi la barrière du talent par le seul effort. Un homme qui ne croyait qu’en lui-même et faisait fi de la volonté divine.
« Mon Seigneur. »
Audin pria en silence.
« Veillez sur lui. Que celui qui rêve de briller ne meure pas en vain, frappé par une lame aveugle. »
Comme le lui dictait sa prière sincère, il n’appréciait guère qu’on s’en prenne à Enkrid. Qu’un homme pareil meure d’un coup de poignard dans le dos serait un terrible gâchis.
Cependant, Audin n’avait pas l’intention de tuer qui que ce soit.
« Je leur briserai les deux jambes, et le chef pourra leur arracher un bras. »
Il leur prendrait donc tout, sauf la vie.
Un seul coup.
Le choc infligé par Enkrid avait été considérable. Pourtant, personne ne franchit le pas.
« Ce n’est pas suffisant. »
Pour les écraser par la force, il devait enchaîner les chocs. Enkrid prit conscience de sa position. Il n’était pas obligé de toujours se mettre en avant lui-même.
« Rem. »
« Oui ? »
« Tue-en trois. »
Il prétextait vouloir éviter la pellicule du diable, mais c’était à la fois une stratégie et une mission. Et Enkrid était le chef d’escouade. Rem s’avança sans hésiter. Le choc infligé par Enkrid n’était pas encore retombé.
Rem fit tournoyer ses deux haches à une main et s’élança. Il allait si vite qu’il semblait disparaître. Il surgit devant un malfrat à l’air féroce, armé d’une massue à pointes. La scène lui était familière. Le bras de Rem claqua comme un fouet. La lame de hache au bout de son bras étincela.
Vlan ! Boum !
Paf !
Le premier coup de hache trancha la gorge du malfrat. Le deuxième fendit le crâne de celui qui se trouvait à sa droite. Enfin, il balaya la gauche, et le manche de sa hache fracassa le cou d’un autre.
Trois malfrats furent tués coup sur coup : l’un décapité, l’autre le crâne fendu, et le dernier la nuque brisée. Rem fit ensuite tournoyer ses haches en diagonale pour en chasser le sang. Des gouttes éclaboussèrent le sol. Puis il tourna le dos aux malfrats et revint sur ses pas.
« J’en ai tué trois. »
Enkrid estima que deux chocs suffiraient à leur donner une chance.
« Ceux qui veulent passer de l’autre côté. »
C’était la troisième fois qu’il leur faisait la même offre. S’ils n’en tenaient pas compte, il n’aurait plus le choix. Il ne pouvait pas épargner ceux qui cherchaient à le tuer. C’était tuer ou être tué. Ils devaient savoir qu’en essayant de tuer, on risquait sa propre peau.
« Vous êtes de la Garde-frontière ? »
Le chef de guilde, qui avait l’air d’un aristocrate, posa la question.
« Non. »
Enkrid ne commandait qu’une petite escouade, certes singulière.
« Nous sommes fantassins dans la Brigade de Chypre, au sein de la Garde-frontière. »
Il tint son épée d’une main relâchée et annonça son unité. Il n’avait aucune raison de la cacher. Quelques hommes hésitaient encore à baisser leurs armes, mais le regard furieux du chef de guilde les glaça sur place.
« Essayez de survivre, et je verrai si je vous laisse faire. »
Il s’adressait à ses propres hommes. Les paroles prononcées plus tôt par Kraiss lui revinrent en mémoire. Gielpin régnait par la peur. S’ils lui désobéissaient, il leur brisait les membres et leur coupait la langue.
« Ne vous laissez pas intimider ! Ce ne sont que des hommes. Poignardez-les, et ils crèvent. Ils ne sont même pas correctement armurés ! Tuez-les ! Personne ne survit à une raclée collective ! »
Enkrid jugea la tactique raisonnable. Les écraser sous le nombre. C’était généralement efficace. Les soldats entraînés étaient bien plus performants en combat collectif. Dans une petite escarmouche, même un malfrat pouvait tuer un soldat.
Si un malfrat repérait une ouverture et le poignardait, comment pouvait-on en réchapper ?
Dans les petits combats, les malfrats pouvaient avoir l’avantage. Bien sûr, cela ne s’appliquait pas aux chevaliers ni à ceux qui dépassaient les limites humaines.
Et ça ne s’appliquait pas ici.
« Ne faites pas ça. »
Enkrid les avertit. L’Escouade des Fauteurs de troubles combattait de façon peu orthodoxe, en dehors des stratégies et tactiques traditionnelles. Elle excellait face à des ennemis nombreux et en sortait indemne. Alors, que dire de trente malfrats armés, dont pas un seul n’était soldat ? Pour eux, c’était une mission suicide.
« Laissez-les faire. Certains ne pleurent qu’en voyant un cercueil. »
« Frère, il semblerait qu’un châtiment divin s’impose. »
« Reculez et regardez. »
Curieusement, Audin et Ragna semblaient eux aussi impatients d’en découdre. Jaxon s’avança sans un mot. Il dégaina et fit un pas. Un malfrat, trop pressé, se rua sur lui en brandissant un cimeterre. La lame s’abattit sur sa tête. Jaxon la para de son épée, la faisant glisser sur le côté, puis frappa de haut en bas.
Frrt.
Son épée fendit l’abdomen du malfrat. Le geste avait paru facile, mais il suffit à lui ouvrir le ventre et à laisser apparaître ses entrailles.
« Gah. »
Les intestins roses à l’air, le malfrat s’effondra à genoux, puis bascula sur le côté. Ce n’était que le début.
« Ne tuez que ceux qui attaquent. »
Enkrid donna son ordre. Rem faisait tournoyer ses haches sans bouger de sa place. C’était un véritable hachoir humain. Un malfrat armé d’un fléau le vit tranché en deux ; avant qu’il puisse reculer, une hache lui fendit le crâne.
Il tomba à la renverse, répandant son sang et sa cervelle. Ragna abattait mécaniquement son épée d’armes. Aucune technique élaborée, mais à chaque coup, les corps s’amoncelaient. Les crânes éclataient, les épaules étaient tranchées. Audin maniait deux matraques courtes, détournant les lames qui fondaient sur lui.
Clang ! Clang ! Clang !
Du côté d’Audin, c’était le vacarme le plus assourdissant. Il parait les armes et réduisait la distance. Il se déplaçait vite, presque aussi vite que Rem. Une fois assez près, il frappait de ses matraques pour briser les jambes.
Crac, clac !
« Arghhh ! »
Les cris des hommes aux jambes brisées résonnèrent dans la clairière. Enkrid craignit de voir la patrouille débarquer. Heureusement, personne ne vint.
Kraiss trouva cela prévisible.
« À une demi-heure du tunnel. »
Le repaire se trouvait à la périphérie de la ville. Le quartier était probablement résidentiel et huppé, financé par de riches marchands. D’ordinaire, il était peu fréquenté. De plus, la guilde de Gielpin était une organisation criminelle. Ses membres avaient sans doute soudoyé les puissants.
« Ils avaient fait en sorte que personne ne passe par ici. »
Mieux valait n’avoir personne dans les parages que de voir passer des patrouilles. Kraiss ne se laissa ni impressionner par leur nombre ni intimider. Il faisait partie de l’Escouade des Fauteurs de troubles. Il connaissait à peu près les capacités de ses compagnons.
Enkrid, désormais soldat de haut rang, n’avait du mal que face à des adversaires plus coriaces.
« Nous sommes tous au moins aussi forts que les soldats de la Garde-frontière. »
La conclusion était évidente.
Les malfrats n’avaient aucune chance.
L’esprit de Kraiss fourmillait de projets pour l’avenir. Il avait même laissé filtrer quelques informations exprès.
« Je m’occuperai de cet ami plus tard. »
La fuite d’informations et la situation actuelle étaient en partie de son fait.
Quelqu’un s’en rendrait-il compte ?
Peut-être le chef d’escouade. Il avait l’air simple, mais pouvait se montrer perspicace. Rem pourrait comprendre en rassemblant les indices, mais il connaissait mal les rouages de la ville.
« Probablement pas. »
Ragna et Audin n’y penseraient même pas. Jaxon se concentrerait sur ses propres objectifs, sans prêter attention au reste.
Alors, tout irait bien.
Pendant ce temps, les corps s’amoncelaient et les cris retentissaient du côté d’Audin.
« Arghhh ! »
Audin ne se contentait pas de briser une jambe. Il revenait s’assurer de briser l’autre aussi. Et il n’oubliait pas de prêcher.
« Je ne m’attends pas à ce que vous soyez des saints. Contentez-vous de ne plus nuire à vos voisins. »
Briser des jambes tout en faisant la morale ne permettait à personne de comprendre un traître mot. Audin, pourtant, ne déviait pas de ses principes.
Enkrid ne savait plus où donner des yeux. Au début, il avait été fasciné par les mouvements disciplinés de Jaxon.
« De l’escrime orthodoxe. »
C’était de l’escrime orthodoxe, dans sa forme la plus élémentaire. Se servir de la lame adverse pour contre-attaquer, guider les mouvements de l’adversaire grâce à des trajectoires précises. Et aussi manier l’épée avec rapidité. Une attaque et une défense équilibrées : l’essence même de l’escrime orthodoxe.
Au-delà des simples formes d’escrime, c’était le jugement de Jaxon dans le maniement de l’épée qui se distinguait. Il choisissait le moyen le plus sûr de tuer. Son épée était faite pour tuer. Il avait beaucoup à apprendre de lui.
Ensuite, le regard d’Enkrid se tourna vers Rem. Celui-ci se contentait d’écraser les ennemis qui approchaient, mais la trajectoire de ses haches dessinait des mouvements inattendus.
« Comment pouvait-il faire ça ? »
Sa manière de faire était singulière, ni orthodoxe ni non orthodoxe. C’était compréhensible. Rem se fiait entièrement à son instinct pour manier la hache. Si l’on devait la classer, ce serait une escrime excentrique.
Bien sûr, comme il utilisait une hache, on parlerait plutôt d’un maniement excentrique de la hache. Enkrid en tirait lui aussi des leçons.
L’escrime lourde de Ragna, c’était pareil. Elle révélait tout ce qu’il était possible de tirer des bases qu’Enkrid avait apprises. La moindre parade maladroite était aussitôt percée, et la cible atteinte. Chaque coup fracassait des crânes et tranchait des épaules.
Les arts martiaux d’Audin, c’était autre chose. L’escrime reposait fondamentalement sur les arts martiaux. Sans utiliser les poings et les pieds, on ne pouvait prétendre bien manier l’épée. Il était essentiel d’apprendre le combat rapproché. À cet égard, la façon de se battre d’Audin avait le plus à lui apprendre.
Il observa attentivement comment Audin brisait des jambes avec ses deux matraques courtes. Auparavant, même en les voyant, il n’aurait pas compris ces gestes ; désormais, les mouvements s’imprimaient dans son esprit.
Enkrid était si absorbé par l’observation des quatre hommes et le vol de leurs techniques qu’il en oublia son environnement. Transformer ces observations en véritables compétences serait une autre affaire.
Mais il y avait tant à apprendre.
Le combat ne dura pas longtemps. Il ne pouvait pas s’éterniser. Beaucoup perdirent l’envie de se battre. Au milieu du chaos, Jaxon, inhabituellement tenace, se fraya un chemin vers le chef de guilde et sa canne.
Jaxon réduisit rapidement la distance et abattit son épée. Une frappe horizontale descendante, dirigée vers la tête. Le chef de guilde tira une lame dissimulée dans sa canne : c’était une épée-canne. La longue lame intercepta celle de Jaxon dans un tintement métallique.
Les épées des deux hommes projetèrent des étincelles. Les deux hommes de main derrière le chef de guilde tentèrent d’intervenir.
« N’y allez pas. »
« Laissez-les se battre. »
Rem et Ragna, qui s’étaient approchés, prirent la parole. Les deux hommes de main échangèrent un regard.
Devaient-ils attaquer ?
Leur regard se posa sur le chemin emprunté par Rem et Ragna. Il était jonché de sang. Derrière eux ne restaient que des cadavres. Les seuls survivants étaient ceux qui avaient eu trop peur de se battre et ceux qui n’avaient pas bougé.
Les deux hommes de main baissèrent leurs armes sans un mot. Ils tenaient chacun un poignard. Ils les rengainèrent et s’agenouillèrent en silence. Un geste de reddition et de soumission.
« Bande de salauds ! »
Le chef de guilde hurla en voyant ses hommes agir ainsi.
Mais que pouvait-il faire ?
La chose la plus importante au monde, c’était sa propre vie. Seuls ceux qui s’étaient laissés emporter par la foule étaient pitoyables. Le visage de Jaxon demeura impassible. Ses yeux bruns cernés de rouge restèrent rivés sur le chef de guilde.
« Je me rends ! »
Le chef de guilde cria. Jaxon n’en tint pas compte.
« J’ai dit que je me rendais ! Pourquoi vous faites ça ? Si vous voulez de l’argent, je peux vous en donner ! »
Sa voix se fit pressante.
Clang, clang, clang, clang, clang !
L’épée de Jaxon frappa cinq fois de suite l’épée-canne, chaque coup faisant jaillir des étincelles dans la nuit d’hiver. Dans l’obscurité de la nuit et sous la lueur vacillante des torches. Au milieu des cadavres et des blessés qui gémissaient. Parmi les effrayés et ceux qui avaient semé la peur.
La voix de Jaxon résonna.
« Ta tête ne me revient pas. »
« C’est quoi, ces conneries ? »
Ce fut la dernière pensée du chef de guilde. L’épée de Jaxon déchira ses beaux vêtements et lui trancha la gorge.
Shkkk.
Un son glaçant.
Le chef de guilde mourut, les yeux écarquillés d’indignation. Il avait encore tant de choses à dire. Il savait qui le protégeait. Combien d’argent il avait versé aux puissants. C’était injuste, révoltant.
C’était naturel. Ceux que l’épée tuait trouvaient toujours cela injuste. Jaxon laissa pendre son épée ensanglantée le long de son corps. À ce moment-là, tous les autres combats étaient terminés.
Enkrid ferma les yeux pour revoir les mouvements de ses hommes, puis les rouvrit. Il était temps de régler la situation.
Dans l’air froid de la nuit d’hiver, sous les torches flamboyantes, Enkrid s’avança. Par hasard, il se tenait pile au centre. Les ombres s’assemblaient autour des torches et tous les regards convergeaient sur lui. Profitant de l’attention générale, Enkrid prit la parole.
« Quelqu’un d’autre veut passer de l’autre côté ? »
Une seule phrase suffit.
Tous les survivants lâchèrent leurs armes.
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