Chapitre 193
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 193 : Débrouille-toi (1)
= = =
Marcus écouta le rapport au beau milieu de la nuit.
« À chaque fois que je vous vois, vous me surprenez. »
Il commença par lui témoigner son admiration.
« C’est grâce à vous. »
Puis il le remercia avec une telle solennité qu’on aurait presque dit une cérémonie.
Comment un commandant de bataillon pouvait-il s’incliner aussi bas devant un simple soldat ? Bon, même si ce soldat était maintenant commandant de compagnie.
Enkrid expliqua que c’était une coïncidence, puis exposa les faits sans détour.
Voilà tout.
« Je vois. »
Marcus ayant achevé ses remerciements, Enkrid quitta le bureau.
Le reste, c’était à Marcus, le responsable de la Garde-frontière, de s’en occuper lui-même.
Après avoir terminé son rapport et être sorti, le commandant de compagnie elfe le suivit comme pour le raccompagner, puis prit la parole en fixant le vide.
Son regard et son ton étaient toujours aussi désinvoltes.
« On dort ensemble, cette nuit ? Il faut préserver notre pureté avant l’union sacrée, alors nous dormirons seulement en nous tenant la main. »
« Je dormirai sans tenir la main de personne. Tout seul. Dans ma baraque. »
« Je vois. »
C’était vraiment censé être une plaisanterie ?
Après avoir pris congé du commandant de compagnie elfe et regagné sa baraque, Enkrid se rinça la sueur et s’assit sur son lit.
L’eau gouttait de ses cheveux mouillés. En les secouant de la main, il remarqua qu’ils avaient encore bien poussé.
« Ils m’ont juste bousillé ma nuit. S’ils comptaient venir, ils auraient dû rappliquer tous ensemble, ces salauds. »
« Tout est dans la volonté du Seigneur. Priez, mes frères et sœurs. »
« J’ai entendu dire qu’il s’était passé quelque chose ? »
« Grrr. »
« Beurk… Si les Bandits des Lames Noires sont venus jusqu’ici, c’est que ça se corse vraiment. »
Chacun ajouta un ou deux commentaires, puis se coucha comme d’habitude.
Enfin, tout le monde ne s’endormit pas aussitôt. Enkrid, du moins, resta éveillé.
Il ferma les yeux et repassa le combat de tout à l’heure dans sa tête.
Qu’il gagne ou perde, que le combat soit écrasant ou non.
Chaque bataille avait quelque chose à lui apprendre. C’était ce qu’on lui avait enseigné, et ainsi qu’il avait toujours vécu.
Cette fois ne fit pas exception.
Même avoir tranché net ses ennemis ne changeait rien.
À force de repasser le combat, il finit par s’assoupir et rêva que dix lions blancs se ruaient sur lui.
Mais cette fois encore, il ne flancha pas. Il pouvait les gérer. Le combat valait la peine d’être mené.
Enkrid sentit soudain à quel point il avait grandi.
Était-ce ridicule ?
À quoi ressemblait son champ de bataille, à l’origine ?
À un endroit où il se débattait pour survivre.
Un endroit où avancer signifiait mourir. Où il devait rester à l’arrière et observer la situation s’il voulait vivre.
Mais à présent ?
Même en sachant qu’il rêvait, il sentit sa poitrine frémir. Après toutes ces longues années d’entraînement et de discipline, qu’avait-il voulu, au juste ?
De telles pensées auraient dû déformer son rêve.
Peut-être était-ce l’œuvre du passeur.
Même dans son rêve, son esprit était clair, presque comme dans la réalité.
Le plus étrange, c’était qu’Esther combattait à ses côtés, mais pas sous la forme d’une panthère.
Sa peau était si pâle qu’elle semblait exsangue, et lisse ; elle portait une robe noire qui scintillait même dans l’obscurité.
On aurait dit un vêtement coûteux.
« Alors, c’est votre apparence d’origine ? »
« … Pourriez-vous éviter de prétendre me connaître dans le monde intermédiaire ? »
Qu’était-ce censé vouloir dire ?
Même Enkrid trouvait étrange de reconnaître son visage alors qu’elle n’était pas une panthère.
Cela dit, avec ses cheveux noirs et ses yeux bleus, qui aurait pu ne pas la reconnaître ?
Elle lui avait dit de ne pas se montrer familier, alors il s’abstint. Rêve ou pas, il l’ignora.
Mais ce n’est pas mon rêve ?
Une part de lui se disait bien que le problème venait du fait qu’elle sortait tout droit de son imagination.
Bientôt, les lions blancs chargèrent. Dix lions blancs brandirent leurs griffes et leurs cimeterres ; ce qui avait commencé dans une gerbe de sang se transforma en danse au fil du combat.
À bien y penser, il ne lui avait jamais demandé comment elle avait appris l’escrime à l’épée de mercenaire du Style de Vallen.
Sur le moment, ça ne lui parut pas important.
À la place…
Elle avait l’air de vouloir mourir, puis, tout à coup, elle s’est mise à s’accrocher à la vie.
Une femme-bête étrange. Même son apparence était singulière. Elle ne ressemblait pas à une femme-bête ordinaire.
Un rêve restait un rêve, et le travail, le travail.
Des lions apparurent, mais le rêve tenait davantage du délire absurde ; il se brouilla rapidement et s’évanouit.
Enkrid ouvrit les yeux, contempla le plafond de la baraque, puis se redressa.
C’était l’été, alors le ciel était déjà clair, même à l’aube.
Que faire, alors ?
Commencer par la Technique d’isolement.
Puis s’entraîner à l’épée, avec des pauses consacrées aux exercices de concentration.
Il ne négligea pas non plus la Technique du battement d’épée ni l’entraînement des cinq sens.
Jaxon ne l’avait-il pas dit lui-même ?
« Tu t’entraînes tous les jours. Surtout les exercices sensoriels. Chaque jour compte, alors tu ne les sautes pas. »
D’une certaine façon, cela ressemblait à la philosophie d’Audin. La Technique d’isolement suivait le même principe.
« Grand frère, tu ne peux pas sauter une journée et faire le double le lendemain. Ça ne ferait que nuire à ton corps. Tu t’entraînes tous les jours. Tous les jours, tous les jours, tous les jours, tous les jours. Grand frère, tu m’écoutes ? »
Il avait tant insisté que ses paroles s’étaient gravées dans les oreilles d’Enkrid.
Cela ne signifiait pas pour autant que l’entraînement quotidien était pénible. Enkrid le trouvait lui aussi tout naturel.
C’est ainsi que sa journée commença : il fit le point sur ses acquis, révisa et s’entraîna.
Quoi qu’il se fût passé la veille, Enkrid passait aujourd’hui une nouvelle journée ordinaire.
Marcus, le responsable de la ville, qui avait admiré Enkrid la nuit dernière, découvrait à quel point le salaud qui avait mis la main sur l’or des Bandits des Lames Noires était effronté.
À sa manière, cela aussi méritait l’admiration.
* * *
Dunbakel raconta tout ce qu’elle savait.
Elle fit de même après avoir été emprisonnée.
« L’ordre était d’aller à la Garde-frontière et d’y semer le trouble. Moi ? À ce stade, je suis à moitié une lame à louer. Je ne sais pas comment tout ça a commencé. Mais je suis sûre qu’ils sont liés à quelqu’un de la ville. »
Après avoir entendu les paroles de la femme-bête, Marcus ne demanda même pas de qui il s’agissait.
À la place, il fit venir le noble pourri qui avait accepté des pots-de-vin et le conduisit à la prison. L’homme descendit accompagné d’une escorte et, quand Marcus lui demanda s’il savait quelque chose, il répondit :
« Je ne sais rien de tout ça. »
L’homme fronça brièvement les sourcils, puis répéta :
« Femme-bête de merde, parle clairement. Tu fais vraiment partie des Bandits des Lames Noires ? Tu crois qu’on va avaler les élucubrations d’une mercenaire qui se déplace pour quelques pièces ? »
Il alla même jusqu’à se mettre en colère.
L’entendre de la bouche d’un homme qui avait accepté de l’or, juste devant la femme-bête, laissa Marcus abasourdi.
Est-ce que je ne peux vraiment pas abattre ce salaud ?
Marcus détourna complètement les yeux du noble.
S’il continuait à le regarder, il avait l’impression qu’il finirait par le tuer sur-le-champ.
Cela ne voulait pas dire qu’il comptait laisser l’affaire en l’état.
Comment laisser tranquille quelqu’un qui avait causé un tel chaos ?
Je ne peux pas le tuer en pleine ville.
Mais c’était un noble. Si un incident pareil se produisait dans la Garde-frontière, il risquait fort de devenir un problème par la suite, même s’ils l’étouffaient maintenant.
Même s’ils parvenaient à arranger les choses d’une manière ou d’une autre.
Ça pourrait devenir un point faible quand je retournerai au centre. Non, ça le deviendra.
Vu ce qui l’attendait, il ne pouvait pas se le permettre.
Alors, comment m’y prendre ?
Les gens voyaient son surnom, le Fanatique de guerre, et supposaient qu’il ne connaissait rien aux luttes politiques.
Rien n’était plus faux.
Pour devenir un noble influent au centre et conserver son pouvoir, les intrigues étaient indispensables.
Marcus était aussi un politicien, et il savait poignarder les gens dans le dos.
Il prit une décision, y réfléchit et parvint à une conclusion.
S’il ne pouvait pas agir ici, il pouvait d’abord l’envoyer ailleurs et lui adjoindre cet ami qui rapportait toujours plus que prévu chaque fois qu’on lui confiait une mission.
Si je les envoie ensemble, j’ai l’impression qu’il va régler ça tout seul.
Enkrid, cet ami.
Marcus ne l’avait même pas envoyé en patrouille. Il l’avait simplement laissé dans sa baraque, et Enkrid avait abattu l’élite des Bandits des Lames Noires, réduit une manticore en bouillie sanglante et décapité le cultiste.
Tout cela s’était passé la nuit dernière.
Je devrais simplement l’envoyer avec eux ?
Et s’il ne se passait rien, tant mieux. Il en resterait là.
Pour commencer, envoyons-le sous ce prétexte.
Les Bandits des Lames Noires avaient déjà commencé à jouer des tours. Il ne pouvait pas l’ignorer.
Marcus avait de la malveillance au fond du cœur, mais parlait avec droiture.
« Martai a levé une armée. »
C’était vrai. Un fils de pute qui se faisait appeler général dans cette ville de mercenaires préparait une guerre contre la Garde-frontière.
Pour l’instant, seuls quelques-uns qui avaient l’oreille fine le savaient, mais les rumeurs d’une guerre entre les villes ne tarderaient pas à se répandre.
« Et aucun renfort ne nous sera envoyé. »
Tout en parlant, Marcus s’écarta.
Fouu.
Comme ils se trouvaient sous terre, la torche fixée au mur éclairait la moitié de son visage et plongeait l’autre dans une ombre plus profonde.
Il avait l’air d’un homme accablé par le sort de la ville.
Martai avait un net avantage militaire. Marcus le savait. Le noble aussi.
C’était précisément pour cette raison qu’il avait défendu cette idée absurde d’introduire les Bandits des Lames Noires.
En tant que commandant et représentant de la ville, la situation avait de quoi le tourmenter.
« Et si nous les engagions comme mercenaires ? »
Il ne les nomma pas directement, mais le noble tendit l’oreille.
Ils ne pouvaient pas reconnaître ouvertement les Bandits des Lames Noires comme des alliés. Mais cette bande de brigands faisait aussi du mercenariat, non ?
L’idée était donc de les engager et de les utiliser pour régler cette affaire.
Le noble Bansento, qui avait empoché l’argent des Bandits des Lames Noires, tendit l’oreille, mais s’efforça de ne rien laisser paraître.
Son expression demeura impassible.
Enfin, il entendait ce qu’il attendait. Bansento faillit répondre aussitôt, puis ravala ses mots pour ne pas avoir l’air trop empressé.
Il avait cru que tout était fini après l’échec du raid, mais non.
Marcus avait peut-être plutôt été rongé de l’intérieur par cette affaire. Peut-être.
D’abord les engager comme mercenaires, puis les faire entrer. Dans cet ordre.
Enfant, Bansento avait survécu en apprenant à lire les gens. Puis il avait grandi et s’était emparé du pouvoir.
Le goût exquis du pouvoir lui avait empoisonné l’esprit.
Il ne comprenait pas correctement la situation. L’escorte des Bandits des Lames Noires à ses côtés n’arrangeait rien.
« La femme que nous avons capturée est une femme-bête nommée Dunbakel. Il n’est pas difficile de s’occuper d’elle, mais prétendre qu’un homme a repoussé seul dix pillards, c’est un mensonge. Si c’étaient bien ces dix-là, même moi, il me faudrait du temps. Se défendre seul contre un raid nocturne sans préparation ? Tout le Peloton des Fous a dû bouger. Une manticore ? Je n’en sais rien. Mieux vaut croire qu’ils répandent de fausses rumeurs. »
Le cadavre de la manticore avait été aussitôt caché puis récupéré par la Guilde de Gielpin ; il ne restait donc que des rumeurs.
Le cadavre d’une Créature démoniaque de haut rang avait déjà une grande valeur en soi. Kraiss comptait la dépecer et la vendre ; il l’avait donc naturellement cachée dans la guilde, mais cela facilitait aussi les malentendus.
Une manticore, mon œil. Quelle entourloupe cherchent-ils à monter ?
Avant une guerre, une tactique courante consistait à se donner de l’importance quand on savait qu’on serait désavantagé en affrontant l’ennemi de front.
C’était forcément une manœuvre de Marcus.
Puisqu’il y avait eu un raid de toute façon, autant en exagérer l’ampleur.
Dans le même esprit, il devait sans doute aussi vanter les mérites de ce salaud d’Enkrid.
Bansento ne fit aucun effort pour examiner la situation sérieusement.
L’escorte envoyée par les Bandits des Lames Noires non plus.
Il savait qu’Enkrid avait changé. Il savait aussi que ses hommes étaient capables.
Si nous nous affrontons sérieusement…
Ce n’était pas la force qui faisait survivre. Celui qui survivait était fort.
L’escorte n’était pas sûr de pouvoir gagner un combat loyal, mais il était sûr de pouvoir tuer.
Il était arrogant.
Bansento se figurait déjà un avenir radieux. Cet état d’esprit les endurcissait tous les deux et rétrécissait leur horizon.
À cette pensée, Bansento se tourna soudain vers Dunbakel et, au lieu de donner aussitôt son accord, prit la parole :
« Ce n’est pas un mercenaire connu, on dirait. »
Sans titre, les mercenaires étaient généralement considérés ainsi.
« Exécutez-la. Quand partons-nous ? »
Chaque fois que Marcus regardait Bansento, il se demandait comment ce salaud avait bien pu grimper jusqu’à cette position.
Mais après tout, c’était le problème des frontières. Les talents y étaient rares. Très rares.
Pourtant, ses baraquements semblaient étrangement pleins de talents, ces derniers temps.
« Demain, ce serait préférable. Avant que Martai ne passe à l’offensive. »
Un prétexte.
Le visage de Bansento s’épanouit de satisfaction.
Marcus était lui aussi satisfait intérieurement, mais conserva une expression grave.
Quant à la femme-bête qui restait, Dunbakel, on l’ensevelit sans bruit dans les ténèbres.
« L’exécution, pas maintenant. Plus tard. »
Elle ne gagna qu’un bref sursis avant la mort.
* * *
Tout commença par ça.
« J’ai entendu dire que Martai avait formulé une demande absurde. Vous êtes au courant ? On dirait qu’il va falloir demander l’aide du centre. »
C’était Vengeance. Il devait être de repos aujourd’hui ; il était venu chercher Enkrid et s’était mis à lui parler.
Kraiss, qui écoutait non loin, se lança dans une tirade avec son accent.
« De l’aide ? Aucune chance. Personne ne viendra. Pourquoi ? Faut que j’explique ? Très bien, je vais le faire. Une grande guerre contre les Créatures démoniaques a éclaté dans le sud. S’il ne s’agissait que de Créatures démoniaques qui déferlent, ce serait une chose, mais Rihinshtetten, la plus grande puissance du sud, qui partage une frontière avec nous, y a discrètement mis son grain de sel. Maintenant, tout ça touche de toutes les façons possibles au destin du royaume. Les hordes de Créatures démoniaques du Royaume démoniaque nous donnent déjà assez de fil à retordre, et voilà que Rihinshtetten s’en mêle aussi. Pendant ce temps, la Garde-frontière a déjà prouvé sa force militaire en bloquant Azpen et en gagnant du temps. S’il s’agit d’un conflit interne et qu’Azpen n’est pas impliqué, le centre n’a aucune raison d’intervenir. Même si une autre faction se joignait à nous, le vicomte Bantara et le comte Molsen sont toujours à l’ouest. En temps normal, le mieux serait de demander l’aide de ces deux maisons nobles, mais ça n’arrivera pas. Bantara est pratiquement le chien de Molsen, et le comte Molsen est connu pour ne jamais bouger sans en tirer profit. »
Une fois de plus, Enkrid fut ébahi que Kraiss ait pu déduire tout ça depuis l’endroit où il se trouvait.
Plus encore, il fut stupéfait de voir que cette bouche ne s’arrêtait jamais.
« Tu n’as pas mal à la gorge ? »
« Hein ? Pour si peu ? J’ai déjà joué cinq rôles à moi tout seul dans une pièce de marionnettes. »
C’était également une sacrée performance.
Porter une pièce à bout de bras en imitant cinq personnes ne devait pas être facile.
À en juger par le caractère habituel de Kraiss, il n’avait sûrement pas fait les choses à moitié.
Pour des kronas, il aurait vendu son âme.
« Et combien de marchands traversent cette ville ? La Garde-frontière est une ville fortifiée, certes, mais c’est aussi, de par sa situation, la plus grande ville marchande du nord de Naurillia. Il suffit d’écouter attentivement pour apprendre des choses. Voilà le truc. Mais c’est aussi le problème, et le cœur de toute cette affaire. »
Kraiss accompagna ses paroles d’une main en coupe derrière l’oreille.
Son ton respirait l’assurance, mais qu’y avait-il de normal dans tout ça ?
On donnait généralement l’un de deux noms aux gens qui prédisaient l’avenir.
Devin ou escroc.
Kraiss n’était ni l’un ni l’autre. Il avait simplement un don pour lire le cours des événements.
« En plus, les Bandits des Lames Noires ont débarqué, et les cultistes aussi. Ça va mal tourner de tous les côtés. Chef, vous n’allez pas quitter la Garde-frontière pour être muté dans une autre ville, hein ? »
Enkrid ignora complètement cette dernière question.
Même s’il partait, qu’adviendrait-il de ceux qui resteraient ?
« Tu dis ça sérieusement ? Tu n’envisages même pas de défendre la ville ! »
Vengeance s’écria.
Kraiss ne parlait pas sérieusement non plus. Enkrid le savait.
« Oui, oui, on la défendra. »
« Si tu manges ici, fais ton boulot. Grands Yeux. »
Enkrid prit le parti de Vengeance.
« Dans ces moments-là, j’ai presque envie de répondre comme Rem, moi aussi. Tu prends le parti de quelqu’un d’autre, là ? Ça pourrait me vexer. Un rival ? C’est ça, l’histoire ? »
Son passé dans le théâtre de marionnettes était peut-être vrai, car son imitation était convaincante. Le dos voûté, une jambe tendue de côté, les lèvres en moue. Il avait tout bon.
« Hein ? Alors, Grands Yeux veut planter une hache dans mon crâne plutôt qu’une fleur, c’est ça ? »
Le problème, c’était que Rem arrivait justement à la baraque à ce moment-là.
« … Ce n’est pas ce que je voulais dire. »
« On dirait que Venzon est encore revenu. Tu t’ennuies ? »
Rem rebaptisa Vengeance avec désinvolture et ajouta un commentaire. Vengeance l’ignora.
C’est alors que cela arriva.
« Fiancé, convocation. »
Le commandant de compagnie elfe prit la parole juste à l’extérieur du terrain d’entraînement, le buste penché au-dessus de la petite barrière.
Ces derniers temps, Enkrid la voyait plus souvent que les messagers. Pourquoi quelqu’un du rang de commandant de compagnie se déplaçait-il pour transmettre la convocation d’un commandant de bataillon ?
« Je me suis portée volontaire parce que je voulais vous voir. »
« … Vraiment ? »
À présent, Enkrid était habitué aux plaisanteries elfiques et pouvait laisser passer celle-ci sans même sourire.
« Grands Yeux, toi aussi, tu dois t’entraîner. Allez, file. Pendant ton absence, je vais faire de ce salaud un soldat d’élite digne de ce nom. »
Derrière lui, Rem infligea à Kraiss quelque chose qui ressemblait fort à une condamnation à mort.
« On y va ensemble, allons-y ensemble ! Chef ! Chef ! »
Enkrid pria pour l’âme de Kraiss et s’éloigna.
Rem semblait frustré par bien des choses, ces derniers temps ; se défouler de temps à autre devait être important.
« Squeee ! »
Bientôt, un cri de cochon qu’on égorge retentit derrière lui, mais Enkrid l’ignora.
« Il est strictement interdit de tuer quelqu’un au sein de l’unité. »
Le commandant de compagnie elfe jeta un coup d’œil en arrière et le dit.
« Il ne le tuera pas. »
Enkrid répondit. Elle réfléchit un instant, puis dit :
« Il se débrouillera tout seul. »
Pour une raison quelconque, son ton était plein de confiance.
Quand Enkrid entra dans le bureau du commandant de bataillon, Marcus prit aussitôt la parole.
« Prends une mission. Je veux que tu accompagnes un groupe d’émissaires. »
Enkrid n’avait même pas eu le temps de saluer. Son ton était si pressant.
« Un groupe d’émissaires ? »
« Ah, il faut bien engager des mercenaires, non ? Alors… »
Émissaires et mercenaires. Deux mots qui n’allaient pas ensemble.
Cela donnait aussi l’impression que la guerre contre Martai était vraiment imminente.
Mais représentait-elle une menace si grande ?
« Je veux que tu accompagnes les émissaires chez les Bandits des Lames Noires. Ah, pas en tant qu’émissaire. Comme escorte. »
Un duo encore moins assorti qu’émissaires et mercenaires fit son apparition.
Émissaires et brigands.
Et en plus, une escorte.
Mais alors, pourquoi les yeux du commandant de bataillon brillaient-ils à ce point, au point d’en être gênants ?
Ils débordaient d’attente, comme si des étoiles s’y étaient logées.
Enkrid trouva cela profondément étrange.
= = =
Rejoignez notre Discord à l’adresse <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>