Chapitre 155
WeTried Translations x Flame Comics
Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 155 : Cortège funèbre (1)
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* * *
C’était la veille du début du Siège de Sainte-Matilène.
« Je suis devenu prêtre parce que je ne voulais pas me battre… »
Eugene se lamentait en arpentant la galerie. Au-delà des hautes flèches du Palais Royal, les vastes plaines de Saint-Matilene étaient couvertes d’un nombre écrasant de campements militaires.
La forteresse tomberait si tous ces gens se mettaient simplement en marche dans sa direction. L’écart entre les effectifs dépassait de loin tout seuil permettant d’envisager une défense.
« Sérieusement, cette difficulté est dingue. »
En quoi était-ce une quête de début de jeu ? Était-ce vraiment acceptable pour une quête de première année ? Ou bien était-ce parce qu’il avait suivi Ivan partout ? Une sorte d’adaptation du niveau ?
Eugene marmonna pour lui-même tout en inspectant l’équipement des soldats et en vérifiant les défenses de la galerie. Impossible de dormir.
La guerre n’était amusante que dans les jeux ou les films. Une fois plongé en plein dedans, on ressentait moins de l’excitation que de l’horreur. Ses mains n’arrêtaient pas de trembler.
« Tu n’as pas l’air de réussir à dormir. »
« Ah, Oscar. »
Eugene tenta d’éviter son regard. Oscar approchait depuis l’entrée de la flèche. Sous la lumière des torches, son visage restait dans l’ombre.
Quelle situation gênante. Eugene hocha légèrement la tête et s’apprêtait à partir quand Oscar l’interpella dans son dos.
« Le Seigneur t’a-t-il dit quelque chose au sujet de la bataille à venir ? »
« … Le Seigneur ne transmet pas ses messages de cette façon. »
« Je vois. »
Oscar se détourna, d’un ton égal. Il hésita un instant, comme s’il avait quelque chose à dire, mais ne parvenait pas à se lancer.
« Le Seigneur t’aurait-il peut-être… dit autre chose… ? »
« À propos de quoi ? »
Oscar commença à parler avec précaution, puis ferma les yeux et recula. Ses lèvres remuèrent plusieurs fois sans qu’un son en sorte, avant qu’il ne baisse de nouveau la tête.
Bientôt, son expression se raffermit.
« Non. Ce n’est rien. Essaie de dormir un peu. »
« Si c’est ça que tu voulais demander… »
« Non. Ne me le dis pas. Je l’apprendrai quand cette journée sera finie. Pour l’instant… n’est-ce pas le moment où nous avons le plus besoin d’espoir ? »
Oscar tourna les talons et s’en alla. Ses pas lourds résonnèrent sur les dalles de pierre de la galerie.
Eugene contempla un instant son dos qui s’éloignait, puis tourna les yeux vers les plaines au-delà de la forteresse.
« Ha… »
Le problème, c’était qu’il savait parfaitement ce qu’Oscar avait voulu demander, et ce qu’il redoutait.
Eugene passa les doigts dans ses cheveux, puis baissa la tête en poussant un nouveau soupir.
[Ivan Petrovich Yermof]
[Personnage : affinité envers Gilles Ver d’Etakrikh]
[76 (Très favorable)]
[Cette valeur ne peut plus évoluer, car la cible est morte.]
« Sérieusement, cette difficulté est dingue. »
Eugene passa la nuit sans dormir, comme tous ceux qui se trouvaient derrière ces murs.
Ép. 25 : Cortège funèbre.
La pluie semblait toujours tomber dans ces moments-là. Encore un cliché ? Ivan espérait que non. Ce serait trop cruel, comme si le monde lui-même avait voulu voir cet homme mourir.
Ivan se tenait sous la pluie et regardait le cortège funèbre.
« Accorde-leur le repos éternel. »
« Seigneur, que la lumière éternelle brille sur eux. »
Derrière les chevaliers qui avançaient sous le déluge suivait un immense cercueil.
Détrempées par la pluie, les bannières pendaient mollement. Celles d’Etakrikh suivaient le cercueil en silence.
« Nous te louons. Nous te louons. Nous te louons. »
« C’est vers toi que toute chair viendra. »
« Accorde-leur le repos éternel. »
« Seigneur, que la lumière éternelle brille sur eux. »
Le cortège funèbre, qui avait poursuivi sa route jusqu’à la cathédrale Saint-Charlemagne, à Saint-Matilene, s’arrêta devant le cloître.
Le vieux roi se leva sous la pluie. Après avoir congédié les officiers de la garde qui tenaient des parapluies au-dessus de lui, il s’appuya sur sa canne, les mains tremblantes.
Il s’avança jusqu’à l’avant du cercueil, fit discrètement le signe de croix, puis prononça d’une voix basse :
« Le plus grand chevalier de Tilles est parti se reposer. Il n’y en a jamais eu de plus grand que toi, et il n’y en aura jamais. »
Il prit un lys d’un blanc immaculé et le déposa sur le cercueil. Selon l’ancienne coutume, il inclina la tête et se retira. Peu après, il se laissa tomber, épuisé, sur sa chaise.
Les serviteurs accoururent pour tenir des parapluies au-dessus de lui. Les dernières pluies de l’automne semblaient capables de transpercer la chair.
Un à un, les grands nobles de Tilles encore en vie vinrent lui faire leurs adieux et déposer des lys sur le cercueil. Celui de Gilles Ver ne tarda pas à resplendir d’une blancheur éclatante, comme si le printemps était arrivé trop tôt.
Quand les nobles eurent fini de déposer leurs fleurs, une femme s’avança en dernier, accrochée au bras d’Oscar.
Odelia d’Etakrikh, duchesse d’Etakrikh, s’avança en titubant, le visage plus pâle que le lys qu’elle tenait à la main.
Elle balaya la foule du regard, puis fit un pas en avant, le lys tremblant dans sa main. Elle traversa le monticule de fleurs et s’arrêta devant le cercueil.
« Ah… ah… Ver… Ver… »
En déposant le lys, elle s’effondra sur le cercueil. Sa main, qui le caressait, était blême.
Ses sanglots se prolongèrent. Tout le monde baissa la tête et attendit qu’elle parle.
« Espèce d’idiot… Je t’avais dit qu’on devait s’enfuir. Tout abandonner… Je te l’avais dit. Je… Je te l’avais dit… Alors pourquoi, pourquoi… ? »
« Mère. »
« Ce pays, ce titre, cet honneur… »
Odelia broya dans son poing la tige brisée du lys et en frappa doucement le cercueil.
« Je n’ai jamais eu besoin de tout ça… Je n’avais besoin que de toi… »
« Mère. Père voudrait garder le souvenir de ton sourire. »
« Ver… Comment vais-je… comment vais-je vivre, maintenant… ? »
« Mère, le temps est affreux. Père est trempé. »
Oscar ouvrit un parapluie au-dessus de la tête d’Odelia. Il l’aida à regagner sa place. Odelia pleura contre sa poitrine.
Ivan poussa un soupir en les regardant. Chaque héros mourait à sa manière, mais le chagrin de ceux qui restaient était toujours le même.
« Monsieur, vous devriez dire quelques mots, vous aussi. »
« Je devrais. »
Dmitry, qui tenait un parapluie, recula.
« Ne pleure pas ceux qui nous ont précédés. »
La voix d’Enrika résonna dans les oreilles d’Ivan. Il secoua la tête, se disant qu’il en était tout simplement incapable.
La pluie ruisselait sur ses joues. Même cette averse glaciale ne parvenait pas à apaiser son esprit fiévreux. Il s’avança.
Le temps passa. Le soleil parcourut le ciel, les saisons revinrent et les années s’écoulèrent.
Entre-temps, beaucoup partirent sans jamais revenir.
À présent, ceux qui se souvenaient de cette époque, de cette époque qui avait brillé jusque dans les ténèbres, disparaissaient un à un.
« Gilles Ver. Mon vieil ami. »
Il avança sous la pluie, un pas après l’autre.
La foule s’écarta. Une intention meurtrière féroce s’échappa lentement du corps d’Ivan, bien au-delà de ce qu’une personne ordinaire pouvait supporter.
L’intention meurtrière d’un surhomme pouvait blesser les gens. Mais celle de certains individus ayant reçu un entraînement spécialisé avait une force bien plus tangible.
Les agents qui devaient dissimuler leur intention meurtrière jusque dans leurs assassinats finissaient par l’accumuler, comprimée et enroulée sur elle-même. Une intention meurtrière aussi épaisse qu’un vieux poison puissant.
Quand ils finissaient par ne plus la maîtriser, l’intention meurtrière qui se dégageait d’eux était plus toxique que celle d’un surhomme ordinaire. Les gens se tenaient la poitrine et s’écartaient sur son passage.
Un chemin s’ouvrit jusqu’au cercueil de Gilles Ver. Ivan continua d’avancer.
« Ne pleure pas ceux qui nous ont précédés. »
« Car tu te tiens, toi aussi, dans leurs rangs. »
Il contempla le cercueil couvert de fleurs et songea :
Espèce de veinard. Maintenant, je ne pourrai plus jamais te battre.
Il sentit des soldats approcher. Derrière eux, alors qu’ils tentaient de l’arrêter, retentit la voix d’Elizaveta.
« Tilles ne s’opposera pas à ce qu’il exerce son droit ! »
À son cri, les soldats de Krasilov levèrent leurs armes. Lorsque le vieux roi de Tilles fit un geste de la main, ils baissèrent la tête et reculèrent.
Le silence revenu, Ivan fouilla dans son manteau et en sortit une petite insigne. C’était le symbole de l’Unité d’Annihilation, le dernier qui lui restait. Il n’avait jamais pu s’en débarrasser après sa démobilisation.
— Cling.
Il retourna l’insigne forgé dans l’acier et aperçut le nom gravé dessus.
[Colonel Ivan Petrovich]
Il le posa sur le cercueil, la pointe tournée vers le bas.
— Boum.
Il enfonça l’insigne dans le cercueil à coups de poing, encore et encore, jusqu’à ce qu’il y soit fermement fiché.
Boum. Boum. Boum.
Comme les battements d’un cœur.
« Au nom de la génération actuelle, Ivan Petrovich Yermof. Alors comme aujourd’hui, tu restes membre du Groupe de héros. »
Boum. Boum.
Il frappa jusqu’à ce que l’insigne ne puisse plus s’enfoncer davantage.
« Tu es timide jusqu’à la moelle. Aie un peu confiance en toi. Sinon, comment pourrais-je te confier les enfants ? »
« La génération précédente portera son propre fardeau, éclaireur du Héros de la génération actuelle. »
« Dépose le fardeau de la génération précédente et poursuis son devoir. »
« Éclaire le chemin pour cette génération. »
Quand il eut enfin cessé de frapper, Ivan baissa les yeux vers le cercueil et hocha la tête.
« Je le promets. »
Je ferai en sorte que personne de cette génération n’ait à pleurer la mort d’un autre.
Ainsi, quand nous nous retrouverons un jour, nous pourrons achever cette conversation que nous n’avions pas pu terminer à l’époque.
Ivan se détourna et s’en alla. Dmitry eut un sourire amer et leva le parapluie au-dessus de sa tête.
« Accorde-leur le repos éternel. »
« Seigneur, que ta lumière infinie brille sur eux. »
« Le juste restera dans un souvenir éternel. »
« Le juste ne craindra pas les mauvaises nouvelles. »
L’hymne funèbre prit fin. Les funérailles du Duc Défenseur étaient terminées.
Sous les pluies d’octobre, au milieu de la guerre de Tilles.
* * *
« Répétez. »
Ivan s’adressa à voix basse au soldat allongé dans son lit d’hôpital.
Le soldat, vêtu de l’uniforme de la Force de défense de la capitale, hésita, la terreur inscrite sur le visage, puis ferma les yeux.
« Qui a fait quoi, et comment ? »
Ce soldat était le seul à être revenu vivant des Montagnes de Vernina. Tous les autres membres des Chevaliers de l’Est et de la Force de défense de la capitale qui s’étaient aventurés dans les montagnes avaient brûlé dans la gueule d’un dragon.
« J-Je… Je vous ai seulement… raconté ce que j’ai vu… »
« Alors racontez-le-moi encore une fois. »
À la question d’Ivan, l’homme se recroquevilla. Le regard d’Ivan était trop terrifiant pour qu’un simple soldat puisse le supporter. L’homme jeta un coup d’œil prudent autour de lui, puis reprit d’une petite voix :
« Le… le Héros est apparu… et a tué Son Altesse le Grand-Duc. »
* * *
Notes :
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