Chapitre 110
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSAIT ÉTERNELLEMENT
Chapitre 110 : La fortune et l’infortune frappent sans prévenir
Finn et Torres entrèrent les premiers pour faire leur rapport. Torres s’occuperait du rapport général, et Finn l’aiderait pour le reste.
Enkrid n’avait qu’à présenter son rapport de retour. Il se dirigea donc vers l’entrée du logement. Là, une silhouette inattendue l’attendait.
C’était Gielpin.
Ses vêtements étaient déchirés en plusieurs endroits, et son visage couvert d’ecchymoses violacées. L’un de ses yeux était à moitié enflé, mais semblait en voie de guérison. Il boitait.
À voir sa démarche, sa jambe ne semblait pas cassée.
« Laisse-moi regarder. »
Enkrid l’examina et remarqua que Gielpin semblait s’être foulé la cheville.
« Ça va », répondit Gielpin, même si sa voix trahissait une légère inquiétude.
Enkrid hocha la tête.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Gielpin était sous la responsabilité de Kraiss. Si quelque chose avait mal tourné avec sa guilde, cela expliquait forcément son état.
« Ils sont venus », répondit Gielpin.
« Qui ? »
« Ce foutu salaud de Grenouille qui était toujours dans les bonnes grâces de l’ancien maître de guilde. »
Ah, Grenouille.
Inutile de fouiller sa mémoire pour s’en souvenir. Oui, on avait dit que Grenouille viendrait avec l’arrivée du printemps. On aurait dit que le moment était venu.
Mais n’était-ce pas un peu tôt ?
« Raconte-moi. »
Enkrid décida d’abord d’écouter ce qui s’était passé.
Si Kraiss était mort ou si la situation était vraiment urgente, Gielpin ne serait pas là à tout lui expliquer. Il l’aurait déjà entraîné avec lui.
Kraiss mangeait et dormait en ville depuis six jours. Passer une semaine hors de la base de l’escouade n’avait rien d’inhabituel pour lui.
Surtout que…
« On dit que le déploiement approche. »
Il y avait tant de choses à préparer. Depuis le début de l’année, il s’occupait du ravitaillement et de toutes sortes de corvées.
Beaucoup de gens venaient trouver Kraiss — des soldats, mais aussi des officiers. En retour, cela lui apportait bien des avantages.
Voilà donc six jours qu’il était là. Si possible, il voulait régler toutes ses affaires avant le déploiement.
Mais surtout, depuis qu’il avait pris le contrôle de la guilde de Gielpin, compter les kronas qu’il gagnait était devenu un plaisir de plus en plus grand.
Avec tout ça, avait-il vraiment envie de retourner à l’escouade ?
« Voyons combien je vais gagner aujourd’hui. »
Après tout, il lui faudrait beaucoup de kronas pour ouvrir son propre salon plus tard. Le mieux était d’en amasser autant que possible dès maintenant.
Récemment, il avait touché une belle commission sur les objets vendus par le chef d’escouade.
« Je me demande s’il va rapporter d’autres trouvailles du même genre. »
Ce n’était pas tous les jours qu’un sorcier se cachait dans les égouts. À quelle fréquence pouvait-on tomber sur une pareille affaire ?
« C’est l’heure du déjeuner. Allons manger un morceau. »
Vers midi, Kraiss avait fait appeler Gielpin et ils déjeunaient ensemble.
Le repas était préparé à base de blé complet moulu. Une sorte de plat de nouilles, fines et nappées d’huile d’olive et de sauce tomate.
Pas mauvais, tout compte fait.
« Alors, tu as fait condamner le sous-sol de l’atelier du cordonnier ? » demanda Kraiss en faisant cliqueter sa fourchette.
« Tout a été condamné », répondit Gielpin après avoir avalé les nouilles qu’il avait en bouche.
L’idée était de jouer les veilleurs de nuit de la ville, même s’ils ne pouvaient pas prétendre être les Gardiens de la Nuit.
C’est pourquoi la guilde de Gielpin s’occupait des endroits inaccessibles à l’armée régulière, comme le sous-sol de l’atelier du cordonnier qu’il fallait condamner.
L’armée ne s’embarrassait pas de ce genre de détails, puisqu’elle avait déjà pris ce dont elle avait besoin. Elle avait laissé les tunnels derrière elle, même si le chef d’escouade avait été le premier à les piller.
Quoi qu’il en soit, l’intérêt de faire partie de la garde de nuit était évident.
En plus de soutirer de l’argent aux vagabonds qui s’aventuraient en ville, ils devaient donner l’impression de protéger les citoyens qui y vivaient.
Le résultat ? Il avait naturellement été positif.
Qu’il s’agisse de percevoir des frais de protection…
Ou de répartir les impôts.
Surtout pour recueillir des informations : chaque habitant de la ville était devenu une oreille à l’écoute de Kraiss.
« Si on s’y prend bien, on pourra peut-être même débusquer tous les espions d’Azpen. »
Une fois que la guilde de Gielpin aurait absorbé toutes les guildes voisines, cela semblait tout à fait possible. Il n’était toutefois pas question de se précipiter. Kraiss réfléchissait à ses plans en mangeant, le regard dans le vague.
« Pour la force militaire, on peut compter sur le chef d’escouade. »
Quand le chef d’escouade passerait à l’action, cela pousserait ses subordonnés à le suivre. Les désirs de chacun étaient clairs ; les convaincre ne serait donc pas difficile.
« Et pour le nombre de personnes sous notre responsabilité ? »
Il y avait un quartier pauvre dans la Garde-frontière. Certains habitants avaient renoncé à vivre et ne faisaient que traîner, mais d’autres luttaient encore bec et ongles pour survivre.
« On en recrutera quelques-uns dans le quartier pauvre. »
Il fallait aussi absorber les petites guildes et leurs membres de bas étage. S’il y avait une chose dont Kraiss était sûr dans la vie, c’était son flair pour les gens.
Peut-être le devait-il au fait d’avoir grandi en se débrouillant comme il pouvait depuis son plus jeune âge.
À l’époque où il mendiait pour manger, il savait tout de suite à qui demander pour obtenir quelque chose. Bien sûr, il lui avait fallu recevoir des centaines de coups pour acquérir ce talent.
Le jour où il avait compris qu’aborder la mauvaise personne pouvait lui coûter la vie, son instinct s’était aiguisé.
« Ça pourrait vraiment marcher. »
Faudrait-il appeler ça l’opération de consolidation des guildes des ruelles ?
Avec environ un an — ou peut-être moins de six mois — pour en poser les bases, il pourrait complètement dominer les ruelles.
À condition que tout se passe comme prévu. Mais aucun plan n’était à l’abri des imprévus.
Et celui-ci en était un.
Bam !
On disait que la fortune et l’infortune frappaient sans prévenir. C’était également vrai pour Kraiss. Quelqu’un fit irruption dans la salle de réception du manoir.
Une silhouette enveloppée dans une épaisse cape. Kraiss ne se demanda même pas comment l’homme était arrivé jusqu’ici.
Il ne lui demanda pas non plus qui il était.
Une douzaine de membres de la guilde gardaient le manoir. À présent, deux de ceux qui surveillaient la porte gisaient au sol.
‘Ils saignent ?’
Il n’y avait pas de flaque de sang sur le sol. Ils ne semblaient pas morts. Du moins, c’est ce qu’il lui semblait. Kraiss saisit rapidement la situation et accepta ce revers inattendu.
Son esprit vif s’activa et son regard parcourut la pièce.
« Par ici », dit-il, après avoir évalué la situation.
« Tu ne sais même pas qui je suis, et tu réagis déjà aussi vite. Ça me plaît. »
Le monstre sous sa cape haussa les épaules. Le mouvement fit onduler le tissu. Sa voix était rauque et éraillée, comme si ses cordes vocales avaient été abîmées.
« Ça ne m’a pas paru important », répondit Kraiss avec calme.
« Tu as de l’instinct. »
En parlant, l’homme ôta sa cape.
Et dessous…
L’homme portait une armure renforcée de fer au niveau du cœur. Une armure du cœur.
« … Ah. »
Il était difficile de reconnaître Grenouille à son seul aspect. Pourtant, Gielpin le reconnut.
C’était Grenouille, l’homme dont Gielpin avait parlé : le dieu de la mort qui apparaissait à l’approche du printemps, avec une cicatrice blanche sur le cou.
‘C’est pas un peu tôt ?’
On n’avait pas dit qu’il ne viendrait que bien plus tard au printemps ?
« Il est où, le vieux ? »
« Il en a eu assez d’ici et il est parti devant. »
Kraiss répondit avec aisance à Grenouille. Pendant ce temps, Gielpin était trempé de sueur froide. S’il disait un mot de travers, il serait le prochain à partir « devant ».
La peur de la mort planait sur lui. Voilà la terreur qu’inspirait une force écrasante.
Dans une telle situation…
« Tu as mangé ? » demanda Kraiss d’un ton désinvolte.
Grenouille étira les lèvres en un sourire narquois.
« T’es marrant, toi. »
En parlant, Grenouille se mit en mouvement. Gielpin tenta de résister, mais se fit rouer de coups.
Trois coups suffirent. Si Grenouille s’était déchaîné et avait tiré son arme, il aurait réglé l’affaire en un seul coup.
Kraiss ne résista pas, mais reçut lui aussi des coups.
« Les humains n’écoutent qu’après s’être fait battre. C’est ma philosophie. Maintenant, donne-moi le nom du salaud qui a tué l’ancien maître de guilde. »
Après l’avoir copieusement roué de coups, Grenouille saisit Kraiss par le col d’une main et le souleva.
L’esprit de Kraiss s’emballa. Lequel de ses camarades pourrait s’occuper d’un monstre pareil ?
Rem, Ragna, Audin, Jaxon…
Le nom duquel devait-il donner ? Qui devait-il envoyer contre lui ? Dès qu’il avait posé les yeux sur Grenouille, Kraiss s’était déjà posé toutes ces questions. Il n’hésita donc pas.
Hum, « Tu aurais pu simplement demander. Je te l’aurais dit », fit Kraiss.
« Ça ne me plaît pas. Je préfère tabasser les gens avant de les écouter. »
‘Espèce de Grenouille complètement taré.’
À l’inverse de ce qu’il pensait, Kraiss sourit et répondit : « Je vois. »
« C’était l’armée régulière de la Garde-frontière. Celui qui l’a tué s’appelait Ragna. »
« Et toi, qu’est-ce que tu fais ici ? »
« Je suis le maître de guilde par intérim. Je le remplace. »
« Intéressant. Très intéressant. Hé, toi, le chauve. »
Gielpin ne savait même pas comment il s’était retrouvé à terre. Tout ce qu’il savait, c’est que ses yeux le brûlaient et que sa cuisse était engourdie ; impossible de se relever.
« O-Oui ? »
« Va chercher Ragna. Après, je laisserai partir celui-là. »
Gielpin regarda Kraiss.
« Vas-y. Ramène notre vrai maître de guilde. »
Gielpin comprit aussitôt.
On lui demandait de trouver quelqu’un capable de tuer ce salaud de Grenouille. Mais Grenouille n’était pas idiot.
Même s’il ne savait pas distinguer le mensonge de la vérité, il voyait bien que ce petit humain au joli minois préparait quelque chose.
Grenouille prit sa décision.
‘Je vais tuer ce type.’
Ensuite, il enchaînerait l’autre.
L’ancien maître de guilde, qui dirigeait cet endroit, était mort. Il fallait donc en trouver un nouveau.
Contacter la patrie pour organiser tout ça aurait demandé trop d’efforts ; il décida donc de se fournir sur place.
Et si ça tournait mal ? Eh bien, il ne devrait pas avoir de mal à s’en tirer vivant.
« Ça fait combien de jours que Kraiss a été capturé ? »
Enkrid se gratta le nez et posa la question.
« Trois jours. »
« Et les membres de mon escouade ? »
« Ils sont tous partis au front, comme par hasard. »
« Rem aussi ? »
« Je ne sais pas. J’ai seulement entendu dire qu’il n’était pas là. »
« Et Grands Yeux ? Tu as vérifié s’il était vivant ? »
« Je viens de vérifier, il y a peu. »
« Ils lui ont cassé tous les membres ? »
« … Quoi ? »
« Laisse tomber. Ça n’a pas d’importance s’ils l’ont laissé entier. »
Enkrid marmonna, hocha la tête et se leva. Lui et Gielpin étaient assis dans un coin, au bord de la base de l’escouade, à discuter à voix basse.
Enkrid debout, Gielpin leva le cou pour le regarder, se demandant ce qu’il comptait faire.
Ne devraient-ils pas partir tout de suite sauver Kraiss ?
Enkrid reprit la parole.
« Je vais d’abord déposer mon rapport de retour. »
« Je t’attends ? »
« Non. Grenouille est au manoir, c’est ça ? »
« On n’y va pas tout de suite ? »
Y aller tout de suite ? Cela ne semblait pas nécessaire.
Si Grenouille avait voulu tuer Kraiss, il l’aurait fait depuis longtemps. Mais le fait que Kraiss n’ait pas eu les membres brisés après trois jours…
‘Ça veut dire qu’il tient bon.’
Les intentions de Kraiss étaient elles aussi claires.
Il demandait qu’on lui envoie un membre de l’escouade. Voilà pourquoi il avait prononcé le nom de Ragna.
Bien sûr, ils auraient pu envoyer Rem, Audin ou Jaxon.
Mais pourquoi avait-il cité précisément Ragna, le plus difficile à trouver, paresseux et sans aucun sens de l’orientation ?
Parce que Kraiss appelait à l’aide, peu importe qui viendrait.
‘Le seul problème, c’est qu’il ne reste que moi.’
Enkrid ne s’était pas attendu à ce que toute l’escouade parte au front sans lui. Kraiss n’aurait pas pu le prévoir non plus.
Que l’Escouade des Fauteurs de troubles soit partie au front sans lui, en suivant les ordres de quelqu’un d’autre, était plutôt surprenant.
Celui qui avait réussi à les faire bouger devait être impressionnant. Il aurait de la chance s’il ne mourait pas d’une poussée de tension en essayant de gérer Rem et les autres.
« Retourne là-bas et dis-leur d’attendre un jour de plus. »
Le visage de Gielpin se crispa à ces mots.
« Le maître de guilde va mourir. »
La réaction de Gielpin était compréhensible. Il était satisfait de sa vie actuelle. Le rôle de veilleur de nuit lui convenait parfaitement ; il n’avait pas besoin d’être un Gardien de la Nuit.
Moins de tracas, l’esprit plus tranquille. C’était confortable, vraiment confortable. Bien sûr, Kraiss était obsédé par les kronas, mais il était juste.
C’est pourquoi Gielpin voulait préserver cette paix.
Il n’était plus le Gielpin qui aurait tout abandonné pour s’enfuir avant que Grenouille ne débarque et ne réduise la guilde en miettes.
À présent, il avait quelque chose à protéger.
« Il faut qu’on y aille », insista Gielpin.
Mais Enkrid secoua la tête.
« Va leur dire d’attendre encore un jour. Ragna viendra. »
Sur ces mots, Enkrid tourna les talons et s’en alla. Gielpin n’avait toujours pas d’autre choix. Il fit demi-tour à son tour.
Il devait transmettre le message.
Sinon, Grenouille mettrait le maître de guilde en pièces. Il en avait tout l’air.
Gielpin repartit, tâchant de reconstruire sa paix en miettes.
‘Mon Dieu, je t’en prie.’
Un homme qui ne croyait même pas en Dieu se surprit à prier. Enkrid retourna vers la base de l’escouade.
« Ça fait combien de jours ? Qu’est-ce qui se passe ? Personne ne m’a rien dit », demanda un soldat qui gardait la base lorsqu’Enkrid passa devant lui.
‘La loyauté, hein.’
Enkrid pensa à Gielpin. L’armée régulière contrôlait-elle vraiment la guilde des ruelles ? Avec un peu de malchance, cela pouvait lui valoir la peine de mort.
Alors, bien sûr, Gielpin ne pouvait pas en dire grand-chose. Mais il voulait quand même protéger ce qui comptait pour lui. Le message était passé clairement.
« Bon sang. »
Enkrid répondit vaguement et entra dans la base. Un jour de plus ne suffirait pas à tuer Kraiss. L’attitude de l’ennemi le lui indiquait.
‘Il n’a pas l’air idiot.’
Grenouille était connu pour être simple et brutal. Mais comme les humains, les Grenouilles étaient toutes différentes.
Il y avait des Grenouilles rusées, des Grenouilles stupides, et même des Grenouilles méticuleuses. Il en allait de même pour les Elfes, les draconiens et les Géants. Sans compter, bien sûr, les caractéristiques propres à chaque race.
‘Si j’ai le temps.’
S’il n’y avait pas d’urgence à partir tout de suite. Enkrid serra le poing et se mit en marche. Il n’était pas idiot.
Cette journée lui avait appris quelque chose.
‘J’ai progressé.’
Sinon, il serait mort depuis longtemps, tué par les lycanthropes ou les commandants ennemis.
Et pourtant, il avait même abattu un sorcier. N’était-ce pas la preuve que ses compétences s’étaient améliorées ?
Alors, pouvait-il affronter Grenouille ?
La dernière fois qu’il s’était battu contre le Cinglé au Couteau, un seul coup de pied lui avait brisé les côtes et l’avait envoyé valser.
Mais maintenant ?
‘J’ai l’impression que je pourrais y arriver.’
Ce n’était pas une confiance sans fondement. Même si Kraiss avait demandé qu’on lui envoie un membre de l’escouade, pas lui.
‘Grenouille, Grenouille, Grenouille.’
C’était sans aucun doute quelqu’un qui valait la peine d’être affronté.
La préparation était essentielle.
Il n’était pas gravement blessé, mais il était fatigué. Après tout, il avait passé deux nuits blanches d’affilée.
En chemin, il avait réussi à dormir un peu et à se reposer suffisamment, mais il n’était pas en pleine forme.
Alors…
‘Je dépose mon rapport de retour, puis je me repose.’
Enkrid prit cette décision. S’il était hors de question de laisser Kraiss mourir, il devrait s’occuper de Grenouille.
À vrai dire, c’était un vrai casse-tête. Pourtant, Enkrid ressentait une étrange excitation face à la situation.
‘C’est étrange. Très étrange.’
En temps normal, aurait-il eu peur ? Non. Plutôt que d’avoir peur, il se serait battu en sachant qu’il allait perdre. Il ne pouvait pas rester sans rien faire pendant qu’un des siens mourait. Enkrid avait toujours vécu ainsi.
Mais avant, il aurait fait le premier pas en s’attendant à être vaincu. À présent, il ignorait s’il allait gagner ou perdre.
« Le commandant de compagnie ? »
Lorsqu’Enkrid entra dans la base, il remarqua que beaucoup de monde manquait à l’appel.
On lui apprit que le commandant de compagnie elfe avait emmené l’Escouade des Fauteurs de troubles en avant-garde.
C’était donc l’Elfe qui les avait emmenés. Voilà pourquoi Enkrid devait signaler son retour au chef d’escouade d’une autre compagnie.
« Tu es le seul qui reste de l’escouade indépendante. Alors, tu comptes les rejoindre bientôt ? »
Il connaissait bien son interlocuteur.
« Je suis fatigué. Je les rejoindrai dans deux jours. »
« D’accord. Si tu peux, dépêche-toi. Il semblerait qu’il y ait des problèmes sur le champ de bataille. Il pourrait y avoir un deuxième déploiement. »
Le chef d’escouade bavarda en agitant un ordre de mission.
Enkrid hocha la tête et s’en alla.
Il déposa son équipement dans la baraque vide, prit un bain chaud, puis se glissa sous une couverture douillette et s’endormit.
Si Grenouille le tuait et lui faisait recommencer cette journée, il devrait être dans la meilleure forme possible.
Enkrid s’endormit rapidement.
Il dormit d’un sommeil profond et paisible, sans le moindre rêve. À son réveil, il se frotta les yeux, se passa de l’eau sur le visage et mangea de la viande au petit déjeuner.
« Tu manges bien, de si bon matin », remarqua le cuisinier en secouant la tête.
Après avoir englouti sa viande, Enkrid pratiqua la Technique d’isolement. C’était un bon moyen de faciliter la digestion et de réchauffer son corps.
Ensuite, il affûta son épée longue et compta ses Dagues sifflantes. Il lui en restait deux. Il n’avait pas réussi à récupérer celles qu’il avait lancées.
‘Je me demande si ce type pourrait m’en fabriquer d’autres.’
Il pensa au forgeron de la ville et examina la lame devant lui. Elle était en assez bon état.
Pas de fissures.
Elle présentait quelques éclats, mais rien de grave. Le forgeron avait dit que les lames s’abîmaient quand on abattait un sorcier, mais celle-ci avait mieux tenu que prévu.
Peut-être que cela dépendait du sorcier.
Après avoir terminé ses préparatifs…
Nyaa !
« Où étais-tu passée ? »
Esther venait d’apparaître. Enkrid avait cru qu’elle était partie, puisqu’il ne l’avait pas vue depuis un moment.
« Reste ici. Je reviens bientôt. »
Sur ces mots, Enkrid ressortit.
« Miaou ! »
Esther siffla derrière lui, comme pour dire : « Tu crois aller où sans moi ? »
« Tu veux venir ? N’oublie pas que tu es là seulement pour regarder. »
Aux mots d’Enkrid, Esther bondit dans ses bras. Sentant la chaleur de son corps contre lui, Enkrid se mit en route.
Il se dirigeait vers le manoir où Kraiss était retenu.
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