Chapitre 63
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Révision : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 63 : Toc
Jaxon ne traîna pas, comme on pouvait s’y attendre de sa part. Ils étaient entrés dans l’auberge vers midi, et il revint avant même que la nuit fût tout à fait tombée.
« Ça n’a pas traîné. »
Rem se tapota le ventre, repu après avoir mangé de la soupe au potiron et du jambon de porc bien cuit, puis fit cette remarque comme pour se moquer de Jaxon, toujours pressé de manger. Sans lui prêter attention, Jaxon regarda Enkrid et déclara : « Je vais vous y conduire. »
Il était prêt à partir sur-le-champ.
« Assieds-toi. »
Enkrid, qui n’avait pas quitté sa place, lui en donna l’ordre. Jaxon hésita. Même s’ils avaient trouvé l’endroit, trop attendre risquait de leur faire perdre leur avance. Leur cible pourrait se cacher ou s’empresser d’effacer toute trace.
Ne couraient-ils pas un risque inutile ?
S’il avait été seul, et libre de prendre et d’exécuter cette décision, ces préoccupations ne se seraient pas posées.
Jaxon avait mille pensées en tête, mais la voix du chef d’escouade les interrompit.
« La soupe au potiron est délicieuse, ici. »
Qui l’ignorait ?
L’auberge s’appelait « Soupe au potiron de Vanessa ». C’était l’une des quatre auberges du carrefour du marché, réputée pour sa bonne cuisine.
« Kraiss a payé de sa poche. Mangeons avant de partir. »
Ce ne fut qu’après qu’Enkrid eut répété son ordre que Jaxon s’assit. Pour une raison ou une autre, Rem, Ragna et Audin ne dirent rien non plus. Jaxon épousseta la neige sur ses épaules et sa tête.
Grâce à la chaleur de la cheminée, la neige fondit rapidement. Ses vêtements de dessus furent donc un peu mouillés, mais pas au point que ce soit gênant.
« Apportez une soupe au potiron et le porc grillé que nous avons pris tout à l’heure. »
« Votre compagnon, que vous attendiez, est arrivé ! Ça vient tout de suite ! »
La serveuse répondit avec entrain. Elle avait l’air pleine de vie. La plupart des soldats appréciaient l’auberge Soupe au potiron. La bonne cuisine avait cet effet-là.
Les cuistots de l’unité auraient peut-être de quoi se vexer, mais Ragna répétait souvent que la nourriture qu’on y servait était une torture pour ses papilles. Parfois, elle était mangeable, mais le plus souvent, non. À l’inverse, les plats de l’auberge Soupe au potiron de Vanessa étaient excellents.
On racontait que le meilleur cuisinier de la Garde-frontière travaillait ici.
« Ce n’est pas une bonne idée de traîner. »
Jaxon parla en s’asseyant. Enkrid hocha la tête et répondit :
« Il neige encore. »
Enkrid avait-il envie de se coltiner une corvée ?
Pas à moins qu’il s’agisse d’un entraînement à l’épée ou aux arts martiaux. Pour lui, la neige, c’était les pellicules du diable. À vrai dire, tous les soldats de l’unité partageaient cet avis. S’ils attaquaient la Guilde des voleurs et rentraient ensuite, la neige accumulée les attendrait.
Voilà pourquoi Rem et les autres n’avaient rien dit. Voilà aussi pourquoi Kraiss avait ouvert sa bourse. Jaxon comprit tout.
« Je vois. »
Il se concentra ensuite sur son repas. Lorsque le crépuscule fut tout à fait tombé, tout le monde se leva, Enkrid compris.
« Allons-y. »
« Revenez nous voir ! »
La serveuse, toujours aussi vive, leur lança ces mots. Kraiss lui adressa un léger signe de tête. Ils avaient l’air de se connaître. On les avait souvent vus chuchoter ensemble pendant leur séjour à l’auberge.
« Tu la connais ? »
demanda Enkrid.
« Elle s’appelle Leysa, elle a dix-sept ans. Son père est cordonnier et sa mère tisserande. Aucun des deux n’a jamais adhéré à une guilde. »
Un cordonnier fabriquait des chaussures en cuir ou dans d’autres matériaux. Une tisserande tissait du tissu. C’étaient deux métiers courants. La ville comptait des guildes d’artisans et de menuisiers, mais s’ils n’avaient rejoint aucune guilde, leurs compétences ne devaient probablement rien avoir d’exceptionnel.
« Son rêve, c’est d’ouvrir un jour une auberge dans la capitale. Pour l’instant, elle veut apprendre la cuisine à la Soupe au potiron de Vanessa. »
« Elle voit grand. »
Rem s’en mêla. C’était compréhensible. Tenir une auberge n’avait rien de facile. Ce n’était pas à la portée de tout le monde. En plus du capital nécessaire, il fallait aussi des gardes armés. Vendre de l’alcool et de la nourriture attirait souvent les ennuis.
La neige avait rendu la journée calme, mais un jour ordinaire, il y aurait sans doute quelques échauffourées. Au moment de sortir, le garde armé leur avait d’ailleurs jeté un coup d’œil.
Enkrid le prit pour un ancien soldat. Employer un garde armé venu de la Garde-frontière présentait bien des avantages. Il pouvait régler discrètement les petits incidents. En cas de problème plus grave, il ne ferait pas le poids à lui seul et il faudrait appeler les gardes de l’unité. Avoir des relations dans l’unité permettait de les faire venir plus vite.
Voilà pourquoi, à la Garde-frontière, il était indispensable d’engager des soldats à la retraite comme gardes.
En outre, les auberges étaient lourdement taxées et, à la Garde-frontière, elles devaient disposer de salles de réunion, de pièces spéciales, de salles d’entraînement privées, de salles à manger et de tavernes. Comme la Garde-frontière n’avait ni seigneur ni manoir seigneurial, tous les événements, petits et grands, se déroulaient dans les auberges. Il y avait bien des salles de réunion dans l’unité, mais c’étaient des installations militaires. N’importe qui ne pouvait pas y entrer.
Les auberges s’étaient donc naturellement développées par nécessité. En ouvrir une pareille dans la capitale semblait irréaliste, mais ce n’était pas une raison pour renoncer.
« Tu en sais, des choses. »
dit Enkrid en marchant derrière Jaxon.
« Toutes les jolies femmes sont de potentielles clientes. »
Kraiss rêvait d’ouvrir un salon réservé aux dames de la noblesse. Un salon exclusivement féminin. Et, bien entendu, tous les employés seraient de beaux garçons.
Il avait de l’imagination. Son plan consistait à tirer profit du physique des hommes pour vider les bourses des nobles dames. Kraiss, qui semblait inquiet, poursuivit :
« Mais la panthère va bien ? Elle n’a pas froid ? Pourquoi elle ne bouge pas quand je lui dis de suivre ? »
« Tu en veux toujours à ses griffes ? »
« Non. J’ai compris que je risquais de ne pas m’en sortir si j’essayais. Ce n’est pas pour rien qu’elle a coûté cher. »
Enkrid gloussa à ces mots. Il ne croyait pas que Kraiss ait vraiment renoncé.
« Pourquoi tu ne lui donnerais pas un nom ? On dirait qu’elle va rester avec nous. »
À la suggestion de Kraiss, Enkrid acquiesça pour lui-même. Ils ne pouvaient pas l’appeler « la panthère » indéfiniment. En discutant, ils se retrouvèrent dans une ruelle sombre. Ils avaient tourné plusieurs fois et même Enkrid, pourtant doué pour s’orienter, commençait à s’y perdre.
« Tu es sûr que la Guilde des voleurs ne t’a pas payé pour nous conduire dans un piège ? »
Rem le taquina. Jaxon ne lui accorda aucune attention.
« Ce type m’ignore tout le temps. »
grommela Rem, mais Jaxon persista à faire comme s’il ne l’entendait pas.
« Ça suffit. »
Enkrid empêcha Rem d’en rajouter.
« Tu fais des préférences ? Si je me fâche, ça va mal finir. »
Si Rem se défoulait sur Enkrid, c’était bon signe. Cela voulait dire qu’il comptait s’arrêter là. Le silence retomba. Ragna, qui semblait s’ennuyer, donna des coups de pied dans le sol en marchant.
« L’hiver, ça caille. »
La seule remarque d’Audin porta sur un groupe de mendiants étendus par terre malgré le froid. La neige avait cessé de tomber, mais une fine couche recouvrait le sol dur et gelé. Le lendemain, le soleil la ferait fondre et le terrain se transformerait en gadoue.
« Nous y sommes. »
Après avoir erré dans les ruelles pendant une demi-heure environ, ils arrivèrent devant une vieille porte en bois. C’était le genre de porte qu’on voyait partout à la Garde-frontière. Le soleil s’était couché, mais la clarté de la lune suffisait à y voir. Enkrid s’apprêtait à pousser la porte quand…
« Tu prends le côté gauche ? »
demanda Rem, immobile sous la lumière de la lune.
« Je prends le côté droit. Je dois bien rembourser le repas. »
répondit Audin.
« Faites comme vous voulez. Tant que personne ne s’en prend à moi. »
Ragna bâilla.
« Espèce de feignasse. Chef d’escouade, on a de la compagnie. »
Enkrid se retourna à ces mots. Les arrivants étaient tous vêtus de haillons. En regardant de plus près, il reconnut les mendiants qu’ils avaient aperçus plus tôt. L’image de l’assassin demi-elfe lui traversa l’esprit, puis s’évanouit.
Deux fois plus nombreux.
Sans même y penser, Enkrid porta la main à l’arrière de sa ceinture. Ses doigts trouvèrent un couteau. Ce n’était pas une arme ordinaire. Il l’avait pris sur le cadavre de l’assassin demi-elfe. Il portait aussi contre sa poitrine le fourreau des dagues sifflantes. Ces dagues n’étaient pas faciles à trouver.
Il les avait donc gardées, naturellement. Il avait ramassé celles qui étaient plantées dans le sol ainsi que celles qui se trouvaient sur le corps de l’elfe.
« Vous n’avez donc pas appris à éviter les endroits comme celui-ci après la tombée de la nuit ? »
lança l’un des mendiants, découvrant des dents si jaunes qu’elles en paraissaient noires.
Dans l’obscurité, les détails échappaient au regard. Malgré l’hiver et les quelques pas qui les séparaient, leur puanteur était perceptible.
« Mon cul. »
répliqua Rem en s’avançant. Il ne se précipita pas ; il marcha simplement d’un pas décidé pour réduire la distance. Le mendiant tira de sa manche un couteau de poche dont la lame faisait moins d’une paume. Il esquissa un geste pour le poignarder.
« T’es mort. »
Ce furent ses derniers mots. Rem continua d’avancer et le mendiant lui asséna un coup de couteau. Il visait le ventre, mais Rem lui saisit le poignet gauche. Il le tira à lui et lui fracassa la tête d’un coup de coude droit.
Crac !
Le coup fut décisif. Sous l’impact du coude, le cou du mendiant se tordit selon un angle impossible. Au même instant, de l’autre côté, Audin saisit la mâchoire d’un autre mendiant entre le pouce, l’index et le majeur, et la fit pivoter.
Avec seulement trois doigts, il lui tordit la mâchoire et lui brisa le cou. Quelle démonstration de force brute !
« Putain de taré ! »
« Merde ! »
Deux des trois mendiants encore debout hurlèrent ; le dernier tenta de filer. Le combat de Rem et d’Audin fut bref. Ils réduisirent la distance, ignorèrent les couteaux et frappèrent chacun une seule fois.
Rem trancha la gorge d’un mendiant du tranchant de la main, puis lui asséna un coup de poing à la tempe. L’homme perdit connaissance.
Audin fit encore plus simple. Il avança le pied gauche et décocha un direct du gauche.
Boum !
Son poing partit comme un boulet de canon. La rotation du pied et de la taille culmina dans le coup. Le nez du mendiant disparut, son visage s’enfonça et il tomba à genoux avant de s’écrouler au sol. Un seul coup lui avait broyé la face. Il était inévitable qu’il perde connaissance. Pendant ce temps, Enkrid s’occupa du mendiant qui tentait de fuir.
Paf !
« Argh ! »
Le mendiant qui s’enfuyait s’écroula en avant, une dague plantée dans le cou. Rem, qui s’apprêtait à le poursuivre, tourna la tête. Audin cligna plusieurs fois des yeux et Ragna, qui somnolait à moitié, ouvrit de grands yeux. Le front de Jaxon se détendit.
Dans l’air glacial et pesant,
« Waouh. »
Kraiss laissa échapper une brève exclamation.
Enkrid abaissa sa main droite, encore en position de lancer, puis dit :
« Pourquoi perdre du temps à le poursuivre ? »
« Depuis quand le chef d’escouade est-il devenu si doué pour lancer des couteaux ? »
demanda Rem.
« Je me suis amélioré à force de m’entraîner. »
« Pas mal. »
« C’est vraiment le moment d’admirer mes talents au lancer de couteau ? »
Rem acquiesça, reconnaissant qu’il avait raison. Personne ne fut surpris que cinq mendiants les aient attaqués. Même Kraiss ne broncha pas.
« Ça ne vous surprend pas ? »
demanda Enkrid. Il avait observé les postures et les mains des mendiants à leur approche. S’il avait survécu comme mercenaire, ce n’était pas pour rien. Pour s’en sortir avec des compétences médiocres, il fallait être très observateur. Et Enkrid avait un sens de l’observation exceptionnel. Il comprit que, s’il y avait des gardes, c’était qu’ils protégeaient quelque chose plus loin.
« Non, pas vraiment. Quel genre de mendiants s’attaquerait à des soldats armés ? Leur prétexte ne tenait pas debout. C’est forcément le quartier général de la Guilde des voleurs, ou bien ils cachent quelque chose. »
Tout le monde pouvait-il le remarquer ?
Ou Kraiss était-il simplement intelligent ?
C’était probablement la première hypothèse. Mais il n’en restait pas moins audacieux. Même s’il avait tendance à courir partout sur le champ de bataille, Kraiss avait vu le combat de près.
Pour lui, ce n’était rien.
« C’est étonnant, pour une bande. »
« Quoi donc ? »
« À leur façon de se comporter, on aurait dit qu’ils se relayaient. C’est plutôt minutieux pour une simple bande. Ce Gielpin doit être très compétent. »
Kraiss était effectivement malin. Il savait voir l’ensemble à partir d’un simple détail.
« C’est vrai. »
Pendant qu’ils échangeaient quelques mots, Jaxon ouvrit la porte puis s’écarta. À voir la façon dont il tenait son épée, il semblait prêt à la tailler en pièces. Audin s’avança.
« Je vais frapper. »
C’était le quartier général d’une organisation criminelle. Frapper à la porte ne leur ouvrirait pas le passage.
Bam !
Mais le coup d’Audin n’avait rien d’ordinaire.
« Ha ha, bien joué, notre pieux ami. »
Rem l’admira. Enkrid fut lui aussi impressionné. Audin avait pivoté sur son pied gauche et fait claquer sa paume contre la porte. Puis il avait aussitôt retiré la main. Un coup net et précis.
Les gonds se soulevèrent et la porte s’effondra vers l’intérieur. L’entrée était libre. Autrement dit, il l’avait défoncée.
Quel toc audacieux !
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