Chapitre 1
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 1 : Mon rêve était de devenir chevalier
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Mon rêve était de devenir chevalier.
Le maître qui avait appris à Enkrid à manier l’épée était plutôt bienveillant et ne disait jamais de mal de personne.
« Toi. »
Appuyé contre son épée, dont le fourreau reposait à la verticale sur le sol, le maître héla Enkrid.
« Retourne au village. Si tu détestes les travaux des champs, engage-toi dans la milice locale. Tu pourrais même en devenir capitaine. »
S’il avait écouté le maître, qui en avait assez de l’épée, les choses auraient peut-être mieux tourné.
Mais il ne l’avait pas fait.
Tout était parti d’une phrase qu’il avait entendue étant jeune.
« Enki, tu es un génie. »
Il avait facilement remporté un combat à l’épée de bois contre un vaurien du voisinage, de quelques années son aîné.
Il avait alors onze ans. C’était la première fois qu’on le traitait de génie.
À l’époque, il ignorait que ce salaud était incroyablement nul à l’épée.
À quinze ans, Enkrid avait affronté un adulte du village avec une épée de bois et l’avait vaincu.
À partir de là, il avait pris confiance en ses capacités.
Dans le petit village où il était né, personne ne savait manier correctement l’épée.
Le meilleur d’entre eux était un mercenaire de troisième ordre, un vagabond qui avait perdu une jambe avant d’échouer au village.
Il enseignait l’escrime aux enfants du village, et Enkrid était de ceux-là.
« Tu es un génie. »
À quinze ans, il entendit cette phrase pour la deuxième fois.
La première fois, elle était venue d’un ancien du village qui n’y connaissait rien. La deuxième, d’un mercenaire qui avait renoncé à son titre de chevalier et perdu sa jambe pour une dame.
Je dois être un génie.
C’est ce qu’il avait pensé.
Il nourrissait un rêve.
Il avait décidé de devenir chevalier.
Un chevalier au service d’un monarque capable d’unifier le continent ravagé par la guerre.
Un chevalier qui mettrait fin à la guerre.
C’est à cette époque qu’une chanson de barde se répandit dans tout le continent, jusqu’à atteindre le petit village d’Enkrid.
Les paroles étaient simples, mais la mélodie captivante et les derniers couplets bouleversants.
Le chevalier qui mettra fin à cette guerre !
Le chevalier qui teindra la guerre des couleurs du crépuscule !
Nous l’appellerons le Chevalier du Crépuscule !
Le Chevalier de la Fin ! Le chevalier qui mettra un terme au tumulte !
La chanson du barde enflammait le cœur des garçons et des filles.
Je deviendrai ce chevalier.
Enkrid avait ressenti la même chose.
À dix-huit ans, Enkrid quitta le village, persuadé que personne là-bas ne lui arrivait à la cheville.
Il n’avait ni parents ni frères et sœurs.
Il avait quelques amis, mais rares étaient ceux qui pouvaient comprendre Enkrid, obsédé par l’épée depuis l’enfance.
Au fil du temps, le garçon grandit et partit.
C’est ainsi qu’il commença sa vie de mercenaire.
Il ne se débrouillait pas mal. Son attitude et son ardeur au travail étaient également dignes d’éloges.
Mais il ne lui fallut que deux mois pour comprendre qu’il n’était pas un génie.
Il fut vaincu par un mercenaire sans nom, soi-disant de troisième ordre.
« Tu n’es pas encore mûr. »
Voilà ce qu’on lui dit.
Il s’était imaginé qu’un bon maître suffirait.
Il se donna corps et âme à sa tâche et économisa. Au péril de sa vie, il affronta des bandes de brigands.
Avec l’argent ainsi gagné, il partit à la recherche d’une école d’escrime.
Dans les grandes villes, on en trouvait généralement une ou deux.
Il y apprit l’escrime.
Il eut de la chance : son maître était honnête et consciencieux.
Celui-ci lui conseilla de renoncer à l’épée.
« Non. Je n’abandonnerai pas. »
Enkrid ne céda pas.
« Tu travailles vraiment dur. Vraiment. »
Tous ceux qui voyaient Enkrid le disaient d’une seule voix.
Et ils avaient raison.
Car le travail acharné ne trahit pas.
Même quand ses paumes se fendaient et que les muscles de ses bras tremblaient, il recommençait, encore et encore.
Il s’en sortait bien dans les milieux où se retrouvaient des gens comme lui.
Enkrid travaillait avec une ardeur remarquable. À force d’errer d’une école d’escrime à l’autre et d’économiser, il avait dépassé la vingtaine.
Passé vingt-cinq ans, il avait acquis un peu d’expérience et de savoir-faire, et s’était fait un nom comme mercenaire.
Mais, tout au mieux, dans une petite ville, il fallait poser la question plusieurs fois avant que quelqu’un dise : « Ah, lui ? Il se débrouille plutôt bien à l’épée. »
Jusque-là, une lueur d’espoir subsistait.
L’espoir que l’avenir serait meilleur que le présent.
Mais au printemps de sa vingt-septième année, Enkrid comprit que son talent était insignifiant.
Une altercation banale le lui fit comprendre. En cinq échanges, son épée lui échappa et son ventre fut transpercé. Enkrid serra les dents et plaqua sa paume contre la plaie.
« Quel âge as-tu ? »
« Douze ans. »
Douze ans, disait-il. Il n’était même pas encore adolescent. Voilà un véritable génie.
« Désolé, c’était mon premier vrai combat. »
Le gamin s’excusa. Ce n’était ni un noble ni un roturier, mais un enfant serf.
Il ne tenait une épée que depuis six mois.
« J’y suis allé un peu fort. Prends ça pour les frais médicaux. »
Le maître du gamin, un drôle de personnage, lui lança une bourse.
La blessure n’était pas mortelle.
Ses intestins n’étaient pas touchés et la lame n’était pas entrée très profondément.
Il prit tout de même la bourse.
Depuis ses onze ans, Enkrid avait manié l’épée pendant seize ans, jusqu’à s’ouvrir les paumes. Et pourtant, il avait perdu contre un gamin de douze ans qui ne s’entraînait que depuis six mois.
Il aurait menti en prétendant ne pas être abattu. Mais il ne se laissa pas sombrer dans la morosité pour autant.
Pas besoin de vivre dans la noirceur et le désespoir, si ?
Je n’ai pas perdu mes bras ni mes jambes.
Enkrid savait qu’il n’était pas un génie, mais cela ne voulait pas dire qu’il renonçait.
Il poursuivit donc sa vie d’épéiste.
Une dizaine d’années passées comme mercenaire.
Même s’il ne pouvait devenir un chevalier ou un épéiste d’exception, il pouvait devenir un soldat aguerri.
Enkrid cessa d’être mercenaire et suivit une formation militaire. C’était le meilleur choix qui s’offrait à lui.
Il ne pouvait tout de même pas se mettre à cultiver la terre à ce stade.
Un épéiste de troisième ordre issu du mercenariat : voilà qui le décrivait assez bien.
« Tu crois que l’armée est une blague ? Elle accepte n’importe qui, maintenant ? »
Quelqu’un ricana.
« Tiens bon. »
Quelqu’un lui tapota l’épaule.
On reconnut ses mérites, mais il resta à la traîne.
C’est ainsi qu’il atteignit la trentaine.
Au royaume de Naurillia, dans la Brigade de Chypre.
4e régiment, 4e bataillon, 4e compagnie, 4e escouade.
C’était là que se trouvait Enkrid, dans la Quatrième-Quatrième Escouade.
Juste au-dessous du Chef d’escouade se trouvait le poste de Décurion d’Enkrid.
Clang, clang, clang.
Le veilleur de nuit frappa le fer, réveillant toute la caserne.
« … Quel rêve affreusement lugubre. »
Enkrid marmonna en se réveillant au son des coups.
« Quel genre de rêve t’a fait dire ça ? »
Son subordonné, qui se levait de son lit improvisé avec des couvertures empilées, lui demanda tout en enfilant ses bottes.
Malgré son attitude décontractée, ce camarade était plus doué que lui.
« Toute ma vie. »
« Ça, c’est sinistre… Ah, un insecte. »
Un insecte s’était glissé dans sa botte. Le subordonné, qui l’avait à moitié chaussée, la retira et la secoua avant de la remettre.
Puis il regarda l’insecte tombé par terre, cracha dessus et l’écrasa du pied.
Le mélange visqueux de fluides corporels et de salive laissa une trace sur le sol.
À cette vue, Enkrid se leva à son tour et rassembla son équipement.
Une cuirasse avec un couteau de lancer fiché près du cœur, des brassards, des protège-tibias, et ainsi de suite.
En dessous, il portait une armure matelassée, faite de plusieurs épaisseurs de tissu.
Par-dessus, il avait enfilé une armure de cuir.
Elle se composait de plusieurs couches de cuir, mais on ne pouvait pas dire qu’il fût très solide.
Une lame bien aiguisée le trancherait sans difficulté.
Son brassard, renforcé de bois huilé, était un peu meilleur que ceux des autres.
« J’ai entendu dire que le Décurion précédent avait fait un rêve pareil avant de mourir. »
Enkrid se rappela cette rumeur et marmonna :
« Je suis donc condamné à mourir aujourd’hui ? »
Son subordonné éclata de rire, alors Enkrid lui donna une pichenette derrière la tête.
« Je ne mourrai pas. Ne me porte pas la poisse. »
Il se leva, versa de l’eau dans une marmite et y jeta quelques morceaux de viande séchée. Puis il ajouta quelques légumes comestibles et mit le tout à bouillir.
Le petit déjeuner était prêt.
« Il y a une escarmouche prévue aujourd’hui ? »
demanda son subordonné. Enkrid secoua la tête.
« Je n’en sais rien. »
Il n’était qu’un simple Décurion.
Au-dessus des quatre Décurions, il y avait un Chef d’escouade.
Même ce Chef d’escouade ne devait probablement pas être au courant.
L’escrime d’Enkrid était médiocre et il n’était pas noble, aussi était-il resté Décurion sous les ordres du Chef d’escouade. Mais son expérience du champ de bataille aurait pu broyer et recracher n’importe quel capitaine de compagnie moyen.
Ses subordonnés le savaient et le respectaient.
« Et toi, chef, qu’est-ce que tu voulais devenir, quand tu étais petit ? »
Son subordonné s’approcha et le lui demanda.
« Un chevalier. »
« … Tu vas me frapper si je rigole ? »
« Non. »
« Pff. »
« Tu te moques de moi, espèce de morveux ? »
Sur ces mots, il lui donna un coup de pied aux fesses.
Son subordonné fit semblant d’avoir mal et répondit :
« Mais enfin, un chevalier, vraiment ? »
Qu’est-ce qu’un chevalier ?
Quelqu’un qui change le cours d’une bataille.
Un monstre capable de tenir seul contre mille hommes.
Un héros qui abat à lui seul des centaines d’ennemis.
Qui plus est, l’unité à laquelle ils appartenaient, la brigade dont elle faisait partie, portait elle aussi le nom d’un chevalier.
La Brigade de Chypre, l’armée du chevalier Chypre.
Rêver de devenir un chevalier de ce genre.
« Tu vois grand. »
« Les rêves, c’est fait pour voir grand, gamin. »
Sur ces mots, Enkrid prit son bol d’un air détaché.
Ce jour-là, c’était à son tour de faire la vaisselle.
Il ignorait comment cela se passait dans les autres escouades, mais la sienne répartissait équitablement toutes les corvées.
Être Décurion, ça consistait simplement à recevoir et transmettre des ordres.
En général, cette tâche revenait à celui qui maniait le mieux la lance ou l’épée.
À cet égard, Enkrid était un cas à part.
Il était moins fort physiquement que les autres membres de l’escouade.
Mais il avait su rassembler ceux qui avaient failli se faire renvoyer d’autres escouades.
Les autres unités surnommaient l’escouade d’Enkrid les « Fauteurs de troubles » de la Quatrième-Quatrième.
Enkrid était le chef d’une telle escouade.
« Je vais t’aider. »
« Alors, tais-toi et suis-moi. »
« Compris. »
Son subordonné pouffa de rire.
Comment ce type avait-il atterri ici ?
C’était un drôle d’oiseau, mais Enkrid ne s’intéressait pas particulièrement à son passé.
Il ne lui avait donc jamais posé la question.
Les membres de l’escouade appréciaient cette attitude chez Enkrid.
Il ne posait pas de questions sur le passé et ne chipotait pas sur le présent. Et surtout, il ne leur demandait rien de particulier.
C’était peut-être pour cela que tous les membres de l’escouade le suivaient.
Tandis qu’il faisait cliqueter la vaisselle en la lavant, son subordonné, qui éclaboussait l’eau du ruisseau, lui demanda :
« Pourquoi voulais-tu devenir chevalier ? »
Il était venu pour l’aider, mais ne faisait que s’amuser avec l’eau.
Se moquerait-il de lui s’il répondait qu’il avait été captivé par la chanson du barde ?
Après un instant de réflexion, Enkrid répondit :
« Je voulais être doué à l’épée. Je me suis dit que tant qu’à faire, ce serait bien de devenir chevalier. »
« Quel raisonnement de jeune homme. »
Son subordonné ricana encore.
« Tu vas la fermer ? »
« C’est pour ça que tu as dansé avec ton épée matin et soir ? »
« Le travail acharné ne trahit pas. »
À force de manier son épée d’innombrables fois, ses paumes s’étaient couvertes de callosités.
« Même maintenant ? »
Veux-tu devenir chevalier ?
Comment le pourrait-il ? C’était impossible, et il le savait mieux que quiconque.
Mais il n’avait pas renoncé.
Il endurait en silence et continuait d’avancer.
Enkrid n’ignorait pas la réalité.
Mais la réalité avait réduit son rêve au silence, et Enkrid, réduit au silence, était devenu un soldat qui vivait l’épée au côté.
« Si tu as fini de laver, on y va. »
« Allons-y. »
Ce n’était qu’une conversation banale.
Il se leva et retourna à la caserne.
Y aurait-il une escarmouche avec le royaume où les combats faisaient rage dans la région ?
Ou attaqueraient-ils les brigands récemment apparus, qui s’en prenaient à leurs provisions ?
Il ignorait ce qu’ils feraient.
L’air est lourd.
Sur le champ de bataille, l’air était toujours ainsi.
Mais ce jour-là, il lui parut encore plus pesant.
Ils avaient beaucoup de temps libre.
Il n’y avait pas grand-chose à faire. Il songea à manier son épée, mais finit par faire une sieste.
Il y avait des jours où l’on n’avait envie de rien.
C’est aussi difficile qu’avant.
Il avait fourni des efforts sans relâche.
Et voilà où il en était.
Un Décurion au niveau d’un mercenaire de troisième ordre.
Quand le soleil eut largement dépassé son zénith et se fut déplacé vers l’ouest d’environ deux coudées, le Chef d’escouade cria :
« Tous les membres de la Quatrième-Quatrième, rassemblement ! »
C’était une escarmouche.
Les hommes de la compagnie se rassemblèrent et formèrent un flanc de l’armée.
Le détachement d’Enkrid ne fit pas exception.
Une tension glaciale l’envahit.
Enkrid saisit le collier porte-bonheur qu’il avait reçu à l’époque où il était mercenaire, le serra un instant, puis le glissa sous ses vêtements.
Était-il censé me sauver la vie ?
C’était sans doute du n’importe quoi, mais les soldats qui partaient au combat avaient tendance à croire facilement aux superstitions.
Pourtant, si on lui demandait s’il croyait lui-même à ce talisman, sa réponse aurait été incertaine.
Il avait simplement été touché par le regard de la vieille femme qui le lui avait donné et par ses paroles sincères.
Je n’ai rien à perdre, de toute façon.
Après avoir risqué sa vie dans un combat, tout ce qu’il avait reçu en récompense, c’était ce simple talisman.
Il avait tué la créature par chance. Si les choses avaient mal tourné, il y serait passé.
Malgré le danger de l’extermination d’un monstre, le petit village de défricheurs n’avait pas les moyens de payer.
Ils avaient aperçu Enkrid de passage et l’avaient supplié de s’occuper du monstre, s’accrochant au bas de ses vêtements.
C’est insensé.
Risquer sa vie par compassion, c’était de la folie.
Mais Enkrid ne regrettait pas sa décision.
C’était ça, être chevalier.
Même si la réalité avait étouffé et dévoré son rêve, ne lui laissant que des cicatrices,
il voulait être chevalier.
Il voulait être un héros de guerre.
Mais à présent, il n’était qu’un soldat ordinaire.
Waaaaaaaah !
Un cri retentit.
Enkrid aussi banda les veines de son cou et rugit.
En face, des vagues de soldats déferlaient.
Le soleil couchant étirait un long crépuscule.
À travers la lumière crépusculaire, les deux armées chargèrent.
Enkrid chargea à son tour.
« Battez-vous en protégeant vos vies ! Vivez ! »
Son subordonné, qui arborait toujours un sourire, cria et s’élança le premier.
Bientôt, les lances et les épées des ennemis comme des alliés se mirent à déchirer chair et sang.
La bataille du jour fut un corps à corps.
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