Chapitre 237
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 237 : Qu’est-ce qu’un chevalier ?
= = =
Pas un entraînement.
C’était une offre. Un recrutement.
J’ai l’impression que ça n’arrête pas ces derniers temps.
Marcus ne lui avait-il pas dit la même chose ?
Il m’avait demandé de devenir commandant de bataillon.
Enkrid avait refusé.
Et cette fois, c’était un ordre de chevalerie.
Enkrid observa l’homme qui se tenait devant lui.
Au premier coup d’œil, il était évident qu’il n’était pas un noble de Naurillia.
Était-ce un problème ?
Pas du tout. Ça n’avait probablement pas la moindre importance.
Même né à Naurillia, qu’aurait connu des rois et des nobles un gamin d’un village reculé ?
Les meilleurs étaient simplement ceux qui vous remplissaient le ventre et ne vous tourmentaient pas.
La plupart des gens n’avaient jamais vu le roi de leur vie. Ils grandissaient donc en croyant que le seigneur local était leur roi. Enkrid était né et avait grandi dans un village de ce genre.
Il n’avait donc jamais éprouvé un attachement particulièrement fort envers son pays.
Voilà pourquoi il ne répondit pas tout de suite, mais ce n’était pas une question de loyauté.
Et il n’était pas du genre à refuser de l’aide.
Sans les conseils et le soutien des autres, il ne serait jamais arrivé jusque-là.
À cet égard, Enkrid était reconnaissant envers Rem, Audin, Ragna, Jaxon et même Kraiss.
Pourtant, tout cela mis à part, cette proposition le vidait franchement de son énergie.
C’était difficile à expliquer, mais son cœur qui battait à tout rompre se calma d’un coup.
Il était venu en s’attendant à voir l’homme devant lui se battre pour de bon, afin de juger de ses propres yeux de son habileté.
C’était pour ça qu’il avait bravé la pluie battante pour venir.
« Vous ne m’avez même pas dit où se trouve cet endroit, et vous voulez que je vous suive ? »
« Vous ne le regretterez pas. »
Ses yeux brillaient. Il avait l’air de croire sincèrement à ses propres paroles.
Enkrid savait que même si l’autre n’avait aucune mauvaise intention, cela ne signifiait pas que cette proposition lui serait bénéfique.
Une pierre lancée sans réfléchir pouvait tuer une grenouille.
Que le geste soit animé d’une bonne ou d’une mauvaise intention, qu’il s’agisse de chasser un serpent ou d’écraser la tête de la grenouille, une pierre restait une pierre.
Et surtout…
Est-ce que je veux seulement rejoindre un ordre de chevalerie ?
Enkrid leva les yeux vers le ciel et se posa la question.
La pluie battante n’avait pas l’air de vouloir s’arrêter avant un jour ou deux.
Pour une pluie d’automne, elle était féroce.
La réflexion fut brève. Ce n’était pas le genre de question qui nécessitait de longues délibérations.
Devenir chevalier et rejoindre un ordre de chevalerie étaient deux choses différentes. Ça l’avait toujours été.
Ce n’était pas parce qu’il admirait les Chevaliers à la Cape Rouge qu’il allait tout abandonner pour porter leur cape.
Il en allait de même à présent.
« Je refuse. »
« Vous refusez ? Si c’est parce que je ne vous ai pas révélé mon affiliation, reconsidérez votre décision. Personne ne peut vous offrir une meilleure voie que la mienne, pour l’instant. Si vous voulez aller plus loin, vous devez vous rendre là où se rassemblent les gens de ce niveau. »
Fallait-il nécessairement rejoindre un ordre de chevalerie pour devenir chevalier ?
Non. Mais les chances étaient plus élevées.
On trouvait des gens ayant atteint ce que la plupart appelaient le niveau d’un chevalier parmi les mercenaires, et même parmi les bandits.
Mais cela ne changeait rien au fait que la majorité des chevaliers venaient des ordres de chevalerie.
Du moins, les occasions y étaient plus nombreuses.
Pour un soldat sans le sou dans un territoire frontalier, cela ressemblait vraiment à une corde en or, à une véritable chance.
« Un meilleur endroit que chez les Chevaliers à la Cape Rouge. Je vous le garantis. »
L’Épéiste à la rapière répéta son offre, mais Enkrid ne hocha toujours pas la tête.
Un ordre de chevalerie.
Oui, cela pouvait être une occasion.
Mais suffisait-il de s’entraîner et de s’exercer, de faire partie d’un ordre de chevalerie, pour atteindre ce niveau d’habileté ? Pour arriver là où il le souhaitait ? Pour devenir chevalier ?
Enkrid repassa en revue le chemin parcouru. Il avait toujours eu le réflexe de faire le point. Et sur ce chemin, qu’avait-il trouvé ?
Qu’est-ce qui l’avait mené aussi loin ?
Il n’avait pas besoin qu’on lui fournisse un environnement parfait où il n’aurait plus à s’inquiéter de rien.
Et il y avait autre chose.
Je n’ai même pas encore vu jusqu’où peuvent aller ces brutes.
Il avait bâti ce qu’il était aujourd’hui en recevant leur aide ; il ne pouvait donc pas leur tourner le dos.
Alors qu’il s’apprêtait à refuser une nouvelle fois…
« Savez-vous quel objet appartenant à une elfe il ne faut jamais toucher ? »
D’où était-elle sortie ?
Même les sens aiguisés d’Enkrid n’avaient perçu sa présence que vaguement, jusqu’à ce qu’elle prenne la parole.
Avant qu’il ait pu répondre, la voix du commandant de compagnie elfe retentit la première.
Elle avait dû se laver ; son visage semblait plus lumineux qu’avant. Elle portait aussi des vêtements ordinaires : des manches longues, mais une chemise légère qui flottait au vent.
Puis…
« Son fiancé. »
C’était Jaxon. Avait-il répondu à la question de l’elfe ?
Que faisaient-ils tous les deux là-bas ?
Enkrid et l’Épéiste à la rapière tournèrent la tête.
« Exact. Son fiancé. Savez-vous ce qui arrive si l’on traite le fiancé d’une elfe à la légère ? »
« On se fait exécuter, non ? »
Ce salaud de Rem venait lui aussi d’apparaître.
Ne faisait-il pas comme s’il ne quitterait jamais le logement ?
« Seigneur, mon Père, je vous en prie encore : ne m’enlevez pas mon petit et précieux commandant de compagnie. »
Audin surgit à son tour, en prière.
Depuis quand les observaient-ils tous ?
Ils se tenaient d’un côté du terrain d’entraînement.
Un groupe était rassemblé autour d’Audin.
Audin priait, Ragna brillait des yeux en silence, Rem souriait en laissant émaner son intention meurtrière, et Jaxon se tenait à côté de lui.
Esther se trouvait aux pieds de Jaxon, et l’homme-bête aux yeux dorés se tenait à côté d’eux.
« S’il part, je partirai avec lui. »
C’était Dunbakel. Elle était toujours directe, jamais du genre à tourner autour du pot. Si Enkrid allait quelque part, elle le suivrait.
Le commandant de compagnie elfe se tenait à un pas du groupe et fixait Enkrid droit dans les yeux.
Enfin, peut-être parce qu’il était sorti en retard, Finn grommela :
« Alors, c’était ça, “regarder” ? Bon, tu y vas ? »
La dernière question s’adressait à lui. Enkrid se gratta la tête.
À bien y réfléchir, il n’avait pas fait grand-chose pour eux, et pourtant, ils avaient pris sa défense. Ils s’étaient battus, l’avaient formé et étaient restés à ses côtés jusqu’à présent.
Au fond, qui suis-je ?
Qu’est-ce qu’un chevalier ?
Il croyait qu’un chevalier était quelqu’un qui protégeait l’honneur.
Qu’est-ce qu’un chevalier ?
Il croyait qu’un chevalier était quelqu’un qui avait des convictions.
Qu’est-ce qu’un chevalier ?
Il croyait qu’un chevalier était quelqu’un qui faisait régner la justice.
Voilà la chevalerie en laquelle Enkrid croyait, qu’il suivait et qu’il voulait incarner.
Pour lui, c’était là l’honneur, la conviction et la justice.
Et le lien qui l’unissait à eux était à la hauteur de ces trois idéaux.
« Si vous n’êtes pas venu pour vous battre, retournez d’où vous venez. Je ne rejoindrai pas votre ordre de chevalerie. »
Enkrid avait déjà choisi la voie qui le mènerait à devenir chevalier.
Ici, à cet endroit, du présent jusqu’à ce qui viendrait ensuite.
« Enfin, ce n’est pas comme si j’avais prévu de t’en empêcher si tu avais accepté. »
À ces mots, Rem débita encore des absurdités. Il n’allait pas l’en empêcher de toute façon ; alors pourquoi était-il venu ?
« Hum, moi, je suis mieux. »
Ragna lâcha soudain ces mots sans crier gare.
« Mieux que n’importe quel ordre de chevalerie, c’est ce que je veux dire. »
Des paroles arrogantes et débridées, mais Enkrid connaissait le génie de Ragna et n’avait rien à lui répondre.
Audin se contenta de sourire doucement.
« C’est ton choix, frère. »
N’avait-il pas prié Dieu un instant plus tôt pour qu’on ne le lui enlève pas ?
Et pourtant, si Enkrid avait annoncé son départ, ces gens l’auraient accepté.
Ils étaient vraiment étranges.
Quoi qu’il en soit, il avait pris sa décision, choisi sa voie et n’avait aucune intention de revenir en arrière.
C’était le genre d’homme qu’était Enkrid.
Grrrrang.
Le tonnerre gronda à nouveau, et un éclair bleu déchira le ciel au-dessus de leurs têtes, illuminant les environs.
L’Épéiste à la rapière plongea son regard dans celui d’Enkrid, puis hocha la tête.
« On dirait que vous ne changerez pas d’avis. »
Il renonça. L’épéiste épousseta ses mains. Il parcourait le continent, repérait des gens prometteurs et les guidait jusqu’à sa base.
D’ordinaire, il aurait révélé son affiliation.
Mais…
Il avait l’air de vouloir refuser.
C’était pour cela qu’il ne l’avait pas dit. Même s’il l’avait fait, rien n’aurait probablement changé.
Mais devait-il le lui révéler maintenant, au cas où ?
Inutile. Comparé à tous ceux qu’il avait rencontrés, le talent du jeune homme semblait médiocre. Pourtant, dès le début, il avait estimé que son regard avait quelque chose de remarquable.
N’était-ce pas pour cela qu’il avait tenté de le recruter ?
À l’époque, toutefois, ce n’était pas son épée qui avait attiré son attention. C’était autre chose.
« Méfiez-vous de la Lame Hirondelle. Il n’a rien d’un tendre. »
« Compris. »
Enkrid hocha la tête.
« N’abusez pas de la Volonté. Si un enfant qui vient d’apprendre à marcher se met à courir sans s’arrêter, ses genoux et ses chevilles finiront par lâcher. Commencez par renforcer vos chevilles, puis courez. »
« Je le ferai. »
Un bon conseil, suivi de quelques mots utiles en prime.
« Je vais partir, alors. Je ne sais pas si nous nous reverrons. »
C’était un adieu inutilement franc.
« À bientôt. »
Enkrid lui répondit sur le même ton.
L’Épéiste à la rapière se détourna. Finalement, il n’y eut pas de duel.
C’était la seule chose qu’Enkrid regrettait.
« Ça t’embête de ne pas pouvoir te battre contre lui, là, tout de suite ? »
Rem avait visé juste. Déjà contrarié, Enkrid se tourna vers lui, l’esprit combatif en éveil.
« Puisqu’on est déjà trempés ? »
« Ha ! Bon sang, d’accord. Je te préviens : je ne pourrai pas me retenir comme avant. »
« Je ne me suis jamais retenu contre toi. »
« Ça, c’est évident. Sérieusement, cette langue de merde… »
Par une nuit pluvieuse, Enkrid se tint l’épée à la main. En face de lui, Rem sortit sa hache.
Séparés par le rideau de pluie, ils ignorèrent l’obscurité et l’averse pour se jeter l’un sur l’autre.
Une fois de plus, Enkrid perdit.
« Maintenant, je ne peux vraiment plus me retenir. »
Voilà ce que Rem lui dit sous la pluie.
Au moins, ils s’étaient suffisamment retenus tous les deux pour éviter de verser le sang.
Rem.
Il pouvait aller plus loin. Enkrid avait l’impression qu’il se bridait volontairement.
Enkrid le sentait, mais ne posa pas la question.
Chacun avait ses propres affaires à régler.
Il se contenta de prendre une résolution : si ses convictions, sa justice et son honneur signifiaient que son lien avec eux se trouvait ici, alors il protégerait ce lien.
« Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Une hache de cassée ? »
L’épée d’Enkrid était solide. Un coup délibéré avait brisé l’une des lames de la hache.
Rem s’en était servi comme appât pour décider de l’issue du duel.
« Tu vas m’en racheter une, alors ? »
« Je n’ai pas de krona. »
« Moi non plus. »
Récemment, ils en avaient donné une bonne somme à Kraiss, parce qu’il avait fait quelque chose d’utile.
À présent, ils n’avaient même plus assez de krona pour acheter une armure complète.
De toute façon, ni Enkrid ni Rem n’avaient jamais été du genre à économiser soigneusement leurs krona.
Leurs regards se tournèrent naturellement vers le logement.
« Grands Yeux, espèce de salaud. »
Sans krona, il ne leur restait qu’à embêter Kraiss, alias Grands Yeux.
Tel était le jugement de Rem, et Enkrid ne l’en empêcha pas.
« La Volonté commence maintenant. »
Ragna prononça ces mots en observant leur duel.
Ce fainéant était resté sous la pluie juste pour regarder.
Esther, trempée jusqu’aux os, bondit dans les bras d’Enkrid.
« Je le sais, moi aussi. »
Il le savait parce qu’il l’avait ressenti et compris.
Il se demandait seulement s’il allait retourner aux bains ou se laver rapidement avant de dormir.
« Commandant de compagnie indépendante ! »
La voix venait de l’entrée des baraquements. Il était déjà tard dans la nuit. Un soldat l’appelait.
Tous les regards se tournèrent de ce côté.
Même Rem, qui était rentré pour embêter Kraiss, ressortit.
« Hé, vous êtes trempés jusqu’aux os. Essuyez-vous au moins avant d’entrer. »
On entendit Kraiss grommeler.
« Il s’est passé quelque chose ! »
Un soldat était venu chercher Enkrid.
Qu’est-ce qu’il y a encore ? se demanda-t-il.
* * *
En quittant les lieux, les compagnons de longue date de l’Épéiste à la rapière se rapprochèrent de lui.
« Quel voyage inutile. »
L’un d’eux ricana.
« Si je me suis amusé, ça me suffit. »
« T’en es sûr ? Tu vas aussi le laisser là ? Il avait l’air de mijoter quelque chose. »
Chacun avait sa spécialité. Celui dont il était question était ce fou qu’on appelait la Lame Hirondelle.
L’épéiste passa une main sur son menton.
Une habitude qui lui était restée même après qu’il eut rasé sa barbe.
« Il se débrouillera tout seul. »
Ce n’était pas son affaire, pour commencer. Et ce type n’était pas homme à perdre contre la Lame Hirondelle.
Mais il avait le genre d’esprit à se servir de sa tête.
« Mais c’était vrai ? »
Un subordonné posa la question. L’Épéiste à la rapière hocha la tête sans hésiter.
« C’est un talent que mes yeux ne parviennent pas à déchiffrer. »
C’était un éloge de taille.
En vérité, Enkrid était arrivé jusque-là après être mort encore et encore, mais ils ne pouvaient pas le savoir.
« Oh. »
Le subordonné parut stupéfait. Son supérieur ne prononçait pas souvent ce genre de paroles.
« Alors, où va-t-on, maintenant ? »
« On rentre. Dans l’Empire. »
À ces mots, les visages des subordonnés s’éclairèrent à leur tour.
Ils rentraient enfin.
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